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Stellantis Poissy :
la fin de 90 ans d'automobile française

Dernière usine d'assemblage d'Île-de-France, Poissy cessera de produire des voitures après quatre-vingt-dix ans. Le site ne ferme pas : il se reconvertit et conserve environ 1 000 emplois. Une page de l'industrie française se tourne.

Mis à jour le mardi 30 juin 2026 — 21h43
7 min
Un ouvrier Stellantis entre deux Opel sur la chaîne d'assemblage de l'usine de Poissy.
Un ouvrier dans la chaîne d'assemblage de Poissy, entre deux Opel. Après 2028, ces lignes produiront des pièces, non plus des voitures complètes.© AFP / Simon Wohlfahrt

C'est la dernière usine d'assemblage automobile d'Île-de-France, et après quatre-vingt-dix ans, elle cessera de fabriquer des voitures. Le 16 avril 2026, Stellantis a confirmé l'arrêt de la production à Poissy « au plus tôt fin 2028 ». L'usine ne ferme pas pour autant : elle changera de métier et conservera environ mille emplois sur mille cinq cents. Récit d'une mutation qui en dit long sur l'état de l'industrie automobile européenne.

Stellantis Poissy : ce qu'annonce le groupe

Le 16 avril 2026, lors d’un comité social et économique extraordinaire, Stellantis a confirmé l’arrêt de l’assemblage automobile à Poissy « au plus tôt fin 2028 ». Sur ce site des Yvelines, dernière usine d’assemblage d’Île-de-France, quatre-vingt-dix ans d’industrie automobile s’achèveront — sans que l’usine ne ferme pour autant.

Les deux derniers modèles produits à Poissy sont l'Opel Mokka et la DS 3. Leur assemblage continuera « au moins jusqu'à fin 2028 », précise le groupe.

Ensuite, le site basculera progressivement vers quatre nouveaux métiers, pleinement opérationnels en 2030 :

  • Production de pièces automobiles
  • Valorisation de pièces usagées (économie circulaire)
  • Préparation et transformation de véhicules
  • Impression 3D de pièces pour petites séries

Stellantis investit 100 millions d'euros pour financer cette mutation.

Les communications officielles insistent sur un point. « Le site ne fermera pas. Il aura un futur industriel pérenne. »

Pourquoi cette fin de production en 2028

Trois raisons.

La première, c'est le marché européen. Stellantis, comme ses concurrents, fait face à un recul des ventes automobiles en Europe — tiré à la baisse par l'inflation, le pouvoir d'achat, la transition vers l'électrique et la concurrence chinoise.

La deuxième, c'est l'outil industriel. Poissy travaille en sous-capacité depuis plusieurs années. Le site tournait autour de 60 % de ses capacités, l’un des taux les plus bas parmi les usines d’assemblage du groupe ; en octobre 2025, la production avait déjà été interrompue une quinzaine de jours, faute de débouchés pour la DS 3 et l’Opel Mokka. Les volumes ne justifient plus l'assemblage de deux modèles sur un site construit pour en produire beaucoup plus.

La troisième, c'est la reconversion. L'économie circulaire et l'impression 3D sont des activités à plus forte valeur ajoutée par tête — le groupe cherche à maintenir des emplois qualifiés sur un foncier industriel rare en Île-de-France.

L'annonce s'inscrit dans une série de décisions similaires en Europe.

Vue aérienne de l'usine Stellantis de Poissy en Yvelines avec la Seine en arrière-plan, sa tour bleue emblématique et la Défense visible au loin, dernière usine d'assemblage automobile d'Île-de-France
L'usine Stellantis de Poissy vue du ciel. Au loin, la Défense. Poissy est la dernière usine d'assemblage automobile d'Île-de-France. AFP / Anadolu

1938-2028 : 90 ans d'automobile à Poissy en 9 dates

AnnéeÉvénement
1938Ford installe l'usine à Poissy (déménage de Bordeaux)
1944Site bombardé par les Alliés, puis libéré
1954Simca rachète le site à Ford
1963Chrysler rachète Simca
Années 1970Apogée : 27 000 salariés
1978PSA reprend Chrysler Europe — marque Talbot
2021Stellantis naît de la fusion PSA + FCA
2028Fin de la production automobile
20304 nouvelles activités pleinement opérationnelles

De Ford à Simca, Chrysler, Talbot, PSA : cinq propriétaires

L'historien Pierre Lamard, professeur émérite à l'Université de technologie de Belfort-Montbéliard, le résume à l'AFP. Poissy est « un symbole de l'automobile française ».

