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Facture de gaz :
sept leviers pour reprendre la main

Sept leviers, du contrat au toit — et une règle nouvelle depuis la rentrée : l'aide la plus généreuse à la rénovation ne va plus aux logements qui restent chauffés au gaz.

Mis à jour le lundi 21 septembre 2026 — 11h31
11 min
Plaque de cuisson au gaz dans une cuisine française, deux brûleurs allumés sous une casserole inox et une cocotte rouge
Plaque de cuisson au gaz. La part « approvisionnement » de la facture suit le marché de gros, mais plusieurs leviers permettent d'agir.© AFP / Myriam Tirler / Hans Lucas

Près de 7 millions de foyers français ont un contrat de gaz indexé sur le prix repère publié chaque mois par la Commission de régulation de l'énergie : quand le marché de gros monte, leur facture monte un mois plus tard. Entre le cours du gaz et la chaudière, il reste de la marge — sur le contrat, le chauffage, l'isolation, les équipements et les aides. Ces dernières ont changé de règles le 1er septembre, et plusieurs ne s'adressent plus du tout à un logement qui reste au gaz.

Le prix repère du gaz, comment ça marche

Le prix repère mensuel du gaz, publié par la CRE depuis 2023, sert de boussole aux contrats indexés. Recalculé chaque mois, il pondère deux indices européens : 80 % le MA2 (Month Ahead, prix moyen du mois de livraison observé un mois plus tôt) et 20 % le QA (Quarter Ahead). Quand les marchés de gros s'agitent — tensions géopolitiques, vague de froid, baisse d'approvisionnement —, la hausse se répercute, avec un décalage d'environ un mois, sur la part « approvisionnement » de la facture.

Selon Selectra, environ 60 % des 10,4 millions d'abonnés au gaz en France ont signé un contrat indexé ; la CRE retient une estimation à 7 millions de foyers, en intégrant les contrats à indexation moins fréquente. Les autres sont protégés temporairement par un prix fixe, jusqu'à l'échéance de leur engagement. Seule la part approvisionnement bouge avec le marché : l'acheminement, le stockage et les taxes, eux, ne dépendent pas du contrat.

Le décor a changé depuis le printemps. La guerre engagée contre l'Iran en février a désorganisé le détroit d'Ormuz, par où transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial. Le baril de Brent est repassé au-dessus de 100 dollars le 9 septembre, et le gazole a battu son record à la pompe le 18. Face à cette flambée, le gouvernement a répondu par des aides ciblées et temporaires, en refusant une baisse générale des taxes au nom du déficit public.

Ce que paie vraiment une facture de gaz

Une facture de gaz résidentielle se lit en quatre blocs.

L'approvisionnement paie l'achat de la molécule par le fournisseur sur le marché de gros, et c'est le seul bloc que le contrat commande.

L'ATRD, l'accès des tiers au réseau de distribution, rémunère GRDF pour acheminer le gaz jusqu'au compteur. Son montant est fixé par la CRE, qui l'a relevé de 5,87 % en moyenne au 1er juillet 2026 : environ 1,5 % de plus sur la facture totale d'un client résidentiel, quoi qu'il arrive au prix du gaz.

Le stockage finance, lui, les capacités mises de côté pour passer l'hiver, et n'évolue que lentement.

Les taxes enfin — TVA, CTA, accise sur les gaz naturels — sont les mêmes chez tous les fournisseurs.

Sur ces quatre blocs, un seul répond donc aux choix du consommateur. Le reste de la marge se trouve dans le logement lui-même : ce qu'on chauffe, comment on le chauffe, et ce qui s'échappe par le toit.

Indexé ou prix fixe : le pari qu'on signe

Un contrat indexé recopie chaque mois le prix repère de la CRE, à la hausse comme à la baisse. La majorité des offres concurrentielles affichent une réduction garantie sur ce repère hors taxes, et c'est le pourcentage de cette réduction qui permet de comparer deux fournisseurs.

Un contrat à prix fixe bloque le prix du kilowattheure hors taxes pendant un à trois ans, ce qui met à l'abri des flambées comme des reculs. Seul ce prix hors taxes est bloqué : les taxes, elles, continuent d'évoluer.

