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Salaire brut, salaire net :
d'où vient l'écart et où part l'argent

Un cinquième du brut ne passe jamais par le compte en banque, et l'employeur dépense bien plus que ce qu'il affiche en haut du bulletin. Où va cet argent, et pourquoi le fisc en compte encore un peu plus.

Mis à jour le jeudi 24 septembre 2026 — 09h57
5 min
Une main empile des pièces d'euros en plusieurs colonnes sur une table
Du salaire brut au salaire net, environ un cinquième part en cotisations sociales.© Thomas Trutschel / Photothek Media Lab / dpa Picture-Alliance via AFP

Sur la fiche de paie, deux chiffres encadrent une vingtaine de lignes que presque personne ne lit : tout en haut, le salaire brut ; tout en bas, ce qui tombe sur le compte. Entre les deux, environ un cinquième s'est évaporé. Un salarié payé au SMIC touche 1 477,93 euros net par mois pour 1 867,02 euros brut : 389 euros de différence, chaque mois, sans jamais transiter par son porte-monnaie. Cet argent n'a pas disparu. Il finance des choses très précises, et une partie encore plus grosse ne figure même pas sur la feuille.

Du brut au net : où part le cinquième qui manque

L'écart entre le brut et le net, ce sont les cotisations salariales. Elles pèsent de l'ordre de 22 % du salaire brut — un peu moins au niveau du SMIC, un peu plus pour les cadres —, et chacune ouvre un droit. La plus lourde part à la retraite : 6,90 % pour l'assurance vieillesse de base, dans la limite de 4 005 euros par mois, plus 0,40 % au-delà, et 3,15 % pour la retraite complémentaire des salariés du privé, l'AGIRC-ARRCO. Ces prélèvements ne sont pas perdus : ils construisent les trimestres et les points qui détermineront la pension.

Vient ensuite la contribution sociale généralisée, la CSG, à 9,2 % du brut, complétée par la contribution au remboursement de la dette sociale, la CRDS, à 0,5 %. Ces deux-là ne financent pas un droit personnel mais la protection sociale dans son ensemble — la santé, la famille, la dépendance — et la résorption de la dette sociale. Elles se calculent sur 98,25 % du salaire, après un léger abattement pour frais professionnels.

Une surprise attend qui cherche la ligne « maladie » ou « chômage » sur son bulletin : elles n'y sont plus, côté salarié. La cotisation salariale d'assurance chômage a été supprimée en 2018, celle d'assurance maladie l'a été elle aussi. Autrement dit, un salarié ne paie plus directement pour sa propre couverture santé ni pour son assurance chômage : ces risques sont désormais financés par l'employeur et par la CSG. C'est l'une des raisons pour lesquelles la retraite occupe aujourd'hui la plus grosse part visible du prélèvement.

Le coût employeur, la part invisible du salaire

Le brut n'est pas ce que l'entreprise dépense. Par-dessus, elle acquitte des cotisations patronales — retraite, maladie, famille, accidents du travail, assurance chômage, formation — qui représentent, de l'ordre de 25 à plus de 40 % du salaire brut selon le niveau de rémunération. Ce total forme le « coût du travail », parfois appelé salaire super-brut : la somme réellement engagée pour employer une personne.

Ces cotisations patronales sont fortement allégées sur les bas salaires, par un dispositif dit de réduction générale qui diminue à mesure qu'on s'éloigne du SMIC. Résultat, un même euro de salaire net coûte proportionnellement plus cher à l'employeur pour un salaire élevé que pour un salaire modeste. Cette part n'apparaît qu'en petits caractères, en bas du bulletin, mais elle éclaire un débat récurrent : quand on parle du « coût du travail » en France, c'est d'elle qu'il s'agit, pas du montant versé au salarié.

Pourquoi le net imposable dépasse le net perçu

C'est l'une des lignes les plus déroutantes du bulletin, et l'une des plus déconcertantes : comment le montant sur lequel on est imposé peut-il dépasser celui qu'on a réellement touché ?