Ford démarre la production en 1938 avec un objectif : 150 véhicules par journée de 8 heures.

La guerre rattrape l'usine. L'Allemagne nazie la mobilise pour y produire des camions. Les Alliés la bombardent. En 1944, libérée, elle fabrique des moteurs de chars pour l'armée américaine.

En 1946, retour à la vocation civile.

Simca Ariane décapotable noire des années 1960, exposée au salon Rétromobile à Paris. Simca a racheté l'usine de Poissy en 1954 pour en faire l'un des plus grands sites industriels français
Une Simca des années 1960 au salon Rétromobile. Simca a fait de Poissy un bastion de l'automobile populaire. AFP / Pierre Verdy

1954 : Simca rachète. Le constructeur franco-italien veut faire de Poissy « l'un des plus modernes du pays ». L'extension de 1958 y parvient. Poissy devient le grand bastion industriel de Simca.

1963 : Chrysler rachète Simca. L'américain injecte du capital. Poissy connaît son âge d'or dans les années 1960 et 1970 — un des plus grands centres de fabrication automobile d'Europe.

Au sommet, vers le milieu des années 1970, 27 000 salariés. C'est le symbole de la voiture populaire de masse.

1978 : PSA Peugeot-Citroën rachète Chrysler Europe. La marque Talbot ressort des catalogues. Des grèves longues marquent la décennie — la « grève Talbot Poissy » entre dans la mémoire syndicale française.

2021 : PSA et FCA (Fiat Chrysler Automobiles) fusionnent. Naissance de Stellantis. Poissy y trouve sa cinquième maison mère.

Ce que deviennent les 1 500 salariés

L'annonce d'un CSE, jeudi matin, a précisé les chiffres.

Sur les 1 500 ouvriers, 1 000 postes seront maintenus. Les 500 emplois qui disparaissent partiront, selon le groupe, « par des départs naturels ou volontaires ». Pas de licenciements annoncés.

« Compte tenu de la pyramide des âges, les évolutions d'effectifs se feront de manière progressive », précise Stellantis.

Les syndicats majoritaires ont accueilli l'annonce avec soulagement, selon leurs déclarations à l'AFP.

Brahim Ait Athmane, Force ouvrière (34 % des voix aux dernières professionnelles) : « Aujourd'hui, on a un avenir qui est tracé sur plusieurs dizaines d'années. C'est quelque chose qui est appréciable pour l'ensemble des salariés. »

Frédéric Lemayitch, CFTC (21 %) : « Paradoxalement, on a accueilli les annonces avec un certain soulagement. Ça fait toujours mal au cœur de savoir qu'il n'y aura plus d'assemblage sur le site, mais on a la garantie que le site industriel de Poissy sera toujours présent sur l'échiquier Stellantis en Europe. »

Une minorité de syndicats appelle toutefois à la grève. Le site n'est pas encore apaisé.

Un syndicaliste en uniforme PSA Groupe, portant un badge « NON À LA FERMETURE DE STELLANTIS POISSY », s'exprime devant l'entrée du site, sous le panneau « Bienvenue sur le site de Poissy »
Un syndicaliste à l'entrée du site de Poissy, en uniforme PSA Groupe encore en usage. Badge jaune : « Non à la fermeture de Stellantis Poissy ». AFP / Simon Wohlfahrt

Impression 3D, économie circulaire : les 4 nouvelles activités

Les quatre métiers annoncés pour 2030 changent de registre.

Ce n'est plus de l'assemblage.

  • Production de pièces automobiles : composants pour les autres usines Stellantis en Europe
  • Valorisation de pièces usagées : récupération, reconditionnement, remise en circulation — économie circulaire
  • Préparation et transformation de véhicules : équipements spéciaux, véhicules utilitaires personnalisés, flottes
  • Impression 3D de pièces pour petites séries : pièces détachées anciennes, prototypes, pièces de maintenance

L'ambition : une valeur ajoutée plus forte par salarié, un positionnement sur des niches à marge élevée, une logique de continuité avec l'écosystème Stellantis.

En théorie.

En pratique, tout dépend de la capacité du groupe à capter les volumes et à former les équipes. L'impression 3D automobile, par exemple, reste un secteur émergent — les volumes mondiaux doublent environ tous les deux ans, mais partent d'une base faible.

La dernière usine auto d'Île-de-France

C'est le symbole.

Avec Poissy, la région parisienne voit disparaître son dernier site d'assemblage automobile. Une page de l'histoire industrielle de l'Île-de-France tourne — celle qu'avaient écrite Citroën à Javel puis Aulnay, Renault à Boulogne-Billancourt puis Flins, et donc Ford-Simca-Talbot-PSA-Stellantis à Poissy.

