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Stellantis Poissy :
la fin de 90 ans d'automobile française

Le groupe compte en postes de travail, pas en personnes : mille postes maintenus, cela fera environ mille deux cents ouvriers présents au terme de la reconversion, contre mille cinq cent quatre-vingts aujourd'hui. Ce que l'usine devient, et ce qu'elle laisse derrière elle.

Mis à jour le jeudi 24 septembre 2026 — 09h51
7 min
Un ouvrier Stellantis entre deux Opel sur la chaîne d'assemblage de l'usine de Poissy.
Un ouvrier dans la chaîne d'assemblage de Poissy, entre deux Opel. Après 2028, ces lignes produiront des pièces, non plus des voitures complètes.© AFP / Simon Wohlfahrt

Le 16 avril, un comité social et économique extraordinaire s'est tenu à Poissy. Stellantis y a confirmé ce que l'usine redoutait depuis l'automne, quand le groupe avait laissé sans réponse la question de savoir s'il lui attribuerait un nouveau modèle : l'assemblage automobile s'arrêtera en 2028. Ouverte par Ford en 1938, la dernière usine d'assemblage d'Île-de-France ne fermera pas pour autant. Elle changera de métier.

Mille postes maintenus, mais pas mille ouvriers

Les chiffres annoncés demandent une lecture attentive, car le groupe compte en postes et non en personnes. Sur le papier, le site emploie 1 925 ouvriers ; 1 580 y travaillent réellement, les autres étant en formation, en congés ou en arrêt. À l'horizon 2030, Stellantis prévoit « autour de 1 200 ouvriers actifs », ce qui correspond aux « 1 000 postes ouvriers » annoncés : dans l'industrie, il faut environ 1,2 personne pour tenir un poste.

Le groupe assure qu'il n'y aura pas de départs contraints. Les effectifs baisseront « de manière progressive », « via des départs naturels ou des mesures individuelles basées sur le volontariat », compte tenu de la pyramide des âges.

Le soulagement des uns, la grève des autres

La majorité des syndicats de l'usine se sont dits soulagés. « On a un avenir qui est tracé sur plusieurs dizaines d'années. C'est quelque chose qui est appréciable pour l'ensemble des salariés », a déclaré à l'AFP Brahim Ait Athmane, de Force ouvrière. « Paradoxalement, on a accueilli les annonces avec un certain soulagement », a renchéri Frédéric Lemayitch, représentant CFTC. « Ça fait toujours mal au cœur de savoir qu'il n'y aura plus d'assemblage sur le site mais on a la garantie que le site industriel de Poissy sera toujours présent sur l'échiquier Stellantis. »

Trois autres n'ont pas lu l'annonce ainsi. La CGT, l'Unsa et SUD ont appelé à la grève et à une manifestation devant l'usine le 23 avril. Pour Jean-Pierre Mercier (SUD), l'arrêt de la fabrication de voitures est « un véritable tremblement de terre », qui pourrait entraîner « une saignée » côté emplois. Le ministère de l'Économie s'est dit « particulièrement vigilant quant à la qualité de l'accompagnement des salariés et des sous-traitants », ainsi qu'à « la valorisation du foncier disponible ».

Un syndicaliste en uniforme PSA Groupe, portant un badge « NON À LA FERMETURE DE STELLANTIS POISSY », s'exprime devant l'entrée du site, sous le panneau « Bienvenue sur le site de Poissy »
Un syndicaliste à l'entrée du site de Poissy, en uniforme PSA Groupe encore en usage. Badge jaune : « Non à la fermeture de Stellantis Poissy ». AFP / Simon Wohlfahrt

L'assemblage s'arrête, quatre métiers doivent le remplacer

Elle produit aujourd'hui deux modèles, l'Opel Mokka et la DS 3, environ quatre-vingt-dix mille véhicules par an. Leur assemblage doit se poursuivre « au moins jusqu'à fin 2028 ». Ensuite, le site basculera vers quatre activités que le groupe annonce « pleinement opérationnelles d'ici à 2030 », avec cent millions d'euros à la clé.

