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Affaire Nahel :
meurtre ou coups mortels, ce que tranche la Cour de cassation

La Cour de cassation s'est penchée sur la qualification retenue contre le policier qui a tué Nahel Merzouk : meurtre ou violences ayant entraîné la mort. Défense, parties civiles, parquet général : chacun conteste l'arrêt de Versailles. Les enjeux d'une décision très attendue.

Mis à jour le jeudi 11 juin 2026 — 13h27
4 min
Des manifestants portent une banderole « Justice pour Nahel » à Nanterre, en mars 2026.
Des manifestants portent une banderole « Justice pour Nahel », le 21 mars 2026 à Nanterre.© AFP / Ludovic Marin

« Il faut vraiment qu'on ait un procès pour Nahel. Je vous promets que je me battrai et que je ne lâcherai rien. Nos enfants ont une valeur. » Mercredi 10 juin, à la sortie de l'audience de la Cour de cassation, Mounia Merzouk, la mère de Nahel, s'adresse aux journalistes et à la trentaine de personnes restées dehors, faute de place. Des voix lancent : « Justice pour Nahel ». Près de trois ans après la mort de son fils, tué à 17 ans par le tir d'un policier lors d'un contrôle routier à Nanterre, c'est la nature même du procès à venir qui se joue.

Meurtre ou coups mortels : la question posée à la Cour

La plus haute juridiction judiciaire a examiné mercredi matin les pourvois formés contre l'arrêt rendu en mars par la cour d'appel de Versailles. Celle-ci a requalifié les faits reprochés au policier Florian M. : non plus un meurtre, mais des « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Le président de l'audience a annoncé une décision dans la journée.

Trois recours sont sur la table. La défense demande un non-lieu pur et simple. Les parties civiles et le parquet général contestent, eux, la requalification. La Cour de cassation ne rejuge pas les faits : elle vérifie seulement que le droit a été correctement appliqué. L'avocat général a préconisé le rejet de l'ensemble des pourvois : le 27 juin 2023, « nous étions dans un cadre réglementaire : agents en uniforme, en service, dotés de leur arme (…) On ne peut pas faire abstraction de ce cadre réglementaire pour apprécier l'intention homicide » qui pourrait être reprochée au fonctionnaire.

Ce que changerait chaque issue

Si la Cour rejette les pourvois, plus aucun recours ne sera possible : Florian M. sera jugé par la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner — un crime puni de quinze ans de réclusion criminelle, vingt ans en cas de circonstances aggravantes, selon les articles 222-7 et 222-8 du code pénal.

Si elle casse l'arrêt de Versailles, l'affaire repartira devant une cour d'appel, qui devra statuer à nouveau — et dont la décision pourra elle-même faire l'objet de recours. Le retour à la qualification de meurtre, que réclament les parties civiles, renverrait le policier devant une cour d'assises, avec jury populaire, où il encourrait trente ans de réclusion.

La différence n'est pas seulement de peine. La cour criminelle départementale, généralisée au 1er janvier 2022, juge les crimes punis de quinze à vingt ans de réclusion avec cinq magistrats professionnels, sans jury. Aux assises, des citoyens tirés au sort siègent aux côtés des magistrats.

Trois ans de bascules judiciaires

Le 27 juin 2023, Nahel Merzouk, 17 ans, est tué d'une balle tirée à bout portant par un policier qui contrôlait le véhicule qu'il conduisait, à Nanterre. Sa mort, devenue un symbole des violences policières, déclenche plusieurs nuits d'émeutes à travers la France.

Le 3 juin 2025, deux juges d'instruction ordonnent le renvoi du fonctionnaire devant la cour d'assises pour meurtre, conformément aux réquisitions du parquet de Nanterre. Le policier fait appel. En mars 2026, la cour d'appel de Versailles requalifie les faits et le renvoie devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine ; elle confirme au passage le non-lieu dont bénéficie le second policier présent lors de l'intervention.

L'intention homicide, cœur du débat

À l'audience, Me Bertrand Périer, qui représente la mère de l'adolescent, a rappelé ce que les images ont montré : « La France entière (a vu) ce policier faire usage de son arme, tirer à travers le pare-brise, quasiment à bout touchant, à très faible distance de Nahel Merzouk, dans la zone thoracique de ce dernier, alors même que le véhicule redémarrait à très faible allure en ligne droite, et que le policier pouvait parfaitement s'effacer. » Et d'insister sur la portée de l'arrêt à venir : « Votre décision est très attendue : elle va fixer le périmètre de ce dont on va débattre. »

L'avocate du policier, Me Dorothée Féliers, a répliqué qu'il n'avait « pas de sens de débattre ce matin des faits » : « Il s'agit de savoir si une chambre de l'instruction pouvait en droit renvoyer mon client pour coups mortels, en écartant la qualification de meurtre et son irresponsabilité pénale. »

Un document pèse sur le débat : le rapport du conseiller rapporteur, dont l'AFP a eu connaissance. Il souligne que la Cour devra dire si la chambre de l'instruction s'est contredite — en écartant l'intention homicide tout en relevant que Florian M. avait volontairement tiré à courte distance avec son arme de service, en ayant conscience du risque mortel pour Nahel Merzouk.

L'essentiel

  • La Cour de cassation a examiné le 10 juin les pourvois contre la requalification des faits reprochés au policier qui a tué Nahel Merzouk en juin 2023 — violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, et non plus meurtre.
  • La défense demande un non-lieu ; les parties civiles et le parquet général veulent rétablir la qualification de meurtre. L'avocat général a préconisé le rejet de tous les pourvois.
  • En cas de rejet, le policier sera jugé par la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine, sans jury, pour un crime puni de 15 à 20 ans de réclusion ; en cas de cassation, l'affaire repart en appel.

Questions fréquentes

Pourquoi l'affaire Nahel est-elle devant la Cour de cassation ?
Parce que toutes les parties contestent l'arrêt rendu en mars 2026 par la cour d'appel de Versailles, qui a requalifié les faits de meurtre en violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. La défense demande un non-lieu, tandis que les parties civiles et le parquet général veulent rétablir la qualification de meurtre.
Que change la requalification en « violences ayant entraîné la mort » ?
Elle change la juridiction et la peine encourue. Les violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner relèvent de la cour criminelle départementale et sont punies de quinze ans de réclusion — vingt ans avec circonstances aggravantes. Le meurtre relève de la cour d'assises, avec jury populaire, et fait encourir trente ans de réclusion.
Le policier peut-il encore être jugé pour meurtre ?
Seulement si la Cour de cassation casse l'arrêt de la cour d'appel de Versailles. L'affaire serait alors renvoyée devant une autre cour d'appel, qui pourrait rétablir la qualification de meurtre — sa décision restant elle-même susceptible de recours. Si les pourvois sont rejetés, la qualification de violences mortelles devient définitive.
Qu'est-ce que la cour criminelle départementale ?
C'est une juridiction composée de cinq magistrats professionnels, sans jury populaire, généralisée au 1er janvier 2022. Elle juge en première instance les crimes punis de quinze à vingt ans de réclusion criminelle, hors récidive, comme les viols ou les violences mortelles.
Quand le procès du policier aura-t-il lieu ?
Aucune date n'est connue à ce stade. Elle dépendra de la décision de la Cour de cassation : en cas de rejet des pourvois, un procès pourra être organisé devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine ; en cas de cassation, l'affaire devra d'abord être rejugée en appel.

Thomas Renaud

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