Deux pouvoirs coexistent à Gaza, et aucun des deux ne l'exerce vraiment. Le premier a un nom, un président et un mandat signé au Conseil de sécurité des Nations unies : le Comité national pour l'administration de Gaza, connu sous son sigle anglais NCAG. Il n'a jamais mis les pieds dans le territoire qu'il est censé administrer. Le second n'a plus de gouvernement depuis qu'il l'a dissous lui-même, mais il tient toujours les points de passage, les ministères et la sécurité : le Hamas.
Le comité chargé d'administrer Gaza
Le NCAG est né en janvier 2026. Il tire son existence de la résolution 2803, que le Conseil de sécurité avait adoptée le 17 novembre 2025 en faisant sien le plan en vingt points de Donald Trump pour mettre fin à la guerre. Le texte avait recueilli treize voix, la Russie et la Chine s'abstenant. Le comité se décrit comme une instance « transitoire, technocratique et apolitique », composée exclusivement de Palestiniens de Gaza, et chargée de la gestion quotidienne des services publics et de l'administration civile. Son mandat doit s'achever lorsque l'Autorité palestinienne aura mené à terme son programme de réformes.
À sa tête, Ali Abdel Hamid Shaath porte le titre de commissaire en chef. Le comité a tenu sa première réunion à la mi-janvier, au Caire. Il y est resté.
Pourquoi il n'est jamais entré dans le territoire
Israël tient les points de passage et en refuse l'accès aux membres du comité. La condition posée était que le Hamas cède formellement le pouvoir. Le mouvement l'a fait au début du mois de juillet, en dissolvant le comité d'urgence qui faisait office de gouvernement local, « afin de faciliter la transition vers le Comité national pour l'administration de Gaza », a expliqué à l'AFP Ismaïl al-Thawabta, directeur du bureau des médias du mouvement. Le Hamas dirigeait la bande de Gaza depuis 2007, quand il en avait pris le contrôle à l'issue d'affrontements avec le Fatah du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, installé à Ramallah.
Les portes ne se sont pas ouvertes pour autant. Le chef de la diplomatie israélienne, Gideon Saar, a vu dans cette dissolution une « ruse ». Sur X, il a rappelé la ligne de son gouvernement : « Israël insiste sur la mise en œuvre intégrale du plan Trump, dont les principes fondamentaux sont le désarmement du Hamas et de toutes les autres organisations terroristes, ainsi que la démilitarisation complète de la bande de Gaza. » Le politologue gazaoui Mkhaimar Abusada situait alors le véritable obstacle ailleurs : « Le problème n'est pas la dissolution de son comité gouvernemental, mais l'acceptation de son désarmement. »
Ce que l'accord sur les armes pourrait changer
C'est précisément ce verrou qui a sauté fin juillet, du moins sur le papier : le Hamas a accepté un accord prévoyant son désarmement contre un retrait israélien par étapes. Les armes doivent revenir au NCAG, désigné comme « la seule entité habilitée à détenir, stocker ou contrôler des armes à Gaza » par un responsable du mouvement cité par l'AFP. Sont concernés les armements lourds, les sites de production, les dépôts et les tunnels, à commencer par ceux des Brigades Ezzedine al-Qassam, le bras armé du mouvement. Le comité a salué l'annonce.
Rien n'est réglé pour autant. Israël n'a pas approuvé l'accord, les désaccords portent sur l'ordre des étapes, et le comité attend toujours de pouvoir entrer. La séquence promise tient donc sur une inconnue : personne ne sait qui recevra les armes tant que celui qui doit les recevoir reste à l'extérieur.
Qui décide au-dessus du comité
Le NCAG ne se pilote pas seul. Au-dessus de lui, le « Conseil de paix » institué par le plan américain et présidé par Donald Trump oriente la reconstruction et son financement. Son haut représentant pour Gaza, Nikolaï Mladenov, soutient que le retrait israélien doit aller de pair avec le désarmement. La même résolution a autorisé le déploiement d'une Force internationale de stabilisation, chargée de sécuriser les zones frontalières, de démilitariser le territoire et de travailler avec une police palestinienne, mais elle n'a toujours pas été mise en place. Quant à l'Autorité palestinienne, elle attend à Ramallah la fin d'un programme de réformes dont dépend son retour.
Sur le terrain, une trêve toujours meurtrière
Rien de tout cela n'a arrêté les frappes. Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, en octobre 2025, plus d'un millier de Palestiniens ont été tués à Gaza, selon le ministère de la Santé du territoire. Ce ministère est placé sous l'autorité du Hamas, mais l'ONU juge ses chiffres fiables. L'armée israélienne a annoncé de son côté la mort de plusieurs de ses soldats sur la même période. Les deux camps s'accusent mutuellement de violer la trêve, et l'une des frappes a tué le chef militaire du Hamas, Mohammed Odeh.
À Gaza même, la question de savoir qui gouverne se pose dans des termes plus simples. « Le Hamas reste à Gaza et contrôle tout : les points de passage, les ministères, la sécurité. Ils tiennent à rester au pouvoir à tout prix », jugeait Houssam Majed, un habitant de la ville de Gaza âgé de 34 ans, pour qui la dissolution relevait des « paroles en l'air ». Avant d'ajouter : « C'est nous, le peuple, qui en payons le prix. »











