Les larmes sont montées à l'énoncé de la décision. Dans la chambre criminelle de la Cour de cassation, Dany Leprince est tombé jeudi dans les bras de ses proches : la Cour de révision vient d'annuler sa condamnation à la réclusion à perpétuité pour le quadruple meurtre de Thorigné-sur-Dué, dans la Sarthe, en 1994, et d'ordonner qu'il soit rejugé. « Il faut que la vérité éclate », a réagi à la sortie cet homme de 69 ans, pour qui « le combat continue » après cette première « victoire ».
La décision est rarissime : depuis 1945, seule une douzaine de condamnations criminelles ont été annulées en France — le chiffre exact est débattu. Quinze ans après un premier rejet cinglant, qui lui avait valu un retour en prison, l'ancien employé d'une usine de boucherie, aujourd'hui libre après 18 années passées derrière les barreaux, jouait là l'ultime recours du combat de sa vie. La procédure, exceptionnelle et étroitement encadrée, est celle que nous détaillions dans notre article sur le fonctionnement de la révision des procès criminels.
Le 4 septembre 1994, Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans, avaient été retrouvés tués à l'arme blanche dans leur pavillon, voisin de celui de Dany Leprince. Seule Solène, 2 ans, avait survécu. Accusé par sa propre épouse, Martine Compain, et par sa fille aînée, Dany Leprince, alors âgé de 37 ans, avait avoué le meurtre de son frère devant les policiers puis le juge d'instruction, avant de se rétracter rapidement — de « faux aveux », selon ses défenseurs. En décembre 1997, la cour d'assises de la Sarthe l'avait condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 22 ans. C'est cet arrêt qui vient d'être annulé.
Les deux éléments nouveaux qui ont fait basculer la Cour
« La Cour de révision et de réexamen juge que deux des éléments susceptibles d'avoir été retenus à charge par la cour d'assises se trouvent fragilisés par des éléments inconnus de la juridiction, ce qui est de nature à faire naître un doute sur la culpabilité de Dany Leprince », a déclaré son président, Nicolas Bonnal.
Le premier concerne Solène Leprince, la seule rescapée du massacre. À l'époque, ses déclarations et ses comportements d'enfant de 2 ans avaient donné à penser aux enquêteurs qu'elle aurait vu son oncle commettre les meurtres. Devenue adulte, elle indique n'avoir aucun souvenir du drame. « Je suis brisée d'avoir perdu mes parents et mes sœurs, mais aussi en colère qu'il reste des zones d'ombre aujourd'hui », avait-elle déclaré, émue, devant la Cour de révision, où elle était venue le mois dernier appuyer la demande de son oncle.
Le second vise Martine Compain, l'épouse de Dany Leprince au moment des faits, dont il est aujourd'hui divorcé. Lors de la procédure, elle avait invoqué des « pertes de mémoire » sur le déroulé exact de la soirée. Or, selon une expertise postérieure au verdict, elle ne présente pas de troubles de la mémoire, et ces absences pourraient relever d'une « simulation ». « Ce second élément nouveau peut laisser à penser que Martine Compain s'est volontairement abstenue d'apporter un éclairage complet sur le déroulement de la soirée », a souligné le juge Bonnal. L'ex-épouse est aujourd'hui placée sous le statut de témoin assisté — un statut intermédiaire, qui n'emporte aucune culpabilité — dans une information judiciaire ouverte au Mans à la suite d'une plainte de Robert Leprince, le père de Dany.
Un nouveau procès devant les assises d'Angers
La Cour de révision ne pouvait pas se prononcer elle-même sur la culpabilité. Elle a donc renvoyé Dany Leprince devant la cour d'assises du Maine-et-Loire, à Angers, qui rejugera l'intégralité du dossier. D'ici là, l'annulation de l'arrêt de 1997 le rétablit dans la présomption d'innocence. « Aujourd'hui il n'y a plus de "Boucher de la Sarthe", il demeure M. Leprince, présumé innocent (...) Ce que nous obtiendrons devant la cour d'assises, c'est l'acquittement de Dany Leprince », a déclaré son avocat, Me Olivier Morice, saluant « une grande victoire et une décision historique ».
Devant les juges, le mois dernier, Solène Leprince était venue dire sa double peine : celle d'avoir perdu les siens, et celle de ne toujours pas savoir ce qui s'est joué cette nuit-là dans le pavillon familial. C'est désormais aux assises d'Angers qu'il reviendra de lever, si elles le peuvent, ces « zones d'ombre ». Elle avait 2 ans ; l'affaire a l'âge d'une vie d'adulte.











