Ezzedine al-Haddad, commandant en chef des Brigades Ezzedine al-Qassam — la branche armée du Hamas —, a été tué le vendredi 15 mai 2026 dans une frappe israélienne à Gaza, qui a visé un immeuble résidentiel du quartier d'Al-Ramal et un véhicule. L'armée israélienne et le Shin Bet, le renseignement intérieur, ont annoncé le lendemain son « élimination », confirmée à l'AFP par deux responsables du Hamas ; sa femme et sa fille ont été tuées avec lui, selon une source du mouvement. Ses funérailles ont eu lieu le samedi dans la ville de Gaza, une foule en deuil entourant le corps enveloppé d'un drapeau du Hamas. Onze jours plus tard, son successeur connaîtrait le même sort.
Qui était Ezzedine al-Haddad ?
Né en 1970 à Gaza, connu sous le nom de guerre d'Abou Souhaib, Ezzedine al-Haddad a fait l'essentiel de son parcours dans l'appareil de sécurité du Hamas, mouvement fondé en 1987 : il est présenté comme étant à l'origine de la création de ses services de sécurité — surveillance interne, contre-espionnage. Après l'attaque du 7 octobre 2023, il était chargé de superviser les échanges entre les otages détenus à Gaza et les prisonniers palestiniens ; selon Israël, il « gérait le système de détention des otages, dont il s'entourait pour tenter d'échapper à son élimination ». Il avait pris le commandement de la branche armée en mai 2025, après la mort de son prédécesseur — déjà dans une frappe israélienne —, et avait survécu, selon une source du Hamas, à six tentatives d'assassinat. Le porte-parole du mouvement, Hazem Qassem, a salué l'un des « plus grands combattants » de l'histoire palestinienne : « C'est une perte immense, mais le chemin se poursuit jusqu'à la libération. »
Les Brigades Ezzedine al-Qassam, de 1991 au 7-Octobre
Créées en 1991 à Gaza, les Brigades al-Qassam portent le nom du cheikh syro-palestinien Izz al-Din al-Qassam (1882-1935), figure de la lutte armée contre le mandat britannique — une homonymie de prénom avec le chef tué, et non un lien de parenté. Structurées au fil des années en force quasi régulière — brigades territoriales, unité d'élite Nukhba, drones, arsenal de roquettes, réseau de tunnels —, elles ont mené l'attaque du 7 octobre 2023 contre des localités du sud d'Israël : 1 221 morts selon les autorités israéliennes, 251 otages emmenés à Gaza. La campagne militaire israélienne de représailles a tué plus de 72 700 Palestiniens, selon le ministère de la Santé de Gaza, placé sous l'autorité du Hamas et dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU.
Son rôle dans le 7-Octobre, selon Israël
Le ministère israélien de la Défense l'avait présenté, dès l'annonce du ciblage, comme un « terroriste de premier plan » et « l'un des principaux architectes » du 7-Octobre ; un responsable militaire le décrivait comme « le dernier dirigeant de haut rang du Hamas encore présent dans la bande de Gaza à avoir participé à l'organisation du massacre ». Le chef d'état-major Eyal Zamir a parlé d'un « succès opérationnel majeur » : « Dans toutes les conversations que j'ai eues avec les otages libérés, son nom (...) revenait sans cesse », avant de promettre que l'armée continuerait « à traquer nos ennemis, à les frapper et à demander des comptes à tous ceux qui ont pris part » à l'attaque. Le Hamas, dans ses communiqués, n'a pas répondu sur le fond à ces accusations, s'en tenant à l'hommage.

Une chaîne de commandement décimée
La direction militaire du Hamas à Gaza a perdu ses principales figures depuis 2023. Mohammed Deif, commandant en chef historique des Brigades, a été tué en juillet 2024 ; Yahya Sinouar, chef du mouvement à Gaza et considéré par Israël comme le cerveau du 7-Octobre, est mort au combat le 16 octobre 2024 ; son frère cadet Mohammed Sinwar, qui avait repris la main, a été tué en mai 2025 — c'est à lui qu'al-Haddad avait succédé. Et la liste ne s'est pas arrêtée là : onze jours après la mort d'al-Haddad, son successeur Mohammed Odeh, vétéran du renseignement des Brigades, a été tué à son tour dans une frappe sur la ville de Gaza, le 26 mai. Les analyses militaires occidentales notent toutefois que l'organisation, décentralisée de longue date, conserve des commandements intermédiaires opérationnels.
Une frappe en pleine trêve
L'opération est intervenue alors qu'une trêve est en vigueur à Gaza depuis le 10 octobre 2025, dans un territoire dont une partie est contrôlée par le Hamas et l'autre par l'armée israélienne. Israël considère les frappes ciblées contre les hauts commandants du mouvement comme compatibles avec ce cadre — une lecture contestée par le Hamas. Les forces israéliennes ont d'ailleurs annoncé, le même week-end, avoir tué trois autres combattants dans les deux semaines précédentes, dont deux impliqués dans le 7-Octobre. La pratique israélienne de l'assassinat ciblé, encadrée en droit interne par une décision de la Cour suprême de 2006, est critiquée par des organisations de défense des droits humains comme Human Rights Watch ou B'Tselem, qui en dénoncent le coût civil — la frappe du 15 mai a tué, outre le chef visé, sa femme et sa fille.

Ce front s'inscrit dans une région en recomposition, où l'accord-cadre signé fin juin entre Israël et le Liban redessine la donne au nord. À Gaza, la trêve d'octobre a encaissé la frappe du 15 mai comme celle qui a suivi. C'est elle, désormais, autant que la liste des noms rayés, qui mesure ce que le mot « cessez-le-feu » veut encore dire.