Tout dépend donc de ce qu'on anticipe, et l'arbitrage se refait à chaque échéance de contrat.

Le Médiateur national de l'énergie plaçait déjà, dans son rapport de 2024, « les modifications contractuelles mal expliquées » parmi les premières sources de litige. Avant de signer, trois lignes méritent d'être lues jusqu'au bout : la durée de l'engagement, la formule de calcul exacte et les frais de résiliation.

Chauffer moins sans avoir froid

Le chauffage représente environ deux tiers de la consommation de gaz d'un foyer, selon ENGIE.

L'ADEME chiffre le gain de deux réglages qui ne coûtent rien :

  • Un thermostat programmable réduit la consommation de chauffage jusqu'à 15 %.
  • Baisser la température de consigne d'un degré (de 20 à 19°C) fait gagner 7 % de consommation en moyenne sur la facture de chauffage.

L'ADEME recommande 19 à 21°C dans les pièces à vivre, 16 à 17°C dans les chambres la nuit, autour de 12°C en cas d'absence prolongée.

L'obligation d'équiper son logement d'une régulation automatique de la température, autrement dit d'un thermostat programmable, ne s'appliquera aux logements existants qu'au 1er janvier 2030. Le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025 a repoussé l'échéance de 2027, qui ne vaut plus que pour les permis de construire déposés à partir de cette date. L'aide financière qui accompagnait l'installation, elle, a été supprimée.

Par où la chaleur s'échappe

L'ADEME chiffre la répartition des déperditions thermiques d'un logement non isolé : 30 % par le toit, 25 % par les murs, 20 % par la ventilation et les fuites d'air, 15 % par les vitrages.

L'isolation des combles vient en tête du retour sur investissement : selon l'ADEME, elle peut réduire les besoins en chauffage de 25 à 30 %.

L'isolation des fenêtres double vitrage suit. L'isolation des murs (par l'intérieur ou par l'extérieur) ferme la marche, plus coûteuse mais plus structurante.

Ces travaux ne sont plus aidés par MaPrimeRénov en métropole. Depuis le 1er septembre 2026, le parcours dit « par geste » ne finance plus que la pompe à chaleur, le raccordement à un réseau de chaleur, la dépose d'une cuve à fioul et l'audit énergétique. L'isolation des combles, des toitures-terrasses et des murs, comme le remplacement des fenêtres, en sont sortis. Restent les certificats d'économies d'énergie, la TVA à 5,5 % et le parcours d'ampleur, qui impose en revanche d'abandonner le chauffage au gaz.

Changer de chaudière, ou changer d'énergie

Une chaudière à condensation, selon l'ADEME, atteint un rendement saisonnier de 92 % sur PCS. L'écart avec une chaudière classique anciennement installée représente 15 à 30 % d'économies de gaz, selon les configurations.

Depuis le 1er mars 2025, l'achat et la pose d'une chaudière à combustible fossile, gaz compris, sont soumis au taux normal de TVA de 20 %. Les chaudières hybrides ne font pas exception : dès qu'un appareil peut brûler du gaz, même en simple appoint, le taux réduit lui échappe. Seul l'entretien reste taxé à 10 %.

L'alternative la plus aidée reste la pompe à chaleur air-eau : MaPrimeRénov verse jusqu'à 5 000 € aux ménages très modestes, 4 000 € aux modestes et 3 000 € aux intermédiaires, sur une dépense plafonnée à 12 000 €. Une pompe géothermique peut atteindre 11 000 €, sur une dépense plafonnée à 18 000 €. Depuis le 1er septembre, l'appareil doit figurer sur la liste agréée par l'État, arrêtée le 2 juillet 2026, faute de quoi l'aide n'est pas versée.

Une règle entrée en vigueur le 1er septembre 2026 change la donne pour qui veut garder le gaz. Le parcours d'ampleur de MaPrimeRénov, celui qui finance les rénovations complètes et peut couvrir jusqu'à 80 % de la dépense pour les ménages les plus modestes, n'est plus attribué à une maison individuelle qui conserve un chauffage au gaz. Une pompe à chaleur hybride, avec appoint fossile, en est exclue au même titre. L'aide la plus lourde du dispositif est donc réservée aux logements qui sortent du gaz.

