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Frelon oriental :
le nouveau cousin du frelon asiatique qui s'installe en France

Roux, trapu, amateur d'abeilles : le frelon oriental gagne peu à peu la France depuis Marseille. Comment le distinguer du frelon asiatique, ce qu'il change, et le secret qui en fait un insecte « solaire ».

Mis à jour le mercredi 17 juin 2026 — 00h45
4 min
Un frelon oriental (Vespa orientalis), au corps roux barré d'une bande jaune
Le frelon oriental (Vespa orientalis), reconnaissable à son corps roux et à sa large bande jaune.© Science Photo Library / AFP

Il est roux, presque aussi grand qu'un frelon européen, et il aime les abeilles — au point de les chasser à l'entrée des ruches. Le frelon oriental (Vespa orientalis) n'est pas le frelon asiatique, déjà bien connu des jardiniers français : c'est un autre insecte, longtemps cantonné au pourtour méditerranéen, qui a posé pour la première fois ses colonies en France, à Marseille. Encore discret, il est désormais surveillé de près.

Un nouveau venu sur la façade méditerranéenne

Le frelon oriental est chez lui autour du bassin méditerranéen, du Proche-Orient à l'Afrique du Nord, où il vit depuis toujours. En France, sa première colonie a été repérée fin 2021 dans le quartier de la Cabucelle, à Marseille — une première, l'espèce ne s'y étant jamais installée. Depuis, les signalements se multiplient : le Var et les Alpes-Maritimes entre 2022 et 2024, puis des individus repérés bien plus au nord, jusque vers Blois, dans le Loir-et-Cher. À l'automne 2025, l'insecte a même franchi la frontière belge.

Cette poussée vers le nord n'a rien d'un hasard : le réchauffement rend peu à peu le climat français hospitalier à un insecte de pays chaud, comme il favorise déjà le moustique tigre, le crabe bleu ou le poisson-ballon, autres envahisseurs installés par la hausse des températures. Pour autant, début 2026, l'implantation du frelon oriental reste très localisée. On est loin de l'expansion fulgurante du frelon asiatique, arrivé en 2004 et présent aujourd'hui dans presque toute la France. Les autorités préfèrent agir tôt : un arrêté du 2 mars 2023 a classé le frelon oriental espèce exotique envahissante, ce qui déclenche surveillance et signalement.

Comment le reconnaître

À première vue, on pourrait le confondre avec ses cousins ; quelques détails le trahissent. Le frelon oriental est un grand frelon — les ouvrières mesurent de 18 à 23 millimètres, les reines jusqu'à 35 —, d'allure trapue et presque sans poils. Sa couleur, surtout, le distingue : un corps globalement roux, acajou, traversé d'une large bande jaune vif sur l'abdomen, avec une tache jaune sur la face.

Le frelon asiatique (Vespa velutina), lui, est plus sombre, presque noir, avec une fine bande orangée et le bout des pattes jaune ; le frelon européen (Vespa crabro), notre grand frelon local, est plus jaune et rayé de noir. Le nid offre un autre indice : là où le frelon asiatique suspend de grosses boules de papier dans les arbres, le frelon oriental niche le plus souvent dans une cavité — un trou de mur, un tas de pierres, parfois le sol —, où sa colonie peut compter jusqu'à un millier d'individus.

Quel danger pour les abeilles et pour l'homme

Sa réputation, le frelon oriental la doit surtout aux abeilles. Comme le frelon asiatique, c'est un prédateur redoutable des colonies domestiques : il patrouille devant les ruches, capture les butineuses, s'attaque au couvain et au miel. Pour une apiculture française déjà fragilisée — près de 30 % des colonies disparaissent chaque année —, c'est une menace de plus, qui inquiète les professionnels du Sud.

Pour l'homme, le risque reste mesuré sans être nul. Sa piqûre est douloureuse, comme celle de tous les frelons, et l'animal peut piquer plusieurs fois de suite, son dard ne restant pas planté dans la peau. Chez une personne allergique, une seule piqûre peut déclencher une réaction grave : mieux vaut ne jamais s'approcher d'un nid. Loin de celui-ci, en revanche, le frelon oriental n'a rien d'un insecte particulièrement agressif.

