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Incendie dans les Landes :
91 % de la forêt de la région est privée

Avant qu'un bulldozer ouvre un coupe-feu près de Parentis, il a fallu plusieurs heures de tractations financières. Ce qui brûle dans le Sud-Ouest est une forêt cultivée, presque entièrement privée, et la première filière industrielle de la région en nombre d'établissements.

Mis à jour le jeudi 30 juillet 2026 — 00h22
7 min
Une abatteuse forestière couche des pins pour ouvrir une ligne de défense contre l'incendie
Une ligne de défense, une rupture dans la végétation, est créée près de Marcheprime, à l'ouest de Bordeaux, le 27 juillet 2026.© AFP / Philippe Lopez

Le 24 juillet, près de Parentis, dans les Landes, des bulldozers ont attendu. Il fallait ouvrir une tranchée dans la pinède pour couper la route au feu, et le feu, lui, n'attendait pas. Avant que les engins démarrent, il a fallu « plusieurs heures de tractations, notamment financières », avant que la préfecture donne son feu vert.

On négociait le prix des arbres qu'on allait coucher.

C'est l'opération que Benoît Bodennec, de la Défense de la forêt contre les incendies, appelle un travail de coupe : « créer un passage dans le but de réduire le combustible et de provoquer une rupture pour permettre aux pompiers de travailler si le feu arrive ». Ce jour-là, les sylviculteurs et les agriculteurs sont venus avec leurs bulldozers, leurs citernes et leurs tracteurs — les seuls véhicules à circuler sur les routes en dehors des secours. Leurs tracteurs amenaient l'eau pour remplir les camions des pompiers.

Ce qui brûle dans le Sud-Ouest appartient à quelqu'un, et pas à l'État.

Ce que le président a annoncé, et ce qu'il ne peut pas décider

Le 26 juillet, alors que les incendies avaient parcouru plus de 116 000 hectares en France depuis le début de l'année, Emmanuel Macron a fixé un cap : « On devra replanter et rebâtir une forêt différente », en s'adaptant aux « conditions structurelles de changement climatique ». Il l'a répété le lendemain à Bordeaux, aux côtés du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

Emmanuel Macron s'adresse aux pompiers à Bordeaux après une visite au centre opérationnel de secours
Emmanuel Macron salue les pompiers mobilisés contre les incendies, à l'issue d'une visite au centre opérationnel départemental d'incendie et de secours de Bordeaux, le 27 juillet 2026.AFP / Kenzo Tribouillard

La phrase est juste. Elle est aussi, juridiquement, hors de portée du président. La forêt de Nouvelle-Aquitaine couvre 2,9 millions d'hectares, soit 17 % de la forêt française et 34 % du territoire régional. Elle est privée à 91 %. Ces 2 608 000 hectares appartiennent à 265 000 propriétaires détenant plus d'un hectare, selon les données de l'Institut national de l'information géographique et forestière compilées par le Centre national de la propriété forestière.

Un peu plus d'un million d'hectares privés bénéficient d'une garantie de gestion durable, dont 929 394 hectares couverts par un plan simple de gestion, le document qui engage un propriétaire sur ses coupes et ses reboisements pour plusieurs années. Moins de 40 % de la surface privée régionale est encadrée par un tel plan. Pour le reste, chacun décide chez soi.

Une plantation, une filière, un stock sur pied

Ce qui a brûlé n'est pas un décor. Le pin maritime couvre 818 000 hectares en Nouvelle-Aquitaine et représente 87 millions de mètres cubes sur pied. Le CNPF le décrit comme le pilier de l'économie forestière du massif landais.

Derrière l'arbre, il y a une industrie. La filière forêt-bois régionale compte 7 782 établissements et 58 155 salariés et constitue la première filière industrielle de Nouvelle-Aquitaine en nombre d'établissements. Sur les 10 millions de mètres cubes récoltés chaque année dans la région, 48 % partent en bois d'œuvre — charpente, parquet, menuiserie, palettes — et 41 % en bois d'industrie, pâte à papier et panneaux. La région fournit à elle seule 41 % du bois d'industrie français et 24 % du bois d'œuvre.

Un peuplement de pin maritime se conduit sur trois ou quatre éclaircies entre 10 et 30 ans, pour une exploitation entre 35 et 50 ans, davantage si l'on vise du bois d'œuvre de haute qualité. Un feu qui traverse une parcelle emporte le cycle entier d'un seul coup.

Un pompier marche seul sur une route à la lisière d'une zone de pinède incendiée
Un pompier à la lisière d'une zone en feu à Arès, le 26 juillet 2026, alors que l'incendie ravage la forêt au nord du bassin d'Arcachon depuis le 22 juillet.AFP / Romain Perrocheau

Les deux murs que rencontre « une forêt différente »

Le premier est celui de la propriété. Replanter autrement suppose que des dizaines de milliers de personnes le décident, chacune sur sa parcelle, avec un horizon économique de plusieurs décennies et une surface moyenne qui se compte en quelques hectares. Aucune autorité ne peut imposer une essence à un propriétaire privé.

