La justice a mis un visage sur l'origine du principal incendie de la forêt de Fontainebleau. Deux ouvriers d'une société de travaux ont été mis en examen le 16 juillet pour « destruction involontaire par incendie (...) par manquement à une obligation de sécurité ou de prudence », et laissés libres sous contrôle judiciaire. Selon la procureure de Fontainebleau, Diane Ngomsik, ce sont des travaux de réparation d'une glissière de l'autoroute A6 et l'étincelle d'une disqueuse qui auraient mis le feu à la végétation, avant que les flammes ne gagnent la forêt voisine. Le gérant de la société a été placé sous le statut de témoin assisté.
Depuis le 12 juillet, le feu a ravagé près de 2 000 hectares de ce massif classé réserve de biosphère par l'Unesco, à 60 kilomètres de Paris — près d'un dixième d'une forêt prisée des randonneurs et des grimpeurs. Près d'un millier d'habitants avaient été évacués dans la nuit du 12 au 13 juillet, quand les flammes se rapprochaient des habitations.
Cette enquête sur un départ de feu accidentel en côtoie une autre, au pénal plus lourd : deux jeunes hommes de 18 ans, dont un pompier volontaire, soupçonnés d'avoir allumé délibérément deux autres feux, à Arbonne-la-Forêt et à Fontainebleau, ont été mis en examen et écroués la veille. « Aucune tolérance » pour les incendiaires, a prévenu Emmanuel Macron, « parce que c'est notre territoire national qui est attaqué chaque fois qu'un feu se déclenche ».
« Les pires incendies » depuis 1945
Le président s'est rendu le 16 juillet au matin au poste de commandement installé au cœur du massif des Trois-Pignons, pour remercier le millier de pompiers engagés, appuyés — fait inédit en Île-de-France — par des avions bombardiers d'eau Dash et Canadair. La France fait face « aux pires incendies » qu'elle ait connus depuis 1945, a-t-il déclaré. À ses côtés, le directeur général de la Sécurité civile, Julien Marion, a donné la mesure d'une saison déjà hors norme : près de 11 000 feux et 35 000 hectares brûlés — à la mi-juillet, la surface parcourue par les flammes a « d'ores et déjà dépassé » le total de la saison passée.
Sur le terrain, 950 pompiers restaient à pied d'œuvre le 16 juillet. « Comme les autres jours, on a toujours de la réactivation du vent et la température qui se lève, ce qui nous occasionne des réactivations de feu ici ou là », décrit Sébastien Avenel, directeur adjoint des pompiers de Seine-et-Marne, qui commande les opérations depuis Noisy-sur-École. Le gros du feu est maîtrisé, mais le combat s'annonce long dans cette forêt de tourbe et de sable : « Nous avons beaucoup de tourbe à retourner, il y a énormément de chantiers à traiter. » Cent vingt militaires du génie, venus de l'est de la France, sont arrivés en renfort. Le massif reste « interdit » d'accès et « dangereux », rappelle Sophie David, de l'Office national des forêts : « Les arbres sont brûlés au niveau des racines et peuvent tomber à tout moment. »
Polémique Canadair, A6 rouverte, collecte de dons
Face à la polémique lancée par le RN et LFI sur une commande de deux Canadair annulée, Emmanuel Macron a défendu son bilan, affirmant avoir relancé la production de ces appareils grâce à une action européenne : « En 2017, on ne produisait plus de Canadair. Il n'y avait pas de polémique à l'époque pour savoir si c'était deux, quatre ou six. On en produisait zéro. » L'A400M, avion de transport militaire d'Airbus, doit être expérimenté dans les prochains jours pour larguer l'équivalent de trois Canadair.
L'A6, fermée depuis le 12 juillet sur une vingtaine de kilomètres, a rouvert progressivement le 16 juillet à partir de 20h00 — une voie réservée aux secours dans chaque sens, vitesse limitée à 90 km/h — à la veille des grands départs en vacances. L'après s'organise aussi : le chef de l'État a annoncé un « guichet unique » pour collecter des fonds, et la Fondation du patrimoine lance une « collecte d'urgence » avec l'ONF, la ville et le château de Fontainebleau, le département et la région, pour « replanter, rebâtir ».
À Fontainebleau, l'inquiétude gagne déjà les commerces. Arthur Maillodat, vendeur dans un magasin qui vend et loue du matériel d'escalade, redoute les « conséquences écologiques » et « économiques » pour les restaurateurs, les gîtes et les hôtels de cette zone très fréquentée, à deux pas du village des peintres de Barbizon.