Le frelon qui carbure au soleil

C'est sa part de mystère, et ce qui le rend fascinant pour les scientifiques. Le frelon oriental est surtout actif aux heures les plus chaudes de l'après-midi, quand le soleil tape — un comportement inhabituel chez les insectes. En 2010, des chercheurs de l'université de Tel-Aviv ont avancé une explication étonnante : la bande jaune de son abdomen se comporterait comme une minuscule cellule solaire. Le pigment qu'elle renferme, la xanthoptérine, associé à des microreliefs qui piègent la lumière, est capable de convertir le rayonnement solaire en électricité — les chercheurs l'ont démontré en laboratoire en glissant ce pigment dans une cellule photovoltaïque. À quoi sert exactement cette énergie à l'insecte ? La question reste ouverte. Mais l'image est saisissante : un frelon en partie « solaire ».

Que faire si vous en croisez un

La consigne tient en deux temps. D'abord, ne pas tenter de détruire un nid soi-même : l'opération est dangereuse et revient à un professionnel. Ensuite, signaler. Le Muséum national d'histoire naturelle, qui coordonne la surveillance, invite chacun à transmettre ses observations via l'application INPN Espèces ou par courriel à l'adresse vespa@mnhn.fr, photo à l'appui. C'est ce repérage citoyen, espèce par espèce, qui permet de suivre l'avancée du frelon oriental — et, peut-être, de la freiner avant qu'il ne prenne le chemin de son cousin asiatique.

L'essentiel

  • Le frelon oriental (Vespa orientalis), cousin roux du frelon asiatique, s'est installé pour la première fois en France à Marseille fin 2021 ; il est classé espèce exotique envahissante depuis 2023.
  • On le reconnaît à son corps roux acajou barré d'une large bande jaune ; il niche dans des cavités (mur, sol) et non dans les arbres, et ses colonies atteignent un millier d'individus.
  • Prédateur des abeilles et doté d'une piqûre douloureuse, il progresse vers le nord avec le réchauffement, mais son implantation reste très localisée début 2026, sans commune mesure avec le frelon asiatique.

Questions fréquentes

Le frelon oriental est-il dangereux pour l'homme ?
Sa piqûre est douloureuse, comme celle de tous les frelons, et il peut piquer plusieurs fois. Chez une personne allergique, une piqûre peut être grave. Mais, loin de son nid, le frelon oriental n'est pas particulièrement agressif : le danger vient surtout d'un nid dérangé, qu'il ne faut jamais approcher.
Comment distinguer le frelon oriental du frelon asiatique ?
Le frelon oriental est globalement roux (acajou), avec une large bande jaune sur l'abdomen et une tache jaune sur la face. Le frelon asiatique est plus sombre, presque noir, avec une fine bande orangée et le bout des pattes jaune. Leurs nids diffèrent aussi : en cavité pour l'oriental, suspendu dans les arbres pour l'asiatique.
Où trouve-t-on le frelon oriental en France ?
Sa première colonie française a été repérée fin 2021 à Marseille. Depuis, il a été signalé dans le Var et les Alpes-Maritimes, puis plus au nord, jusque vers Blois (Loir-et-Cher), et a atteint la Belgique en 2025. Début 2026, son implantation reste néanmoins très localisée.
Le frelon oriental est-il un danger pour les abeilles ?
Oui. Comme le frelon asiatique, c'est un prédateur des abeilles domestiques : il chasse devant les ruches et s'attaque au couvain et au miel. Pour une apiculture déjà fragilisée (près de 30 % des colonies perdues chaque année), c'est une menace supplémentaire.
Que faire si on trouve un nid de frelon oriental ?
Ne jamais tenter de le détruire soi-même : faites appel à un professionnel. Signalez ensuite l'observation au Muséum national d'histoire naturelle, via l'application INPN Espèces ou à l'adresse vespa@mnhn.fr, si possible avec une photo. Ce repérage aide à suivre la progression de l'espèce.

Thomas Renaud

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