Combien, et quand : deux questions simples, auxquelles répondent deux régimes différents, un salaire de référence calculé sur des décennies et un compte en points. La pension ne se décide pas à l'âge du départ ; elle se fabrique à chaque bulletin de salaire, selon des règles qui tiennent en quelques lignes.
Deux retraites, pas une seule
Un salarié du privé ne touche pas une pension, mais deux, versées par deux organismes distincts. La retraite de base, gérée par l'Assurance retraite, repose sur un salaire de référence et une durée de cotisation. La retraite complémentaire, gérée par l'AGIRC-ARRCO, fonctionne tout autrement, par points. Les deux s'additionnent, et leur logique n'a rien à voir : comprendre sa future pension, c'est d'abord comprendre qu'on en fabrique deux en parallèle, à chaque bulletin de salaire.
Comment se calcule la retraite de base
La pension de base se résume à une formule à trois facteurs : le salaire annuel moyen, multiplié par un taux, lui-même corrigé par la durée de cotisation. Le salaire annuel moyen n'est pas celui de la fin de carrière : c'est la moyenne des 25 meilleures années, revalorisées — 24 ou 23 années, depuis le 1er septembre 2026, pour les parents qui ont reçu des trimestres au titre de leurs enfants, comme l'explique notre article sur le calcul allégé. L'Assurance retraite n'appliquera toutefois ce calcul allégé que courant 2027, une fois ses systèmes informatiques mis à jour ; les pensions liquidées d'ici là seront recalculées automatiquement, avec un rattrapage des sommes dues. Le taux, lui, plafonne à 50 % — c'est le fameux « taux plein », qui ne veut pas dire pension complète mais taux maximal de calcul.
Ce taux de 50 % s'obtient de deux façons : en réunissant la durée d'assurance requise — 172 trimestres, soit quarante-trois ans, pour les personnes nées à partir de 1966 —, ou automatiquement à 67 ans, quel que soit le nombre de trimestres. La suspension de la réforme de 2023 allège cette durée pour deux générations : 170 trimestres pour qui est né en 1964 ou au premier trimestre 1965, 171 pour le reste de l'année 1965. La formule complète rapporte enfin la durée d'assurance, qui inclut les périodes assimilées et les trimestres accordés pour les enfants, à la durée requise. Une carrière incomplète est donc doublement pénalisée : le taux peut baisser, et la fraction de durée aussi.
Ce qu'est vraiment un trimestre
Un trimestre de retraite ne correspond pas à trois mois travaillés, mais à un montant de salaire soumis à cotisation — c'est le malentendu qui coûte le plus cher. En 2026, il suffit d'avoir gagné 1 803 euros dans l'année — 150 heures payées au SMIC en vigueur au 1er janvier — pour valider un trimestre. Quatre trimestres, soit une année pleine de droits, s'acquièrent avec 7 212 euros de salaire annuel, et pas un de plus : on ne peut jamais valider plus de quatre trimestres par an, même en gagnant dix fois cette somme.
Un salarié à temps partiel bien rémunéré peut valider son année entière en quelques mois ; un saisonnier peut, à l'inverse, travailler sans atteindre le seuil. Certaines périodes sans emploi comptent malgré tout : le chômage indemnisé, la maladie ou la maternité ouvrent des trimestres dits assimilés, et les parents reçoivent des trimestres supplémentaires au titre de leurs enfants, selon Service-Public. Vérifier son relevé de carrière, c'est d'abord traquer les trimestres manquants — ceux qui, à l'arrivée, coûtent le plus cher.
Une décote qui pèse sur toute la retraite
Qui part sans le taux plein subit une décote, définitive. Au régime général, le taux de 50 % baisse de 0,625 point par trimestre manquant, dans la limite de vingt trimestres, en retenant le décompte le plus favorable entre le déficit de durée et le nombre de trimestres restant avant 67 ans. Un exemple : à qui manquent huit trimestres, le taux tombe à 45 %, et cette perte ne se rattrape jamais — elle pèsera sur chaque pension versée, jusqu'au bout.
À l'inverse, prolonger son activité au-delà de l'âge légal et du taux plein déclenche une surcote : chaque trimestre travaillé en plus majore la pension de 1,25 %, soit 5 % par année supplémentaire.
La retraite complémentaire, une affaire de points
La seconde pension obéit à une autre mécanique. Chaque année, une partie seulement des cotisations AGIRC-ARRCO prélevées sur le salaire achète des points, au prix d'un « salaire de référence » de 20,1877 euros le point en 2026. Ces points s'accumulent toute la carrière. À la liquidation, leur total est multiplié par la valeur de service du point, fixée à 1,4386 euro jusqu'au 31 octobre 2026 et à 1,4587 euro à partir du 1er novembre, pour donner la pension complémentaire annuelle. Dix mille points, par exemple, valent alors 14 587 euros brut par an.
Cette valeur de service est en principe revalorisée chaque automne ; elle ne l'a pas été en novembre 2025, faute d'accord entre syndicats et patronat au conseil d'administration du régime. Le 14 octobre 2026, ce même conseil a décidé une hausse de 1,4 % au 1er novembre. La retraite complémentaire, pilotée par les partenaires sociaux, dépend ainsi d'équilibres qui se renégocient chaque année.
À quel âge partir, dans un droit qui bouge
La réforme de 2023, qui devait porter progressivement l'âge légal de départ à 64 ans, est suspendue depuis le 1er septembre 2026. Pour les pensions prenant effet à partir de cette date, l'article 105 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 fixe un âge légal pour chaque génération, sans date de fin pour les salariés du privé ; Service-Public présente la mesure comme une suspension « jusqu'en 2028 ». Concrètement, l'âge de 64 ans ne concerne plus que les personnes nées à partir de 1969 ; celles nées entre 1964 et 1968 peuvent partir entre 62 ans et 9 mois et 63 ans et 9 mois selon leur date de naissance, soit un trimestre plus tôt que ce que prévoyait la réforme. L'avance atteint six mois pour les personnes nées de janvier à mars 1965 : 62 ans et 9 mois au lieu de 63 ans et 3 mois. Suspendre ne veut pas dire abroger : chaque loi de financement peut redéplacer ce calendrier.
Comme l'âge dépend de la génération et d'un cadre mouvant, le plus sûr est de vérifier sa situation personnelle plutôt qu'un tableau qui vieillit vite. Le simulateur officiel Mon estimation retraite, accessible depuis le compte retraite, intègre la suspension pour les générations nées de 1964 à 1968 et estime, à partir de la carrière réelle, l'âge du taux plein et le montant des deux pensions. Une fois connue, cette pension reste un revenu à défendre : comme les salaires, elle est rongée par l'inflation, au cœur du recul du pouvoir d'achat des ménages quand les revalorisations tardent.
Deux gestes valent mieux qu'un calcul approximatif. Relire son relevé de carrière ligne par ligne, pour repérer les trimestres manquants tant qu'il est encore temps de les faire corriger. Et refaire l'estimation après chaque changement de situation : les seuils sont recalculés chaque 1er janvier, et le calendrier de l'âge légal peut être redéplacé par une loi de financement.