Ce qui se joue dans la salle de bains et la cuisine

L'eau chaude sanitaire représente le second poste de consommation gaz d'un foyer, après le chauffage.

Trois réglages pèsent sur ce poste :

  • Privilégier les douches courtes plutôt que les bains : la consommation d'eau (et donc de gaz pour la chauffer) est nettement inférieure, selon l'ADEME.
  • Couvrir les casseroles à la cuisson : économie d'environ 30 % sur la consommation de gaz, selon ENGIE.
  • Régler la température du chauffe-eau autour de 55 à 60°C : suffisant contre la légionellose, économe.

Un chauffe-eau solaire ou thermodynamique garde la TVA réduite à 5,5 % et reste finançable par les certificats d'économies d'énergie. MaPrimeRénov, en revanche, ne le prend plus en charge en métropole depuis le 1er septembre 2026 : le solaire thermique n'est resté dans le parcours par geste qu'outre-mer, et la pompe à chaleur destinée à la seule eau chaude en est sortie.

Les aides, et ce qu'il en reste

Quatre dispositifs se cumulent, chacun avec ses propres conditions.

Le chèque énergie. Envoyé automatiquement depuis le 1er avril aux foyers que l'administration repère elle-même, il vaut de 48 à 277 €, pour une moyenne de 153 €, et s'adresse aux revenus fiscaux de référence inférieurs à 11 000 € par unité de consommation. Ceux qui ne l'ont pas reçu peuvent encore le réclamer sur chequeenergie.gouv.fr jusqu'au 31 décembre 2026.

MaPrimeRénov. Versée par l'ANAH, elle range les foyers en quatre couleurs selon le revenu : bleu pour les très modestes, jaune pour les modestes, violet pour les intermédiaires, rose pour les plus aisés. Le parcours par geste, resserré le 1er septembre, ne couvre plus en métropole que la pompe à chaleur et les quelques travaux qui l'accompagnent. Le parcours d'ampleur, lui, exige au moins deux gestes sur l'enveloppe du bâtiment, un quart des surfaces traitées et un gain de deux classes énergétiques.

Les certificats d'économies d'énergie. Le dispositif est entré le 1er janvier 2026 dans sa sixième période, qui court jusqu'à la fin de 2030. L'obligation imposée aux vendeurs d'énergie a été portée à 1 050 térawattheures cumac par an, soit 27 % de plus que sur la période précédente, dont un quart réservé aux ménages en précarité énergétique. Ces primes se touchent le plus souvent sans condition de ressources, et sont majorées pour les foyers modestes sous le nom de « coup de pouce ». Le dispositif est aujourd'hui contesté : Bruno Retailleau, qui dirige Les Républicains, a proposé le 18 septembre de le supprimer, estimant que cela retirerait 15 à 17 centimes au prix du litre de carburant.

La TVA à 5,5 %. Elle s'applique aux travaux d'isolation thermique — toiture, murs, planchers, fenêtres — et aux équipements de chauffage alimentés par des énergies renouvelables, à condition que le logement ait plus de deux ans et que l'entreprise soit certifiée RGE. Les pompes à chaleur air-air y ont été admises par un arrêté publié le 13 juillet 2026, sous réserve d'une classe énergétique élevée, d'un fluide frigorigène conforme et d'un pilotage à distance.

Le simulateur officiel de France Rénov' calcule les aides cumulables pour un projet précis.

Ce que voit le médiateur de l'énergie

Le rapport annuel du Médiateur national de l'énergie, publié le 2 juin 2026, recense 10 475 saisines pour l'année 2025, dont 6 545 jugées recevables. Ce recul de 10 % lui a permis de ramener son délai moyen de traitement à 86 jours, contre 131 l'année précédente, et ses 6 812 recommandations ont valu aux consommateurs plus de 10,5 millions d'euros de dédommagements et de remboursements.

