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Pourquoi l'Iran et Israël sont ennemis

À plus de 1 500 kilomètres l'un de l'autre et sans frontière commune, l'Iran et Israël en sont venus aux tirs de missiles. Leur hostilité n'a pourtant qu'un demi-siècle : de l'alliance sous le chah à la rupture révolutionnaire jusqu'au nucléaire, les racines d'un conflit qui pèse jusqu'à la pompe.

Mis à jour le jeudi 24 septembre 2026 — 11h05
6 min
Des missiles iraniens survolent la Cisjordanie en direction d'Israël lors de la reprise des tirs en juin 2026
Des missiles iraniens en direction d'Israël : sans frontière commune, les deux pays s'affrontent à coups de missiles et de drones interposés.© AFP / Saleh Hamad, Mohammad Ateeq

Deux pays sans un mètre de frontière commune, séparés par plus de 1 500 kilomètres et par l'Irak, qui se sont frappés à coups de missiles balistiques : la rivalité entre l'Iran et Israël est devenue l'une des plus explosives du Moyen-Orient. Elle n'a pourtant rien d'éternel. Il y a un demi-siècle, les deux pays étaient alliés ; tout a basculé en 1979.

Sous le chah, deux alliés que le pétrole rapprochait

En mars 1950, l'Iran reconnaît Israël de fait, sans annonce officielle — l'un des premiers États à majorité musulmane à le faire, après la Turquie et l'Albanie. Sous le règne du chah Mohammad Reza Pahlavi, les deux capitales nouent une coopération discrète mais solide : pétrole iranien d'un côté, technologie, agriculture et renseignement israéliens de l'autre. L'Iran abrite alors l'une des plus importantes communautés juives du Moyen-Orient.

Pour Israël, encerclé par des voisins arabes hostiles, l'Iran du chah s'inscrit dans une « doctrine de la périphérie » : s'allier aux puissances non arabes de la région — Turquie, Iran, Éthiopie — pour desserrer l'étau. Rien, à l'époque, ne laisse présager une guerre.

La révolution islamique, qui a tout renversé

Le 16 janvier 1979, le chah quitte l'Iran. Le 11 février, la monarchie tombe et l'ayatollah Rouhollah Khomeini installe un gouvernement provisoire ; la République islamique sera proclamée le 1er avril, après un référendum. Le nouveau régime fait de l'antisionisme un marqueur idéologique. Le 16 février, l'Iran annonce la rupture de ses relations avec Israël ; la mission israélienne de Téhéran, qui n'avait jamais eu le rang d'ambassade, devient ensuite celle de l'Organisation de libération de la Palestine.

Dans la rhétorique de Khomeini, les États-Unis deviennent le « grand Satan ». La disparition de l'État hébreu devient un objectif affiché du régime. En quelques mois, deux alliés sont devenus ennemis déclarés — non pour un litige frontalier ni une ressource, mais au nom d'une idéologie.

La rupture publique fut immédiate ; la rupture réelle le fut moins. Dès 1980, le gouvernement de Menahem Begin vend en secret à l'Iran de Khomeini des pneus pour ses avions de combat F-4 Phantom, puis des pièces détachées, alors que Téhéran entre en guerre contre l'Irak. En 1985 et 1986, Israël sert encore d'intermédiaire à des livraisons d'armes américaines à l'Iran, révélées par le scandale de l'Irangate.

L'axe de la résistance, la guerre par procuration

Sans frontière commune, et longtemps sans moyen de frapper Israël directement, l'Iran bâtit en quarante ans un réseau de relais armés, qu'il baptise « axe de la résistance ». Le Hezbollah libanais, créé sous tutelle iranienne dans les années 1980 pendant la guerre civile du Liban, en est la pièce maîtresse : longtemps tenu pour le groupe non étatique le plus lourdement armé au monde. Sa première capacité de frappe sur le territoire israélien, Téhéran ne l'obtient qu'avec le missile Shahab-3, essayé en 1998 et probablement déclaré opérationnel en 2003, selon le Center for Strategic and International Studies, un centre de recherche américain.

S'y greffent le Hamas et le Jihad islamique à Gaza, les rebelles houthis au Yémen, des milices chiites en Irak et, jusqu'à sa chute, le régime de Bachar al-Assad en Syrie. Téhéran les finance, les arme et les forme : jusqu'à 100 millions de dollars par an pour l'ensemble des groupes armés palestiniens qu'il soutient, dont le Hamas, et des centaines de millions de dollars pour les Houthis, selon le département d'État américain en 2020. Des décennies durant, l'Iran combat Israël par procuration, en se gardant de l'affrontement direct.

Le nucléaire, au cœur de la peur israélienne

L'autre moteur du conflit est le programme nucléaire iranien. Israël juge qu'un Iran doté de l'arme atomique représenterait une menace existentielle, venant d'un régime qui appelle à sa disparition.

