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Gaudí et la Sagrada Família :
un génie devenu symbole du surtourisme à Barcelone

Génie catholique de l'architecture catalane mort il y a un siècle, Gaudí voit sa Sagrada Família devenir l'église la plus haute du monde et l'aimant du tourisme de masse barcelonais, tandis que le Vatican avance vers sa béatification.

Mis à jour le samedi 11 juillet 2026 — 15h16
4 min
La basilique de la Sagrada Família d'Antoni Gaudí à Barcelone, illuminée au crépuscule, avec ses grues de chantier et son reflet dans un bassin
La Sagrada Família, à Barcelone, chef-d'œuvre inachevé d'Antoni Gaudí et site payant le plus visité d'Espagne.© Josep Lago / AFP

Il détestait être photographié et fuyait ses admirateurs. Un siècle après sa mort, des millions de personnes font la queue devant ses œuvres. Antoni Gaudí, génie de l'architecture catalane et créateur de la Sagrada Família, est devenu malgré lui le visage du tourisme de masse à Barcelone. Et, peut-être bientôt, un bienheureux de l'Église catholique.

Qui était Antoni Gaudí

Né en 1852 dans une fervente famille catholique, Gaudí s'impose vite comme l'un des architectes les plus en vue de Barcelone. Bourgeois et entrepreneurs lui confient des projets d'envergure : la Casa Batlló, la Casa Milà, le parc Güell. Son style, inspiré de la nature et porté par une défense farouche de l'identité catalane, ne ressemble à aucun autre. Il meurt le 10 juin 1926, à 73 ans, quelques jours après avoir été renversé par un tramway alors qu'il se rendait à l'église pour prier.

La Sagrada Família, chef-d'œuvre inachevé

Sa vie se confond avec son grand œuvre. Gaudí pilote la construction de la Sagrada Família dès la fin du XIXe siècle, sans jamais la voir terminée. Le chantier, financé par les dons et les entrées, dure encore. Sa tour de Jésus, haute de 172,5 mètres, fait désormais de la basilique l'église la plus haute du monde. Le monument, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, est le site payant le plus visité d'Espagne : près de cinq millions de personnes s'y pressent chaque année.

Un génie devenu marque touristique

Le paradoxe est saisissant. Gaudí, au caractère ombrageux, resté célibataire toute sa vie, refusait jusqu'aux photographies ; ses réalisations sont aujourd'hui un symbole lucratif du tourisme de masse. La Casa Batlló, à elle seule, a accueilli près de deux millions de visiteurs en 2024. « Lorsqu'une marque se développe, il existe toujours des usages officiels, puis des usages non officiels qui cherchent à en tirer profit », observe Galdric Santana, professeur d'architecture à l'Université polytechnique de Catalogne. Le biographe Gijs van Hensbergen résume l'attrait : « Des athées, des bouddhistes, des gens du monde entier viennent à Barcelone pour voir cet édifice qui tient du miracle. »

Des touristes devant la façade colorée de la Casa Batlló, œuvre d'Antoni Gaudí à Barcelone
Des touristes devant la Casa Batlló, création d'Antoni Gaudí, à Barcelone, le 11 octobre 2024 AFP / Josep Lago

Barcelone au bord de la saturation

Derrière l'engouement, une ville sous pression. Barcelone a accueilli quelque 15 millions de touristes en 2024, soit près de dix fois sa population, dans une Espagne qui a battu son record avec 94 millions de visiteurs internationaux. La pression n'épargne aucune destination méditerranéenne : à Malte, c'est le béton qui menace d'engloutir l'île sous l'afflux touristique. L'exaspération d'une partie des habitants a éclaté au grand jour : à l'été 2024, des manifestants ont aspergé des touristes attablés avec des pistolets à eau, aux cris de « tourists go home » et « Barcelone n'est pas à vendre ». Le conseil municipal avait dénombré environ 2 800 manifestants.