  • Production de pièces automobiles : composants pour les autres usines Stellantis en Europe
  • Valorisation de pièces usagées : récupération, reconditionnement, remise en circulation — économie circulaire
  • Préparation et transformation de véhicules : équipements spéciaux, véhicules utilitaires personnalisés, flottes
  • Impression 3D de pièces pour petites séries : pièces détachées anciennes, prototypes, pièces de maintenance

« Le site ne fermera pas, il aura un futur industriel pérenne », a déclaré Stellantis le jour de l'annonce. Le pari industriel tient en une phrase : remplacer un métier de volume par des métiers de spécialité, sur un foncier rare. Il reposera sur la capacité du groupe à orienter vers Poissy les pièces des autres usines européennes, et sur la formation des équipes ; l'impression 3D automobile, elle, reste un marché naissant.

Vue aérienne de l'usine Stellantis de Poissy en Yvelines avec la Seine en arrière-plan, sa tour bleue emblématique et la Défense visible au loin, dernière usine d'assemblage automobile d'Île-de-France
L'usine Stellantis de Poissy vue du ciel. Au loin, la Défense. Poissy est la dernière usine d'assemblage automobile d'Île-de-France. AFP / Anadolu

Une usine qui tournait à peine plus qu'à moitié

La décision vient d'abord du marché. Les ventes de voitures neuves en France et en Europe sont inférieures d'un quart à leur niveau de 2019, sous l'effet conjugué des prix, de la transition vers l'électrique et de la concurrence chinoise. Elle vient ensuite de l'outil : d'après des rapports internes cités par l'AFP, seulement 58 % des capacités de Poissy étaient utilisées en 2025, l'un des taux les plus bas du groupe. En octobre de la même année, la production avait déjà été interrompue une quinzaine de jours, faute de débouchés pour la DS 3 et le Mokka.

Le mouvement dépasse de loin cette usine : selon l'Insee, la filière automobile française, constructeurs et fournisseurs réunis, a perdu un tiers de ses effectifs en treize ans : 425 500 emplois en 2010, 286 800 en 2023.

De Ford à Stellantis, cinq propriétaires

« Un symbole de l'automobile française », résume à l'AFP l'historien Pierre Lamard, professeur émérite à l'Université de technologie de Belfort-Montbéliard. Ford y démarre la production en 1938, avec un objectif de cent cinquante véhicules par journée de huit heures. La guerre rattrape l'usine : l'Allemagne nazie la mobilise pour y produire des camions, les Alliés la bombardent, et en 1944, libérée, elle fabrique des moteurs de chars pour l'armée américaine. La vocation civile revient en 1946.

Simca rachète le site en 1954 et veut en faire « l'un des plus modernes du pays » ; l'extension de 1958 l'y amène. Chrysler prend la suite en 1963 et injecte du capital : l'usine connaît son âge d'or dans les années 1960 et 1970, jusqu'à employer 27 000 personnes vers 1976. PSA rachète Chrysler Europe en 1978, ressort la marque Talbot des catalogues, et les grèves de la décennie font entrer « Talbot Poissy » dans la mémoire syndicale. En 2021, la fusion de PSA et de Fiat Chrysler donne naissance à Stellantis : cinquième maison mère.

Simca Ariane décapotable noire des années 1960, exposée au salon Rétromobile à Paris. Simca a racheté l'usine de Poissy en 1954 pour en faire l'un des plus grands sites industriels français
Une Simca des années 1960 au salon Rétromobile. Simca a fait de Poissy un bastion de l'automobile populaire. AFP / Pierre Verdy
AnnéeÉvénement
1938Ford installe l'usine à Poissy (déménage de Bordeaux)
1944Site bombardé par les Alliés, puis libéré
1954Simca rachète le site à Ford
1963Chrysler rachète Simca
Années 1970Apogée : 27 000 salariés
1978PSA reprend Chrysler Europe — marque Talbot
2021Stellantis naît de la fusion PSA + FCA
2028Fin de la production automobile
20304 nouvelles activités pleinement opérationnelles

Cinq semaines plus tard, un plan qui dépasse Poissy

Le 21 mai, Stellantis a présenté son plan stratégique : 60 milliards d'euros d'investissement sur cinq ans, avec priorité donnée à l'Amérique du Nord. En Europe, le groupe réduira les capacités de ses usines de « plus de 800 000 unités » d'ici 2030, les faisant passer de 4,65 à 3,85 millions de véhicules par an. Poissy y est cité nommément, parmi les sites reconvertis, aux côtés d'accords de partage d'usines conclus avec le chinois Leapmotor en Espagne et avec Dongfeng à Rennes — mais « sans aucune fermeture », a assuré le directeur général Antonio Filosa.