Une partie de la CSG et la totalité de la CRDS ne sont pas déductibles de l'impôt sur le revenu : sur les 9,2 % de CSG, seuls 6,8 % le sont, les 2,4 % restants et les 0,5 % de CRDS sont réintégrés dans le revenu imposable. S'y ajoute la part que l'employeur paie pour la complémentaire santé, elle aussi imposable pour le salarié. Le net imposable additionne donc au net perçu des sommes qui n'ont jamais atterri sur le compte mais que le fisc considère, à juste titre au regard de la règle, comme du revenu. L'écart est faible — quelques dizaines d'euros par mois — mais il explique qu'on paie un impôt calculé sur un peu plus que ce qu'on a encaissé. C'est ce net imposable, reporté à l'année, qui alimente le calcul de l'impôt sur le revenu.

Net à payer, net social, net imposable : trois « nets » à ne pas confondre

Depuis quelques années, le bulletin affiche plusieurs montants qui portent tous le mot « net » et ne veulent pas dire la même chose. Le net à payer avant impôt est ce que verse l'employeur avant le prélèvement à la source ; il figure dans une police au moins une fois et demie plus grande que le reste, pour être repérable d'un coup d'œil. Le net social, obligatoire depuis juillet 2023, correspond au revenu après déduction de toutes les cotisations sociales : c'est le montant à déclarer pour la prime d'activité ou le RSA, et c'est à lui qu'il faut se référer pour ces démarches. Le net imposable, enfin, sert de base à l'impôt. Trois chiffres, trois usages : les confondre, c'est déclarer un mauvais revenu à une administration.

Pour appliquer tout cela à son propre salaire plutôt qu'à un exemple, le convertisseur brut-net reprend ces étapes et affiche aussi le coût employeur. Ce que ce net permet de vivre dépend ensuite d'autre chose : c'est le pouvoir d'achat réel des ménages qui se joue là, quand l'inflation reprend d'une main ce que le bulletin donne de l'autre.

Une vérification vaut mieux qu'une lecture rapide : additionner les cotisations retenues, les rapporter au brut et comparer le résultat aux taux officiels. Un écart durable signale une ligne à faire expliquer par l'employeur — c'est aussi le prélèvement qui construit la retraite et le revenu en cas de coup dur ou d'arrêt maladie.

L'essentiel

  • Un salarié au SMIC voit près de quatre cents euros retenus chaque mois avant versement, soit environ un cinquième d'un brut de 1 867,02 euros.
  • Le coût réel pour l'employeur dépasse le brut : les cotisations patronales ajoutent de l'ordre de 25 à 40 % selon le salaire, fortement allégées sur les bas revenus.
  • L'impôt se calcule sur un montant supérieur à ce qui a été encaissé : une part de la CSG, la CRDS et la mutuelle payée par l'entreprise y sont réintégrées.

Questions fréquentes

Pourquoi y a-t-il un écart entre le salaire brut et le salaire net ?
Parce qu'une part du brut finance des droits avant d'être versée : la retraite d'abord, puis la protection sociale par la voie de la contribution sociale généralisée. Au niveau du SMIC, la retenue tourne autour de vingt et un pour cent du salaire affiché.
Pourquoi mon salaire net imposable est-il supérieur à ce que je touche ?
Parce que tout ce qui est prélevé ne se déduit pas de l'impôt. Un quart environ de la contribution sociale généralisée, ainsi que toute la contribution qui rembourse la dette sociale, réintègrent le revenu taxable, auxquelles s'ajoute ce que l'entreprise verse pour la complémentaire santé. Le fisc compte donc des sommes qui ne sont jamais arrivées sur le compte.
À quoi servent les trois montants nets du bulletin ?
Trois montants, trois usages. Le premier est ce que l'employeur verse avant que l'impôt ne soit prélevé. Le deuxième sert aux demandes de prime d'activité ou de RSA. Le troisième sert à calculer l'impôt. Se tromper de ligne dans une démarche, c'est déclarer un revenu qui n'est pas le bon.
Combien coûte vraiment un salarié à son employeur ?
Nettement plus que le brut. S'y ajoutent des cotisations d'entreprise qui vont d'un quart à plus de quatre dixièmes du salaire selon son niveau, fortement réduites autour du SMIC par la réduction générale. C'est cette somme totale que l'on appelle le coût du travail.
Un salarié paie-t-il encore des cotisations maladie et chômage ?
Plus du côté du salarié : sa part de cotisation chômage a disparu en 2018, comme sa cotisation maladie. L'entreprise et la contribution sociale généralisée financent désormais ces deux risques, si bien que la retraite occupe l'essentiel des retenues.

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