Trois réflexes évitent l'essentiel des ennuis :

  • Relever son compteur de temps en temps, et signaler au fournisseur tout écart de plus de 10 % avec ce qui est facturé.
  • Vérifier, à l'emménagement, que le numéro de point de comptage et d'estimation porté sur la facture est bien celui du compteur : une erreur commise là se paie pendant des mois.
  • Se souvenir qu'une souscription par téléphone se rétracte sous quatorze jours sans pénalité. Le médiateur a de nouveau distribué deux « cartons rouges » en 2025, à Primagaz et à JPME, pour la deuxième année consécutive.

La saisine est gratuite et se fait en ligne sur energie-mediateur.fr, une fois qu'une réclamation écrite au fournisseur est restée sans réponse satisfaisante.

Combien on peut vraiment gagner

Cumulés, les gestes à effet rapide font baisser de 10 à 15 % la dépense annuelle d'un foyer chauffé au gaz, selon les fourchettes de l'ADEME. Il s'agit d'un contrat mieux choisi, d'un thermostat programmé à 19°C, de couvercles sur les casseroles et de douches plutôt que de bains.

Pour une facture annuelle moyenne de 1 500 €, soit 150 à 225 € de gain par an, sans investissement.

Les travaux, eux — isolation des combles, chaudière à condensation, pompe à chaleur —, se remboursent en quatre à douze ans selon le projet, aides déduites. Celles-ci raccourcissent le délai, mais elles ne couvrent plus les mêmes gestes qu'au printemps : le calcul de mai ne vaut plus pour un chantier lancé aujourd'hui.

L'essentiel

  • Sur les quatre blocs d'une facture de gaz, un seul dépend du contrat signé ; l'acheminement, relevé de 5,87 % au 1er juillet, s'impose à tout le monde.
  • Sans rien dépenser, un thermostat programmé, un degré de moins et quelques habitudes de cuisine valent 10 à 15 % de la facture annuelle.
  • Depuis le 1er septembre, MaPrimeRénov ne finance plus l'isolation ni les fenêtres en métropole, et refuse son aide la plus lourde aux maisons qui conservent un chauffage au gaz.

Questions fréquentes

Pourquoi ma facture de gaz peut-elle augmenter d'un mois à l'autre ?
Parce que la CRE recalcule son repère tous les mois et qu'une offre indexée le répercute aussitôt. Ce baromètre suit les marchés de gros européens avec un décalage d'à peu près quatre semaines. Seule la part fourniture bouge ainsi : l'acheminement, lui, n'est revu qu'une fois par an, au 1er juillet.
Vaut-il mieux un contrat indexé ou à prix fixe ?
Il n'y a pas de réponse valable pour tout le monde. Le prix fixe achète de la tranquillité pour un à trois ans et fait manquer les reculs ; l'indexé encaisse les deux mouvements. Avant de signer, regardez combien de temps vous êtes engagé, comment le kilowattheure est calculé, et ce que coûte un départ anticipé.
Quels gestes réduisent le plus vite la facture ?
Ceux qui sont gratuits : un degré de moins sur le thermostat, une programmation calée sur les heures de présence, un couvercle sur les casseroles, la douche plutôt que le bain. L'ADEME situe le total entre 10 et 15 % sur l'année.
Quelles aides pour des travaux en 2026 ?
Moins qu'au printemps. Le parcours par geste a été réduit le 1er septembre : hors outre-mer, il ne couvre plus grand-chose d'autre que les pompes à chaleur, et l'isolation comme les fenêtres en sont sorties. La rénovation complète, elle, n'est plus aidée si la maison conserve sa chaudière à gaz. Restent les primes CEE versées par les vendeurs d'énergie, le taux réduit de TVA et, sous condition de revenus, le chèque énergie.
Que faire en cas de litige avec mon fournisseur ?
Écrire d'abord au fournisseur, et garder une trace. Si la réponse ne vient pas ou ne convient pas, le médiateur national peut être saisi sans frais depuis son site ; son délai d'instruction est tombé à 86 jours en 2025. Une souscription obtenue par téléphone s'annule, elle, dans les quatorze jours.

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