La CFDT y a vu « une nouvelle casse de l'emploi » et appelé les salariés à un rassemblement le 16 juin devant le siège du groupe, qui se trouve à Poissy.

La région parisienne perd son dernier assemblage

Avec Poissy, l'Île-de-France voit disparaître le dernier site où l'on assemble des voitures. Renault avait fermé Boulogne-Billancourt en 1992, PSA avait fermé Aulnay-sous-Bois en 2014, et Renault a cessé la production automobile à Flins en 2024 pour la reconvertir dans le reconditionnement. Poissy était le dernier de la liste.

Après 2028, Stellantis conservera quatre usines d'assemblage en France — Sochaux, Mulhouse, Rennes-La Janais et Hordain pour les utilitaires — auxquelles s'ajoutent les sites de moteurs et de fonderie. Le groupe y a produit 661 000 véhicules en 2025, sur 5,5 millions dans le monde.

  • Sochaux (Doubs) — plus grande usine Stellantis française, assemble les Peugeot 3008 et 5008
  • Mulhouse (Haut-Rhin) — Peugeot 308 et 408, DS 7
  • Rennes-La Janais (Ille-et-Vilaine) — Citroën C5 Aircross
  • Hordain (Nord) — utilitaires Opel, Toyota, Fiat
  • Douvrin (Pas-de-Calais) — moteurs (accord avec Mercedes annoncé)
  • Trémery, Metz, Valenciennes, Charleville — fonderies, moteurs, boîtes de vitesses

Fin 2028, la dernière voiture sortira des chaînes de Poissy : une Opel Mokka, ou une DS 3. Le directeur du site, Eric Haan, calcule déjà qu'une usine « plus compacte » libérerait « a minima 40 hectares » à proposer à des clients.

L'essentiel

  • L'assemblage automobile cesse à Poissy en 2028, après quatre-vingt-dix ans et cinq propriétaires successifs, de Ford à Stellantis.
  • Les mille postes annoncés maintenus correspondent à environ mille deux cents ouvriers présents en 2030, contre mille cinq cent quatre-vingts aujourd'hui, sans départ contraint.
  • Le plan stratégique du 21 mai range Poissy parmi les reconversions qui doivent retirer plus de huit cent mille véhicules aux capacités européennes du groupe d'ici 2030.

Questions fréquentes

Stellantis ferme-t-il l'usine de Poissy ?
Non. C'est l'assemblage des voitures qui cesse en 2028. Le site doit continuer à vivre avec quatre activités industrielles, financées par un investissement de cent millions d'euros, et le groupe s'est engagé publiquement sur sa pérennité.
Combien d'emplois sont concernés ?
Le groupe raisonne en postes de travail : mille postes d'ouvriers sont annoncés maintenus. En personnes, cela représente environ mille deux cents ouvriers présents en 2030, contre mille cinq cent quatre-vingts aujourd'hui. La baisse doit passer par des départs naturels et des mesures individuelles de volontariat, sans licenciement.
Pourquoi arrêter la production à Poissy ?
Parce que l'usine tournait à 58 % de ses capacités en 2025, sur un marché européen amputé d'un quart de ses immatriculations neuves depuis 2019. Le groupe n'avait par ailleurs attribué aucun nouveau modèle au site.
Quels modèles y étaient produits ?
Deux modèles seulement en fin de course : le Mokka, badgé Opel, et la DS 3, pour une production annuelle proche de quatre-vingt-dix mille exemplaires. Avant eux, l'usine a fabriqué les voitures populaires de Simca, de Chrysler et de Talbot.
Reste-t-il des usines Stellantis en France ?
Oui : Hordain, Rennes-La Janais, Mulhouse et Sochaux doivent continuer d'assembler, sans compter les usines de moteurs et les fonderies. La production française du groupe s'est élevée à 661 000 véhicules l'an dernier.

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