L'usine Renault de Flins a cessé la production automobile en 2024. Celle de Citroën Aulnay a fermé en 2013. Billancourt, Javel : avant.

Un par un, les grands noms de l'assemblage parisien ont quitté la scène.

Poissy était le dernier.

Stellantis en France : combien d'usines, combien d'emplois ?

Stellantis emploie environ 35 000 salariés en France dans l'ensemble de ses activités (production, tertiaire, R&D).

Les sites industriels restants en France après 2028 :

  • Sochaux (Doubs) — plus grande usine Stellantis française, assemble les Peugeot 3008 et 5008
  • Mulhouse (Haut-Rhin) — Peugeot 308, Citroën C5 X, DS 7
  • Rennes-La Janais (Ille-et-Vilaine) — utilitaires Peugeot, Citroën, Fiat
  • Hordain (Nord) — utilitaires Opel, Toyota, Fiat
  • Douvrin (Pas-de-Calais) — moteurs (accord avec Mercedes annoncé)
  • Trémery, Metz, Valenciennes, Charleville — fonderies, moteurs, boîtes de vitesses

Plusieurs de ces sites ont eux aussi vu leurs effectifs se réduire sur la décennie — quand la France cherche, dans le même temps, à attirer de nouveaux investissements industriels lors de sommets comme Choose France. Les annonces successives de réorganisation en Europe — en Italie, au Royaume-Uni, en Allemagne — dessinent un paysage industriel automobile en recomposition accélérée. La même vague de désindustrialisation touche d’autres filières du continent, comme la chimie européenne.

Face à la concurrence chinoise et à la transition électrique, l'équation reste la même. Moins d'usines, plus spécialisées, plus automatisées. Le nombre d'emplois d'assemblage recule. Et Poissy, dans ce mouvement, devient un symbole parmi d'autres.

Une page de l'industrie française se tourne

Le site ne ferme pas. Mais il change de métier.

Sur quatre-vingt-dix ans, Poissy aura été le lieu d'un siècle d'automobile française populaire. De la Simca 1100 à la DS 3, en passant par la Chrysler 180 et la Talbot Horizon.

Fin 2028, la dernière voiture sortira de ces chaînes. Une Opel Mokka. Une DS 3.

Ensuite, des pièces. De l'impression 3D. Des véhicules transformés. Et encore, pour un temps, mille ouvriers sur l’un des derniers grands fonciers industriels d’Île-de-France.

L'essentiel

  • Le 16 avril 2026, Stellantis a confirmé l'arrêt de l'assemblage automobile à Poissy au plus tard fin 2028 — la fin de 90 ans de production et la dernière usine d'assemblage d'Île-de-France.
  • Le site ne ferme pas : il se reconvertit (pièces, économie circulaire, transformation de véhicules, impression 3D), avec 100 millions d'euros investis et environ 1 000 emplois maintenus sur 1 500.
  • L'annonce illustre la recomposition de l'industrie automobile européenne, prise entre recul des ventes, concurrence chinoise et transition électrique.

Questions fréquentes

Stellantis ferme-t-il l'usine de Poissy ?
Non. Stellantis arrête l'assemblage automobile à Poissy au plus tard fin 2028, mais le site ne ferme pas : il se reconvertit vers la production de pièces, l'économie circulaire, la transformation de véhicules et l'impression 3D, avec 100 millions d'euros investis.
Combien d'emplois sont concernés ?
Sur environ 1 500 ouvriers, le groupe prévoit de maintenir près de 1 000 postes ; les quelque 500 suppressions se feraient par départs naturels ou volontaires, sans licenciements annoncés.
Pourquoi arrêter la production à Poissy ?
Le site tournait à environ 60 % de ses capacités, l'un des taux les plus bas du groupe, sur fond de recul des ventes en Europe, de concurrence chinoise et de transition vers l'électrique.
Quels modèles y étaient produits ?
Les deux derniers étaient l'Opel Mokka et la DS 3, dont l'assemblage doit se poursuivre au moins jusqu'à fin 2028. Poissy a fabriqué un siècle de voitures populaires, de la Simca 1100 à la DS 3.
Reste-t-il des usines Stellantis en France ?
Oui : notamment Sochaux, Mulhouse, Rennes-La Janais, Hordain et Douvrin. Poissy était toutefois la dernière usine d'assemblage automobile d'Île-de-France.

Antoine Lefebvre

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