Dimanche 7 juin 2026, des missiles iraniens ont de nouveau filé vers Israël. Interceptés, pour l'essentiel ; mais c'était la première fois depuis la trêve du 8 avril, et l'armée israélienne a riposté dès le lendemain. Deux pays qui n'ont pas un mètre de frontière commune, séparés par près de 1 800 kilomètres et par l'Irak, se visent à coups de missiles balistiques.
Comment en est-on arrivé là ? L'hostilité entre Téhéran et l'État hébreu n'a rien d'éternel. Il y a un demi-siècle, les deux pays étaient alliés. Tout a basculé en 1979.
Avant 1979, deux alliés que le pétrole rapprochait
En 1950, l'Iran devient le deuxième État à majorité musulmane, après la Turquie, à reconnaître Israël. Sous le règne du chah Mohammad Reza Pahlavi, les deux capitales nouent une coopération discrète mais solide : pétrole iranien d'un côté, technologie, agriculture et renseignement israéliens de l'autre. L'Iran abrite alors l'une des plus importantes communautés juives du Moyen-Orient.
Pour Israël, encerclé par des voisins arabes hostiles, l'Iran du chah s'inscrit dans une « doctrine de la périphérie » : s'allier aux puissances non arabes de la région — Turquie, Iran, Éthiopie — pour desserrer l'étau. Rien, à l'époque, ne laisse présager une guerre.
1979, la révolution qui a tout renversé
Le 16 janvier 1979, le chah quitte l'Iran. Le 11 février, l'ayatollah Rouhollah Khomeini prend le pouvoir et proclame la République islamique. Le nouveau régime fait de l'antisionisme un marqueur idéologique. L'Iran rompt toute relation avec Israël, retire sa reconnaissance et remet l'ancienne ambassade israélienne de Téhéran à l'Organisation de libération de la Palestine.
Dans la rhétorique de Khomeini, les États-Unis sont le « grand Satan », Israël le « petit Satan ». La disparition de l'État hébreu devient un objectif affiché du régime. En quelques mois, deux alliés sont devenus ennemis irréductibles — non pour un litige frontalier ni une ressource, mais au nom d'une idéologie.
L'axe de la résistance, la guerre par procuration
Sans frontière commune ni moyen de frapper Israël directement, l'Iran bâtit pendant quarante ans un réseau de relais armés, qu'il baptise « axe de la résistance ». Le Hezbollah libanais, créé sous tutelle iranienne dans les années 1980 pendant la guerre civile du Liban, en est la pièce maîtresse : longtemps tenu pour le groupe non étatique le plus lourdement armé au monde.
S'y greffent le Hamas et le Jihad islamique à Gaza, les rebelles houthis au Yémen, des milices chiites en Irak et, jusqu'à sa chute, le régime de Bachar al-Assad en Syrie. Téhéran les finance, les arme et les forme : jusqu'à une centaine de millions de dollars par an pour le Hamas, des milliards au fil des ans pour les Houthis, selon les estimations occidentales. Des décennies durant, l'Iran combat Israël par procuration, en se gardant de l'affrontement direct.
Le nucléaire, au cœur de la peur israélienne
L'autre moteur du conflit est le programme nucléaire iranien. Israël juge qu'un Iran doté de l'arme atomique représenterait une menace existentielle, venant d'un régime qui appelle à sa disparition.
L'Iran assure que son programme est civil. Mais il est le seul État non doté de l'arme à enrichir de l'uranium à 60 %, un niveau sans usage civil et tout proche du seuil militaire de 90 %. Ses stocks à 60 % ont dépassé 400 kilogrammes à la mi-2025, selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui a déclaré Téhéran en non-conformité avec le traité de non-prolifération en juin 2025. Pour retarder cette échéance, Israël a, au fil des ans, assassiné des scientifiques iraniens et saboté des installations — du virus Stuxnet aux explosions sur le site de Natanz.
Quand la guerre de l'ombre est devenue frappes directes
Longtemps, Iran et Israël se sont affrontés sans se nommer : sabotages, cyberattaques, assassinats ciblés, frappes contre les relais iraniens en Syrie. L'attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023, fait sauter ce plafond. La guerre de Gaza, puis l'offensive israélienne contre le Hezbollah, entraînent toute la région dans l'escalade.
En 2024, pour la première fois, l'Iran et Israël se frappent directement, par vagues de drones et de missiles. La spirale culmine début 2026 : une guerre ouverte, à laquelle s'associent les États-Unis, vise les sites nucléaires et militaires iraniens. Après une centaine de jours de combats, un cessez-le-feu fragile entre en vigueur le 8 avril 2026. Il tiendra deux mois, jusqu'aux tirs iraniens du 7 juin.
Un axe affaibli, un conflit loin d'être clos
Le rapport de force a changé. Début 2026, l'axe de la résistance est exsangue : le Hamas et le Hezbollah sont laminés par des mois de guerre, le régime Assad est tombé en Syrie. Privé de ses boucliers avancés, l'Iran se retrouve plus exposé — et plus tenté, estiment des analystes, de franchir le seuil nucléaire pour se garantir une dissuasion.
Pour la France et l'Europe, l'enjeu n'est pas que diplomatique. Toute flambée fait remonter le baril, menace le détroit d'Ormuz par lequel transite une part du pétrole mondial, et pèse sur les prix à la pompe en France — un pays qui ne tiendrait que quelques semaines sur ses réserves stratégiques. C'est ainsi qu'un conflit né d'une révolution, il y a près d'un demi-siècle, continue de se mesurer aussi en euros par litre.











