Chaque été, des millions de contribuables ouvrent leur avis d'impôt sur le revenu et s'arrêtent sur une ligne : le montant. D'où sort-il, alors que l'impôt est déjà prélevé chaque mois sur le salaire ? Pourquoi celui-ci doit-il un solde quand son voisin, au revenu voisin, reçoit un remboursement ? Le calcul n'a rien d'opaque une fois qu'on en connaît les cinq étapes. Voici comment votre impôt se fabrique, chiffre après chiffre.
Comment le barème calcule l'impôt, tranche par tranche
L'impôt sur le revenu se calcule sur le revenu net imposable de l'année précédente, après les abattements — dont la déduction forfaitaire de 10 % sur les salaires. Ce revenu est d'abord divisé par le nombre de parts du foyer, puis on lui applique un barème à cinq tranches. Pour l'impôt dû en 2026 sur les revenus de 2025, relevé de 0,9 % par la loi de finances pour neutraliser l'effet de l'inflation, il s'établit ainsi, par part :
- jusqu'à 11 600 euros : 0 %
- de 11 601 à 29 579 euros : 11 %
- de 29 580 à 84 577 euros : 30 %
- de 84 578 à 181 917 euros : 41 %
- au-delà de 181 917 euros : 45 %
Le mot qui trompe le plus est « tranche ». Le taux d'une tranche ne s'applique jamais à tout le revenu, mais seulement à la part qui tombe dans ses bornes. L'administration en donne l'exemple d'un célibataire déclarant 30 000 euros de revenu net imposable : ses 11 600 premiers euros ne sont pas taxés, les 17 979 suivants le sont à 11 % — soit 1 977,69 euros —, et seuls les 421 derniers, au-dessus de 29 579 euros, subissent le taux de 30 %, pour 126,30 euros. Total : 2 103,99 euros.
Tranche marginale et taux réel : pourquoi ce n'est pas la même chose
Ce célibataire est « dans la tranche à 30 % », sa tranche marginale d'imposition. Mais il ne verse pas 30 % de ses revenus au fisc : rapporté à ses 30 000 euros, son impôt de 2 103,99 euros représente 7,01 %. C'est là son taux réel, et l'écart entre les deux nourrit l'un des malentendus les plus tenaces sur l'impôt.
Beaucoup renoncent à une augmentation ou à des heures supplémentaires en croyant qu'« en passant dans la tranche supérieure », ils y perdront. C'est faux : seuls les euros qui franchissent le seuil sont taxés au taux plus élevé, jamais les précédents. Un euro gagné en plus rapporte toujours quelque chose de net ; il ne fait jamais baisser le revenu final. La tranche marginale mesure ce que coûtera le prochain euro gagné, pas ce que coûte l'ensemble.
La décote, qui efface une partie de l'impôt des revenus modestes
Un correctif s'applique ensuite aux impôts les plus faibles : la décote. En 2026, elle joue si l'impôt brut ne dépasse pas 1 982 euros pour une personne seule ou 3 277 euros pour un couple. Son montant se calcule en retranchant 45,25 % de l'impôt brut à une somme fixe — 897 euros pour une personne seule, 1 483 euros pour un couple — et vient s'imputer sur l'impôt. Concrètement, elle allège, parfois annule, la note des contribuables situés juste au-dessus du seuil d'imposition. Elle s'applique d'office, sans démarche.
Interviennent enfin le quotient familial, qui module l'impôt selon la composition du foyer, puis les réductions et crédits d'impôt — emploi à domicile, dons, garde d'enfants. C'est au bout de cette chaîne, et d'elle seule, qu'apparaît le montant final. Pour l'appliquer à sa propre situation plutôt qu'à un exemple, le simulateur officiel de l'impôt sur le revenu reprend exactement ces étapes.
Pourquoi un solde à payer ou un remboursement à l'été
Reste la question qui revient le plus : puisque l'impôt est prélevé à la source chaque mois, pourquoi un montant s'ajoute-t-il l'été ? Parce que le prélèvement mensuel n'est qu'un acompte, calculé sur un taux provisoire. Le véritable impôt, lui, n'est connu qu'une fois la déclaration de printemps traitée, qui intègre l'ensemble des revenus, la situation de famille et les avantages fiscaux de l'année.
L'avis d'impôt fait alors les comptes. Si les prélèvements de l'année ont dépassé l'impôt réellement dû, le trop-versé est remboursé, généralement en juillet ou en août. S'ils sont restés en dessous — un revenu exceptionnel, un changement de situation, un crédit d'impôt plus faible que prévu —, un solde reste à régler. L'administration le prélève à partir du 25 septembre : en une seule fois s'il n'excède pas 300 euros, en quatre échéances étalées jusqu'au 28 décembre au-delà. Dans la foulée, en septembre, le taux de prélèvement à la source est actualisé d'après la dernière déclaration, pour coller au plus près aux revenus de l'année.
Les crédits d'impôt expliquent une bonne part des écarts. Une avance de 60 % est versée dès la mi-janvier, estimée sur l'année précédente ; le solde se régularise l'été, une fois les dépenses réelles déclarées. Qui a réduit ses dépenses ouvrant droit à crédit — fin d'un emploi à domicile, par exemple — peut ainsi voir cette avance reprise sur son avis.
Quand l'avis arrive et ce qu'il faut y regarder
Les avis sont mis en ligne dans l'espace personnel du site des impôts à partir de la fin juillet, la version papier suivant en août pour ceux qui l'ont conservée. Trois montants méritent l'œil : le revenu fiscal de référence, qui commande l'accès à quantité d'aides et de produits, du livret d'épargne populaire aux tarifs sociaux ; le taux de prélèvement à la source qui s'appliquera à partir de septembre ; et, bien sûr, le solde ou le remboursement. Une erreur repérée sur les revenus déclarés se corrige en ligne jusqu'au début de l'automne.
Un débat, enfin, que le calcul ne tranche pas. Sa progressivité — des taux qui montent avec le revenu — est présentée comme un instrument de justice fiscale ; ses détracteurs lui opposent une base étroite, l'impôt sur le revenu ne pesant qu'une fraction des recettes de l'État à côté de la TVA, payée par tous. Comprendre comment le montant se fabrique ne dit pas s'il est juste. Mais c'est la condition pour en juger.











