Ezzedine al-Haddad, commandant en chef des Brigades Ezzedine al-Qassam — branche armée du mouvement palestinien Hamas — a été tué le vendredi 15 mai 2026 dans une frappe israélienne nocturne à Gaza, ont annoncé l'armée israélienne et le Shin Bet (renseignement intérieur) le 16 mai. L'information a été confirmée à l'AFP par deux responsables du Hamas et par les Brigades Qassam.
L'opération a visé un immeuble résidentiel du quartier de Rimal, dans la ville de Gaza, ainsi qu'un véhicule à proximité. Selon une source au sein du mouvement, al-Haddad a été tué avec sa femme et sa fille. Plusieurs civils palestiniens vivaient dans le bâtiment frappé.
- Ezzedine al-Haddad (Abou Souhaib), né en 1970, tué 15 mai 2026 par frappe israélienne à Gaza
- Chef des Brigades Ezzedine al-Qassam depuis mai 2025, chef du Hamas à Gaza depuis juin 2025
- Successeur de Mohammed Sinwar, tué mai 2025 ; succession lointaine de Yahya Sinwar (octobre 2024) et de Mohammed Deif (juillet 2024)
- Israël le présente comme « dernier dirigeant de haut rang » lié à la planification du 7 octobre 2023
- Funérailles à Gaza le 16 mai, dépouille enveloppée du drapeau du Hamas
Qui était Ezzedine al-Haddad ?
Ezzedine al-Haddad, également connu sous son nom de guerre Abou Souhaib, est né en 1970 à Gaza. Il a passé l'essentiel de sa carrière militante au sein du Hamas, mouvement politico-militaire palestinien fondé en 1987 lors de la première Intifada.
Selon des sources internes au mouvement citées par l'AFP, al-Haddad est l'un des architectes du système de sécurité interne du Hamas à Gaza — surveillance des opposants, contre-espionnage et contrôle des cellules clandestines. C'est cette expérience qui lui a valu, après le 7 octobre 2023, d'être chargé de superviser le système de détention des otages israéliens enlevés en Israël et emmenés à Gaza. Selon l'armée israélienne, il « s'entourait des otages pour tenter d'échapper à son élimination ».
Le porte-parole du Hamas Hazem Qassem a rendu hommage à « l'un des plus grands combattants » de l'histoire palestinienne : « C'est une perte immense, mais le chemin se poursuit jusqu'à la libération ».
Brigades Ezzedine al-Qassam : l'organisation expliquée
Les Brigades Ezzedine al-Qassam, ou Kataeb al-Qassam en arabe, ont été créées en 1991 à Gaza comme branche armée du Hamas. Le nom rend hommage au cheikh syro-palestinien Izz al-Din al-Qassam (1882-1935), figure de la résistance armée palestinienne face au mandat britannique, tué en 1935 par les forces britanniques près de Ya'bad, entre Jénine et Naplouse. C'est une homonymie sur le prénom qui crée la coïncidence avec le chef tué, dont le nom complet est Ezzedine al-Haddad.

L'organisation a connu plusieurs phases. Pendant la deuxième Intifada (2000-2005), elle a revendiqué des attaques suicides en Israël, dont plusieurs ayant ciblé des autobus et des cafés. Après le retrait israélien de Gaza en 2005 et la victoire électorale du Hamas en 2006, elle s'est progressivement structurée comme une armée régulière irrégulière : brigades territoriales, ailes spécialisées (forces navales, unité d'élite Nukhba, cyberbrigade, drones), arsenal de roquettes Qassam à courte portée et de roquettes plus longue portée d'origine partiellement iranienne, réseau de tunnels souterrains.
Le 7 octobre 2023, ses unités d'élite Nukhba ont mené l'attaque coordonnée qui a fait, selon les autorités israéliennes, 1 221 morts dans le sud d'Israël et 251 otages emmenés à Gaza. Cette opération est, à ce jour, le plus lourd bilan civil en Israël depuis la création de l'État en 1948. La campagne militaire de représailles d'Israël à Gaza a entraîné, selon le ministère de la Santé de l'enclave placé sous autorité du Hamas et dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU, plus de 72 700 morts palestiniens.
