La croissance est revenue dans la zone euro. Le produit intérieur brut des 21 pays partageant la monnaie unique a progressé de 0,4 % d'avril à juin par rapport au trimestre précédent, selon les données publiées le 30 juillet par Eurostat. Les économistes sondés par Bloomberg attendaient deux fois moins, 0,2 %, après un début d'année revu en simple stagnation par l'institut européen de statistiques, qui avait d'abord annoncé un léger recul.
Ce rythme reste modeste — prolongé sur un an, il donnerait environ 1,6 % — mais il s'installe dans un environnement hostile. Le conflit entre les États-Unis et l'Iran renchérit l'énergie depuis des mois et perturbe des chaînes d'approvisionnement, et l'échec d'un cessez-le-feu a prolongé ce que les conjoncturistes appellent le « choc énergétique ». « Nous pensons que la zone euro continuera de supporter remarquablement bien le choc énergétique lié à l'Iran, et nous prévoyons une croissance d'environ 0,25 % par trimestre » jusqu'à la mi-2027, commente Andrew Kenningham, chef économiste pour l'Europe de Capital Economics, cité par l'AFP.
Le rebond irlandais, un mirage comptable
Une partie du rebond ne doit rien aux usines ni aux ménages européens. L'Irlande affiche un bond de 3,9 % de son PIB, après un plongeon de 7 % au trimestre précédent. Ces montagnes russes ne décrivent pas l'activité réelle de l'île, mais les écritures comptables des multinationales qui y ont installé leur siège européen pour sa faible fiscalité. L'économiste Paul Krugman a baptisé le phénomène « économie du farfadet », en référence au lutin du folklore irlandais, et il fausse régulièrement les moyennes européennes.
L'Allemagne, première économie du continent, gagne 0,2 % au deuxième trimestre. La France, dont la prévision annuelle avait été abaissée au printemps, regagne 0,2 % après un recul de 0,1 % en début d'année. Sur l'ensemble des 27 pays de l'Union européenne, la progression atteint 0,5 %, après 0,1 % au trimestre précédent, toujours selon Eurostat.
Vers un tour de vis supplémentaire en septembre
Ces chiffres arrivent sur la table de la Banque centrale européenne, garante de la stabilité des prix : l'énergie chère la pousserait à durcir encore sa politique monétaire, mais elle redoute de casser une croissance fragile. Fin juillet, l'institution de Francfort a laissé ses taux directeurs inchangés, après les avoir relevés en juin pour la première fois depuis 2023. Le chômage, à 6,3 % de la population active à la fin du premier semestre, est stable d'un mois sur l'autre, selon Eurostat.
Une croissance plus solide qu'attendu lève l'un des freins à une nouvelle hausse. Ces données rendent « une hausse des taux de la BCE en septembre de plus en plus probable », juge Rory Fennessy, du cabinet Oxford Economics, cité par l'AFP. Certains membres du conseil des gouverneurs plaidaient déjà en ce sens à la dernière réunion.
Pour les ménages, la résistance des grands agrégats ne se lit toujours pas à la pompe : au relevé officiel de la fin juillet, le gazole dépassait encore deux euros dans 99 % des stations françaises.