Ce morcellement laisse pourtant place à une organisation collective. Pour la lutte contre le feu, elle existe déjà : la prévention est organisée par la DFCI, à laquelle tous les propriétaires forestiers des Landes de Gascogne participent, par le biais d'associations syndicales autorisées. Ce sont elles qui entretiennent les pistes, les points d'eau et le parcellaire qui ont permis aux pompiers de manœuvrer cet été. Les propriétaires landais s'organisent pour défendre le massif. Aucune instance ne décide de ce qu'ils y plantent.

Le second mur est agronomique. Le choix du pin maritime tient à la nature du sol : c'est une essence autochtone du triangle landais, et le CNPF écrit qu'il reste « le seul arbre vraiment adapté aux sols pauvres du massif » — des sables acides, carencés en phosphore, secs l'été et engorgés l'hiver. Diversifier dépend autant de l'agronomie que de la volonté.

Une reconstitution a déjà eu lieu. Après la tempête Klaus de janvier 2009, aggravée par les attaques d'insectes de 2010 et 2011, 200 000 hectares ont dû être reconstitués en Aquitaine. Ils l'ont été, et pour l'essentiel en pin maritime.

Un risque qui s'étend, des moyens qui suivent mal

La forêt cultivée du Sud-Ouest a été bâtie pour un régime de feu qui n'est plus le sien. Le ministère de la Transition écologique documente l'extension du risque vers le nord et l'ouest du pays et l'allongement de la saison des incendies. Cet été l'a montré ailleurs qu'en Gironde : la France vient d'enregistrer sa troisième plus longue vague de chaleur jamais mesurée, et le pays se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale.

Le mégafeu parti le 22 juillet au nord du bassin d'Arcachon a parcouru 42 000 hectares. Près de 220 000 personnes ont été évacuées préventivement dans 23 communes, et 4 000 de plus ont quitté leurs hébergements touristiques à Lacanau le 28 juillet, en anticipation d'un retour de la chaleur.

Face à cela, l'État aligne une flotte dont il connaît l'état. Dans son avis budgétaire sur la sécurité civile, le Sénat relève que les 12 Canadair français ont un âge moyen de 27 ans et demi, que leur disponibilité s'est établie à 86 % en 2024 pour une cible de 98 %, et qu'en juillet 2025 il a fallu arbitrer entre l'Aude et les Bouches-du-Rhône faute d'appareils disponibles. Sa formule est sans ambiguïté : « le risque de rupture capacitaire ne peut donc plus être écarté ». Deux appareils ont été commandés, livrables entre fin 2032 et 2033.

Le pacte capacitaire promettait 1 079 camions-citernes aux services d'incendie ; un peu plus de 300 ont été livrés. Pour tenir cet été, la France a emprunté à ses voisins : deux Canadair croates, deux Air Tractor portugais, deux hélicoptères Black Hawk tchèque et slovaque.

La même semaine, l'Espagne a connu les incendies les plus importants de son histoire : environ 77 000 hectares dans le secteur de Madrid et en Castille-et-León, 63 000 personnes évacuées. Là-bas aussi, ce sont des propriétaires privés qui comptent leurs pertes. Carmelo Ramírez, qui préside l'union des agriculteurs, éleveurs et sylviculteurs de la communauté de Madrid, raconte l'appel d'un de ses associés, éleveur à Navas del Rey, « en pleurs » : il avait tout perdu, jusqu'à la nourriture de ses bêtes. De l'autre côté de l'Atlantique, le Colorado traverse sa pire saison d'incendies.

Au-delà du climat, dans les trois cas, ce qui brûle appartient à des particuliers qui l'exploitent et l'assurent, quand ce qui l'éteint est public.

Ce qui se décidera cet automne

Reconstituer les surfaces brûlées de cet été demandera des plants, de l'argent et des choix. Le reboisement se fait par plantation dans 80 à 90 % des cas, à raison de 1 100 à 1 400 plants par hectare, avec des plants de six mois. Le pin maritime bénéficie d'un des programmes d'amélioration génétique les plus avancés au monde, dont la troisième génération est disponible depuis 2013 — c'est là, plus que dans le changement d'essence, que se joue en pratique l'adaptation du massif.

Ce qui sera mis en terre dans les mois qui viennent sortira de forêt entre 2061 et 2076. La phrase du président engage donc une génération de propriétaires qui n'ont, pour l'instant, ni obligation de le suivre, ni moyen commun de le décider. À Parentis, il avait déjà fallu plusieurs heures pour se mettre d'accord sur le prix de quelques rangées de pins.

L'essentiel

  • La forêt de Nouvelle-Aquitaine appartient à 265 000 propriétaires privés détenant plus d'un hectare
  • La filière forêt-bois est la première filière industrielle de la région en nombre d'établissements
  • Le Sénat juge que le risque de rupture capacitaire des moyens aériens ne peut plus être écarté

Nicolas Verger

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