Son rôle dans le 7 octobre selon Israël
Le ministère de la Défense israélien a, dès le 15 mai, présenté al-Haddad comme un « terroriste de premier plan » et « l'un des principaux architectes » de l'attaque du 7-Octobre. Un responsable militaire israélien, cité par l'AFP, le qualifie de « dernier dirigeant de haut rang du Hamas encore présent dans la bande de Gaza à avoir participé à l'organisation du massacre ».

Le chef d'état-major israélien Eyal Zamir, dans un communiqué du 16 mai, a parlé d'un « succès opérationnel majeur » : « Dans toutes les conversations que j'ai eues avec les otages libérés, son nom revenait sans cesse ». Il a ajouté que « l'armée israélienne continuera à traquer nos ennemis, à les frapper et à demander des comptes à tous ceux qui ont pris part » à l'attaque.
Les Brigades Qassam et le Hamas, dans leur communiqué, n'ont pas répondu sur le fond aux allégations israéliennes relatives à son rôle planificateur, se concentrant sur l'hommage et la dénonciation de l'opération. Hazem Qassem a parlé d'une « assassinat traître et lâche ».
Chaîne de commandement : Sinwar, Deif, Sinwar, Haddad
La direction militaire du Hamas à Gaza a perdu, depuis octobre 2023, plusieurs de ses figures principales. Le tableau de la succession :
- Mohammed Deif : commandant en chef historique des Brigades Qassam, tué dans une frappe israélienne en juillet 2024. L'un des cerveaux militaires du 7-Octobre selon Israël
- Yahya Sinwar : chef politique du Hamas à Gaza, considéré comme le « cerveau politique » du 7-Octobre, tué par les forces israéliennes au combat à Rafah le 16 octobre 2024
- Mohammed Sinwar : frère cadet de Yahya, qui assure l'intérim de la direction militaire après la mort de Deif puis celle de son frère. Tué dans une frappe israélienne en mai 2025
- Ezzedine al-Haddad : prend la double casquette commandement militaire (Brigades Qassam, mai 2025) et politique Gaza (juin 2025) après Mohammed Sinwar. Tué 15 mai 2026
L'élimination de quatre figures de premier rang en moins de deux ans laisse le Hamas confronté à une crise de succession aigüe. Les rangs intermédiaires des Brigades Qassam, en revanche, restent largement opérationnels selon les analyses militaires occidentales : la doctrine de décentralisation, mise en place dans les années 2010 sous Mohammed Deif, prévoit que des commandants de brigade peuvent prendre le relais en cas de décapitation de la chaîne hiérarchique.
Les six tentatives d'assassinat précédentes
Selon une source citée par l'AFP au sein du Hamas, Ezzedine al-Haddad avait survécu à six tentatives d'assassinat menées par Israël avant celle du 15 mai 2026. La précision n'est pas vérifiable de source indépendante mais elle est cohérente avec la pratique de longue date du Shin Bet et de l'unité Sayeret Matkal de l'armée israélienne : assassinats ciblés de figures du Hamas et du Jihad islamique par frappes aériennes (drones, F-35) ou opérations spéciales.
La pratique de l'assassinat ciblé est encadrée en droit israélien interne par une jurisprudence de la Cour suprême de 2006 (HCJ 769/02), qui en autorise l'usage sous conditions de proportionnalité et de nécessité militaire. Elle est en revanche contestée par plusieurs juridictions internationales et par des ONG comme Human Rights Watch et B'Tselem, qui en dénoncent les conséquences sur les civils — l'opération du 15 mai a ainsi entraîné, outre la mort du chef visé, celles de sa femme et de sa fille.
Du côté israélien, le Shin Bet revendique un travail de renseignement humain (HUMINT) et électronique (SIGINT) accru depuis le 7-Octobre. La localisation d'al-Haddad à Rimal le 15 mai aurait été rendue possible, selon des sources militaires, par un faisceau d'indices technologiques et humains convergents, dans un quartier où la densité d'antennes-relais et de couvertures urbaines complique l'identification.
