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Qui gouverne Gaza ? Ce que change le retrait du Hamas

En dissolvant son comité gouvernemental à Gaza, le Hamas dit préparer la transition vers une administration de technocrates. Mais le comité désigné siège au Caire, le désarmement bloque et la trêve demeure meurtrière : ce que l'annonce change — et ce qu'elle ne règle pas.

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Enfants dans un campement de personnes déplacées au milieu des décombres, dans la bande de Gaza
Dans un campement de personnes déplacées, dans la bande de Gaza (photo d'illustration).© Bashar Taleb / AFP

Après presque vingt ans de règne sur la bande de Gaza, le Hamas a annoncé la dissolution de ses instances dirigeantes dans le territoire palestinien. Une étape présentée comme un geste de transition — et accueillie avec défiance de toutes parts : Israël y voit une « ruse », un politologue gazaoui un acte « symbolique », des habitants des « paroles en l'air ». Car l'essentiel n'est pas tranché : le mouvement islamiste n'a rendu ni ses armes, ni le contrôle réel du terrain.

Qui doit administrer Gaza ?

Concrètement, le Hamas a dissous le comité d'urgence qui faisait office de gouvernement local, « afin de faciliter la transition vers le Comité national pour l'administration de Gaza », a expliqué à l'AFP Ismaïl al-Thawabta, directeur du bureau des médias du mouvement. Ce comité, connu sous son sigle anglais NCAG, rassemble des technocrates palestiniens. Il a été créé par le « Conseil de paix » institué par le plan de Donald Trump pour mettre fin à la guerre déclenchée par l'attaque du Hamas en Israël le 7 octobre 2023 — un plan validé par le Conseil de sécurité de l'ONU. Mais son président, le Palestinien Ali Shaath, siège au Caire depuis des mois : Israël s'est opposé à son déploiement dans l'enclave, selon des informations rapportées par l'AFP.

Le Hamas dirigeait la bande de Gaza depuis 2007, quand il en avait pris le contrôle à l'issue d'affrontements avec le Fatah du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, installé à Ramallah. « Le Hamas franchit une nouvelle étape en renonçant à administrer la bande de Gaza afin de priver [Israël] de tout prétexte pour poursuivre son agression », a fait valoir son porte-parole, Hazem Qassem.

Le désarmement, principal point de blocage

Le calendrier du plan Trump s'est arrêté au milieu du gué. La première phase du cessez-le-feu, entré en vigueur en octobre, a permis la libération des derniers otages israéliens contre des Palestiniens emprisonnés par Israël. La deuxième — désarmement du Hamas, prise en main du territoire par le NCAG, retrait progressif des forces israéliennes — est au point mort ; l'armée israélienne a, au contraire, renforcé sa présence. Le Hamas, de son côté, pose sa condition : une administration palestinienne effective à Gaza avant tout dépôt des armes.

« Le problème n'est pas la dissolution de son comité gouvernemental, mais l'acceptation de son désarmement : c'est toujours le principal point de blocage », tranche le politologue gazaoui Mkhaimar Abusada. Côté israélien, le chef de la diplomatie Gideon Saar a dénoncé une « ruse » : « Israël insiste sur la mise en œuvre intégrale du plan Trump, dont les principes fondamentaux sont le désarmement du Hamas et de toutes les autres organisations terroristes, ainsi que la démilitarisation complète de la bande de Gaza », a-t-il écrit sur X. Le « Conseil de paix » a lui-même exhorté le NCAG à s'assurer du contrôle des armes — celles, notamment, des Brigades Ezzedine al-Qassam, le bras armé du mouvement.

Sur le terrain, une trêve toujours meurtrière

La dissolution ne change rien, pour l'heure, à la réalité du terrain. Depuis l'entrée en vigueur de la trêve, au moins 1 072 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza, selon le ministère de la Santé du territoire, placé sous l'autorité du Hamas et dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU. L'armée israélienne dit avoir perdu cinq soldats et un contractuel sur la même période. Les deux camps s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu, et les frappes n'ont jamais cessé — l'une d'elles a tué le chef militaire du Hamas, Mohammed Odeh.

À Gaza même, l'annonce laisse sceptique. « Le Hamas reste à Gaza et contrôle tout : les points de passage, les ministères, la sécurité. Ils tiennent à rester au pouvoir à tout prix », juge Houssam Majed, un habitant de la ville de Gaza âgé de 34 ans, pour qui la dissolution relève des « paroles en l'air ». Avant d'ajouter : « C'est nous, le peuple, qui en payons le prix. »

L'essentiel

  • Le Hamas a dissous le comité d'urgence qui gouvernait la bande de Gaza, qu'il dirigeait depuis 2007, pour préparer la transition vers le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), prévu par le plan Trump et validé par l'ONU.
  • L'étape est jugée « symbolique » : le NCAG siège toujours au Caire, et la deuxième phase du plan — désarmement du Hamas, retrait progressif israélien — est au point mort.
  • Depuis l'entrée en vigueur de la trêve, au moins 1 072 Palestiniens ont été tués selon le ministère de la Santé du territoire, dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU ; l'armée israélienne dit avoir perdu cinq soldats et un contractuel.

Antoine Lefebvre

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