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Protection de l'enfance :
ce que la nouvelle loi veut changer

Perpétuité pour les violeurs en série d'enfants, enquêtes encadrées par un délai, contrôles dans le périscolaire : le gouvernement a durci son projet de loi sur la protection de l'enfance. Ce qu'il contient, et les trois textes qui se croisent.

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Le Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale
Le Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale. Il a fait durcir le projet de loi sur la protection de l'enfance après l'affaire Lyhanna.© Kenzo Tribouillard / AFP

Un homme peut violer des centaines d'enfants et n'écoper que de vingt ans de prison : c'est la peine prononcée en mai 2025 contre l'ancien chirurgien Joël Le Scouarnec, reconnu coupable de violences sur 299 victimes. Vingt ans, c'est le maximum que le droit français prévoit aujourd'hui pour un viol. Le gouvernement veut désormais pouvoir aller jusqu'à la réclusion à perpétuité contre ceux qui s'en prennent en série à des mineurs de moins de quinze ans.

Cette mesure figure dans un projet de loi sur la protection de l'enfance que l'exécutif vient de durcir nettement, sous le coup de l'émotion soulevée par la mort de Lyhanna — une collégienne de onze ans disparue fin mai, retrouvée morte début juin dans le Gers — et par une série d'affaires de violences sexuelles dans le périscolaire. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a fait ajouter au texte, par une lettre rectificative présentée en conseil des ministres, les engagements qu'il avait pris après le drame.

Des peines alourdies, des enquêtes sous délai

Le durcissement tient en trois points. Le premier vise la peine : l'exécutif veut « porter à la réclusion criminelle à perpétuité la peine encourue pour les violeurs en série de mineurs de moins de 15 ans ». Aujourd'hui, le viol est puni de quinze ans de réclusion, portés à vingt ans lorsqu'il est aggravé — notamment quand la victime a moins de quinze ans. C'est ce plafond de vingt ans qui s'est appliqué à Joël Le Scouarnec, sans considération du nombre de ses victimes.

Le deuxième point porte sur le rythme des enquêtes. Le texte fixerait « un délai maximal de trois mois pour réaliser les actes essentiels » d'une enquête sur un crime sexuel commis contre un mineur, et pour entendre la personne mise en cause. Le troisième supprimerait « le caractère automatique de certaines remises en liberté anticipées » accordées aux auteurs d'infractions sexuelles.

Une réforme née des failles

Ce tour de vis répond à un reproche devenu récurrent : celui d'une justice qui ne relie pas ses propres signaux. Dans l'affaire Lyhanna, le principal suspect — présumé innocent tant qu'il n'a pas été jugé — faisait déjà l'objet d'une plainte pour viols sur une fillette, déposée l'été précédent, sans avoir jamais été inquiété. Un pré-rapport d'inspection évoque des « défaillances de suivi, de coordination et de pilotage » dans la conduite de l'enquête, un enchaînement déjà décortiqué.

Les chiffres prolongent ce constat. Selon la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), 73 % des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite, souvent faute de preuve, et 7 % seulement débouchent sur une condamnation — des proportions à manier avec précaution. Après la mort de Lyhanna, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a demandé aux parquets de réexaminer les plaintes impliquant des enfants : il en a dénombré 88 000 en attente, dont 7 452 concernent des crimes dont l'auteur présumé est identifié.

Le périscolaire dans le viseur

Le projet de loi cible aussi les activités périscolaires, après la suspension à Paris de 52 animateurs soupçonnés de violences sexuelles ou sexistes. Les parents « connaîtront l'identité de toutes les personnes intervenant auprès de leur enfant » dans ce cadre, a annoncé le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray. Le contrôle des antécédents des adultes en contact avec des enfants, déjà élargi une première fois, l'est de nouveau.

Trois textes qui se croisent

Pour qui cherche à s'y retrouver, la difficulté vient de ce que ces mesures avancent sur trois fronts parlementaires distincts. Le projet de loi sur la protection de l'enfance, enrichi à deux reprises, arrive dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale à compter du 15 juillet. À ses côtés, le gouvernement prépare une loi dite « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles, inspirée d'une proposition de la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez et réclamée de longue date par les associations ; elle ne sera examinée qu'à partir d'octobre, après l'avis du Conseil d'État et une concertation avec les parlementaires.

Un troisième texte, le projet de loi de Gérald Darmanin sur la justice criminelle et le respect des victimes, porte déjà certaines demandes des associations : l'obligation pour les magistrats de suivre une formation sur les violences sexuelles, et une aide juridictionnelle ouverte aux femmes et aux enfants qui déposent plainte.

Le procès Le Scouarnec l'avait déjà montré : vingt ans de réclusion pour 299 victimes, la peine maximale, et pas d'appel. Relever ce plafond ne changera rien tant que les preuves manqueront pour ouvrir un procès — l'étape où, aujourd'hui, la plupart des plaintes s'arrêtent.

L'essentiel

  • Le gouvernement veut porter à la réclusion à perpétuité la peine encourue par les violeurs en série de mineurs de moins de quinze ans, aujourd'hui plafonnée à vingt ans.
  • Les enquêtes sur les crimes sexuels visant un mineur devraient boucler leurs actes essentiels dans un délai maximal de trois mois, audition du mis en cause comprise.
  • Trois textes se succèdent : le projet sur la protection de l'enfance (mi-juillet à l'Assemblée), la loi « intégrale » contre les violences sexuelles (à l'automne) et le projet justice criminelle de Gérald Darmanin.

Questions fréquentes

Quelle peine risque aujourd'hui l'auteur d'un viol sur un enfant ?
Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle, portés à vingt ans lorsqu'il est aggravé, notamment commis sur un mineur de moins de quinze ans (article 222-24 du code pénal). C'est ce maximum de vingt ans qui a été appliqué à l'ancien chirurgien Joël Le Scouarnec, condamné pour des violences sur 299 victimes. Le gouvernement veut porter cette peine à la perpétuité pour les violeurs en série de jeunes enfants.
Qu'est-ce que la loi « intégrale » contre les violences sexuelles ?
C'est un texte que le gouvernement dit vouloir porter, inspiré d'une proposition de loi de la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez et réclamé par les associations féministes. Il vise à rassembler dans un même cadre les mesures contre les violences sexistes et sexuelles. Distinct du projet sur la protection de l'enfance, il ne serait examiné qu'à partir de l'automne, après l'avis du Conseil d'État.
Combien de plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite ?
Selon la Ciivise, 73 % des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite, le plus souvent faute de preuve suffisante, et 7 % seulement aboutissent à une condamnation. Un classement sans suite ne signifie pas que la plainte était fausse : il traduit le plus souvent l'impossibilité de poursuivre en l'état.
Qu'est-ce que la Ciivise ?
La Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants est une instance publique chargée de documenter l'ampleur de ces violences et de formuler des recommandations. Ses travaux servent de référence sur le nombre de victimes et sur le traitement judiciaire des plaintes.
Quand la nouvelle loi sur la protection de l'enfance sera-t-elle examinée ?
Le projet de loi sur la protection de l'enfance arrive dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale à compter de la mi-juillet. La loi « intégrale » contre les violences sexuelles, elle, ne serait examinée qu'à partir de l'automne. Les deux textes suivront donc des calendriers distincts.

Thomas Renaud

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