La frappe du 15 mai 2026 : déroulement et trêve
L'opération a eu lieu pendant la nuit du jeudi 14 au vendredi 15 mai 2026. Deux cibles ont été touchées : un immeuble résidentiel du quartier de Rimal et un véhicule à proximité. Les conditions techniques de la frappe (type de missile, plateforme de tir, durée d'observation préalable) n'ont pas été détaillées par l'armée israélienne, conformément à la pratique de confidentialité opérationnelle.
Le contexte politique est celui d'une trêve fragile entrée en vigueur le 10 octobre 2025 à Gaza. La bande est administrativement partagée : une partie est contrôlée par le Hamas, l'autre par l'armée israélienne. La trêve a permis la libération progressive d'otages israéliens et de prisonniers palestiniens, mais elle n'a pas suspendu les opérations israéliennes ciblées contre les hauts commandants du Hamas, considérés par Israël comme une exception à l'arrêt des hostilités. Cette interprétation est contestée par le Hamas et par plusieurs médiateurs internationaux.
Les forces israéliennes ont également annoncé le 16 mai avoir tué trois autres combattants du mouvement au cours des deux dernières semaines, dont deux impliqués dans l'organisation du 7-Octobre.
Notre lecture
Le bilan opérationnel pour Israël est lourd côté Hamas : sur le plan de l'élimination des cadres, l'objectif déclaré d'« atteindre tous ceux qui ont pris part » au 7-Octobre se rapproche d'une exécution complète au niveau des principaux commandants identifiés. Quatre figures de premier rang en deux ans (Deif, Yahya Sinwar, Mohammed Sinwar, al-Haddad) — c'est une cadence rare dans l'histoire des conflits asymétriques.
L'effet politique reste cependant ambigu. La décapitation répétée d'un commandement ne suffit pas, dans la doctrine contre-insurrectionnelle, à dissoudre un mouvement qui dispose d'une base sociale et d'une organisation décentralisée. Le Hezbollah libanais, après l'assassinat de Hassan Nasrallah en septembre 2024, a survécu à la séquence — au prix d'une réorganisation profonde et d'une perte d'influence régionale. Le Hamas devra probablement passer par une refondation comparable, dans un contexte où la bande de Gaza est physiquement dévastée et où l'autorité civile palestinienne reste fragmentée entre Cisjordanie et Gaza.
Sur le plan diplomatique, l'opération du 15 mai relance la question de l'application de la trêve d'octobre 2025. Plusieurs médiateurs — Qatar, Égypte, États-Unis — devront arbitrer entre le principe d'application stricte du cessez-le-feu et la pratique israélienne d'opérations ciblées hors zones de désengagement.
Ce qu'on regarde maintenant
- L'identité du successeur d'al-Haddad au sein des Brigades Qassam — peu de figures de rang équivalent demeurent identifiables, le commandement pourrait être collégial ou intérimaire
- La réaction du Hamas politique : entre escalade militaire et repositionnement diplomatique
- Les positions des médiateurs (Qatar, Égypte, États-Unis) sur la compatibilité de la frappe avec la trêve d'octobre 2025
- Les déclarations de l'Iran et du Hezbollah, deux soutiens majeurs du Hamas — l'Iran a déjà condamné « la trahison » d'Israël
- L'évolution du dossier des otages israéliens encore détenus à Gaza, qui dépend de l'interlocuteur côté Hamas et de l'état du commandement militaire
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Onze jours après la mort de Haddad, son successeur Mohammed Odeh, vétéran du renseignement des Brigades à peine confirmé à la tête de la branche armée, a été tué à son tour dans une frappe israélienne sur Gaza-ville, le 26 mai 2026.
Sources : Tsahal — communiqués officiels armée israélienne, Shin Bet — communiqués, Al Jazeera — confirmation Hamas, Notice biographique Izz al-Din al-Haddad, ONU Info — Gaza et trêve, Human Rights Watch — Palestine, B'Tselem — observatoire des territoires occupés.