Des visiteurs sur le toit-terrasse de Bellesguard, la Casa Figueras d'Antoni Gaudí à Barcelone
Des visiteurs sur le toit de Bellesguard (Casa Figueras), œuvre d'Antoni Gaudí, à Barcelone, le 28 janvier 2026 AFP / Manaure Quintero

Les mesures contre le surtourisme

Face à la colère, la municipalité a sorti l'arsenal. Le maire Jaume Collboni a annoncé l'interdiction, d'ici 2028, des quelque 10 000 locations touristiques de courte durée de la ville ; saisi, le Tribunal constitutionnel espagnol a validé la mesure en 2025. La taxe de séjour, elle, grimpe progressivement de 4 à 8 euros, et le nombre de croisiéristes admis est revu à la baisse. Barcelone tente de reprendre la main sur un modèle qui, à force d'attirer, menaçait de faire fuir ses propres habitants.

Vers une béatification

L'autre versant de l'héritage est spirituel. Après une série de deuils et un jeûne extrême en 1894, Gaudí avait basculé dans une foi profonde et un mode de vie austère. Le Vatican l'a fait « vénérable », étape préalable à la béatification, et sa commission médicale étudie un possible miracle. Une association catalane œuvre depuis 1992 pour le faire reconnaître bienheureux, dossier de 1 700 pages à l'appui. Le 10 juin 2026, jour anniversaire de sa mort, le pape Léon XIV a célébré une messe dans la basilique et béni la tour centrale du Christ. Achevée à l'extérieur en février 2026, elle porte le sommet de l'édifice à 172,5 mètres — juste sous les 177 mètres de la colline de Montjuïc, que Gaudí, par humilité, refusait de dépasser, la jugeant œuvre de Dieu.

Un siècle après sa mort, l'architecte qui fuyait les regards reste, malgré lui, au centre de tous : son chef-d'œuvre toujours inachevé, sa béatification suspendue à un miracle, et une Barcelone qui se débat contre le surtourisme dont la Sagrada Família est le premier aimant.

L'essentiel

  • Antoni Gaudí (1852-1926), génie de l'architecture catalane, a conçu la Casa Batlló, la Casa Milà, le parc Güell et son grand œuvre inachevé, la Sagrada Família.
  • Un siècle après sa mort, la Sagrada Família — église la plus haute du monde (172,5 m) — est le site payant le plus visité d'Espagne et un symbole du surtourisme à Barcelone.
  • Profondément croyant, Gaudí est en voie de béatification : déclaré « vénérable » par le Vatican, son dossier dépend de la reconnaissance d'un miracle.

Questions fréquentes

Qui était Antoni Gaudí ?
Antoni Gaudí (1852-1926) est l'architecte le plus célèbre du modernisme catalan. On lui doit la Sagrada Família, la Casa Batlló, la Casa Milà et le parc Güell, à Barcelone. Son style, inspiré de la nature, est inimitable. Il est mort le 10 juin 1926 après avoir été renversé par un tramway.
Pourquoi la Sagrada Família n'est-elle toujours pas terminée ?
Le chantier, lancé à la fin du XIXe siècle, avance au rythme des dons et des entrées payantes, ce qui explique sa durée exceptionnelle. Sa tour de Jésus, haute de 172,5 mètres, en fait déjà l'église la plus haute du monde. La basilique reste en travaux à l'intérieur.
Combien de touristes Barcelone accueille-t-elle ?
Barcelone a reçu environ 15 millions de touristes en 2024, soit près de dix fois sa population. À l'échelle du pays, l'Espagne a enregistré un record de 94 millions de visiteurs internationaux la même année.
Quelles mesures Barcelone prend-elle contre le surtourisme ?
La municipalité prévoit d'interdire d'ici 2028 les quelque 10 000 locations touristiques de courte durée, une mesure validée par le Tribunal constitutionnel espagnol. Elle augmente aussi la taxe de séjour, qui passe progressivement de 4 à 8 euros, et réduit le nombre de croisiéristes admis.
Antoni Gaudí va-t-il être béatifié ?
Le Vatican l'a déclaré « vénérable », une étape préalable à la béatification, et sa commission médicale étudie un possible miracle. Une association catalane milite depuis 1992 pour sa reconnaissance comme bienheureux. Le 10 juin 2026, jour du centenaire de sa mort, le pape Léon XIV a célébré une messe dans la basilique et béni la tour de Jésus.

Antoine Lefebvre

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