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Croissance abaissée à 0,7 % :
l'État rabote son budget de neuf milliards en cours d'année

Premier trimestre décevant, conflit au Moyen-Orient : le gouvernement abaisse sa prévision de croissance et annonce de nouveaux gels de crédits, deux milliards pour l'État et un pour la Sécurité sociale. Le tour de vis atteint neuf milliards, sur un budget déjà né au forceps.

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La façade du ministère de l'Économie et des Finances, à Bercy, à Paris.
Le ministère de l'Économie et des Finances, à Bercy, à Paris.© Joel Saget / AFP

À 0,7 % de croissance attendue, la France ne recule pas — elle avance au ralenti. Le gouvernement a abaissé sa prévision pour l'année, de 0,9 % à 0,7 %, et l'a aussitôt traduite en actes : trois milliards d'euros d'économies supplémentaires, deux pour l'État, un pour la Sécurité sociale. Avec les six milliards déjà annoncés au printemps, le rabot passé en cours d'exercice atteint neuf milliards d'euros — sans attendre le budget suivant.

L'annonce est tombée le 7 juillet, à l'issue du comité d'alerte des finances publiques réuni à Bercy, que le Premier ministre Sébastien Lecornu a présidé en personne et que son ministre de l'Économie, Roland Lescure, a ouvert. La révision s'appuie sur un premier trimestre en deçà des attentes et sur les retombées du conflit au Moyen-Orient, qui a renchéri l'énergie et pesé sur l'activité. La nouvelle prévision rejoint celles de l'Insee, du Fonds monétaire international et de l'OCDE, qui tablaient déjà sur 0,7 %.

Les deux milliards demandés à l'État sont « en grande partie liés aux mesures d'aide qui se sont déployées depuis avril », selon le gouvernement. Les dispositifs anti-crise se paient : le paquet carburant — prime de 600 euros, aide renforcée pour les gros rouleurs, soutien aux professionnels de la route — a fini par mobiliser 1,2 milliard d'euros. La flambée du pétrole aura ainsi coûté deux fois aux finances publiques : en croissance perdue et en dépenses nouvelles.

Un budget né au forceps

Ce tour de vis frappe un budget qui n'a jamais été voté sereinement. Faute d'accord entre députés et sénateurs en décembre, l'État est entré dans l'année sous le régime d'une loi spéciale, promulguée le 27 décembre 2025 — l'expédient qui autorise la perception des impôts en attendant une loi de finances, déjà employé un an plus tôt après la censure du gouvernement de Michel Barnier. Le texte définitif n'a été adopté que le 2 février, par le recours au 49.3 et après le rejet de deux motions de censure. Deux années de suite, la France a donc entamé l'exercice sans budget voté dans les temps.

Gel de crédits : la méthode qui fait tiquer le Sénat

Sur la forme, la critique est venue de la Haute Assemblée. Le comité d'alerte a été « ponctué par l'annonce de 3 milliards d'euros supplémentaires de gels de crédits, dont le détail n'a même pas été donné », a regretté le rapporteur général du budget au Sénat. Le gel de crédits consiste à rendre indisponibles des sommes pourtant votées par le Parlement : l'exécutif ajuste ainsi la dépense sans repasser devant les chambres. S'y ajoutent environ deux milliards d'euros de risques identifiés du côté des collectivités locales, qui portent l'effort potentiel à onze milliards, selon les chiffrages avancés à l'issue de la réunion.

Une croissance plus faible, ce sont aussi, mécaniquement, des recettes plus maigres : moins de TVA collectée, moins d'impôt sur les sociétés, moins de cotisations. L'équation pèse sur une signature française déjà placée sous la surveillance des agences de notation, et elle explique l'empressement de l'exécutif à colmater en juillet plutôt qu'à constater le dérapage en fin d'année.

Reste le symbole. Depuis avril, le gouvernement défendait un 0,9 % que plus grand monde n'anticipait : l'Insee, le FMI et l'OCDE s'étaient déjà rangés à 0,7 %. Il aura fallu un trimestre décevant et les contrecoups d'une guerre pour que Bercy renonce, à son tour, à l'optimisme.

L'essentiel

  • Le gouvernement a abaissé sa prévision de croissance pour l'année de 0,9 % à 0,7 %, rejoignant l'Insee, le FMI et l'OCDE, en invoquant un premier trimestre décevant et les retombées du conflit au Moyen-Orient.
  • Trois milliards d'euros d'économies supplémentaires ont été annoncés — deux pour l'État, largement liés aux aides déployées depuis avril, un pour la Sécurité sociale — portant le total à neuf milliards depuis le début de l'année.
  • Ce tour de vis frappe un budget adopté au forceps : loi spéciale fin décembre, 49.3 et motions de censure rejetées début février — deuxième année consécutive sans budget voté dans les temps.

Claire Moreau

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