L'Iran assure que son programme est civil. Mais il est le seul État non doté de l'arme nucléaire à avoir produit et accumulé de l'uranium enrichi jusqu'à 60 %, un niveau sans justification civile crédible selon la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, et tout proche du seuil militaire de 90 %. Ses stocks à 60 % atteignaient 440,9 kilogrammes à la mi-juin 2025, avant les frappes, selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui dit ne plus pouvoir indiquer depuis ni où ils se trouvent, ni si l'enrichissement a cessé. Le Conseil des gouverneurs de l'agence a jugé en juin 2025 que l'Iran manquait à ses obligations de contrôle nucléaire, les garanties prévues par le traité de non-prolifération ; il a renouvelé ce constat en juin 2026, puis demandé le 9 septembre 2026 que le dossier soit transmis au Conseil de sécurité et à l'Assemblée générale des Nations unies. Pour retarder le programme, Israël a, au fil des ans, assassiné des scientifiques iraniens et saboté des installations — du virus Stuxnet aux explosions sur le site de Natanz.

Quand la guerre de l'ombre est devenue frappes directes

Longtemps, Iran et Israël se sont affrontés sans se nommer : sabotages, cyberattaques, assassinats ciblés, frappes contre les relais iraniens en Syrie. L'attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023, fait sauter ce plafond. La guerre de Gaza, puis l'offensive israélienne contre le Hezbollah, entraînent toute la région dans l'escalade.

En 2024, pour la première fois, l'Iran et Israël se frappent directement, par vagues de drones et de missiles. En juin 2025, Israël lance une campagne de frappes contre l'Iran, et les États-Unis bombardent le 21 juin les sites nucléaires de Fordo, Ispahan et Natanz. Le 28 février 2026, Washington et Israël attaquent ensemble l'Iran : une guerre ouverte faite depuis de trêves fragiles et de reprises, dont l'état des combats est suivi dans notre dossier sur la guerre entre l'Iran et les États-Unis.

Un axe affaibli, un conflit loin d'être clos

Le rapport de force a changé. Début 2026, l'axe de la résistance est affaibli : le Hamas et le Hezbollah sortent éprouvés de mois de guerre, le régime Assad est tombé en Syrie. Privé de ses boucliers avancés, l'Iran s'est retrouvé plus exposé, jusqu'à être attaqué directement sur son sol.

Pour la France et l'Europe, l'enjeu n'est pas que diplomatique. Toute flambée fait remonter le baril et pèse sur les prix à la pompe. Par le détroit d'Ormuz passait en 2025 environ un quart du pétrole échangé par voie maritime dans le monde, selon l'Agence internationale de l'énergie ; pendant la guerre de 2026, l'Iran en a de fait fermé le passage, provoquant un choc énergétique mondial, selon le Council on Foreign Relations, un centre de recherche américain. Le 22 septembre, Téhéran posait encore ses conditions à la réouverture du détroit, a rapporté la télévision d'État iranienne. La France, elle, doit conserver des stocks stratégiques équivalant à 29,5 % des produits pétroliers consommés en un an, soit un peu plus de trois mois. C'est ainsi qu'un conflit né d'une révolution, il y a près d'un demi-siècle, continue de se mesurer aussi en euros par litre.

L'essentiel

  • Alliés sous le chah, l'Iran et Israël sont devenus ennemis avec la révolution islamique de 1979, qui a fait de l'antisionisme un marqueur du régime.
  • Sans frontière commune, l'Iran a longtemps combattu Israël par procuration via l'« axe de la résistance » (Hezbollah, Hamas, Houthis), avant les premières frappes directes en 2024.
  • Le programme nucléaire iranien — uranium enrichi jusqu'à 60 %, proche du seuil militaire — nourrit la crainte d'Israël et a précipité la guerre ouverte, en juin 2025 puis en 2026.

Questions fréquentes

L'Iran et Israël ont-ils une frontière commune ?
Non. Environ 1 550 kilomètres à vol d'oiseau séparent Téhéran de Jérusalem, avec l'Irak, la Jordanie et la Syrie entre les deux. Cette absence de frontière explique pourquoi les deux pays se frappent par missiles, drones ou groupes alliés interposés, jamais au sol.
Depuis quand l'Iran et Israël sont-ils ennemis ?
Depuis la révolution islamique de 1979. Jusque-là, Téhéran et l'État hébreu coopéraient étroitement à l'époque du chah : l'Iran avait reconnu Israël de fait dès 1950. L'arrivée au pouvoir de l'ayatollah Khomeini a rompu toute relation et fait de l'hostilité à Israël un pilier du nouveau régime.
Qu'est-ce que l'axe de la résistance ?
C'est le nom que Téhéran donne aux groupes armés qu'il soutient pour s'en prendre à Israël et aux États-Unis sans s'exposer lui-même : le Hezbollah libanais, les Palestiniens du Hamas et du Jihad islamique, les rebelles yéménites houthis, plusieurs milices irakiennes chiites et, jusqu'à la chute de Bachar al-Assad, le pouvoir syrien. Ce réseau est très affaibli depuis 2024.
L'Iran possède-t-il l'arme nucléaire ?
Rien ne l'établit publiquement au 15 septembre 2026. Téhéran a toutefois produit de l'uranium enrichi à 60 %, ce qu'aucun autre pays sans arsenal atomique n'a fait, alors qu'une bombe en demande environ 90 %. Depuis les bombardements de juin 2025, l'AIEA ne sait plus combien il en reste ni où il se trouve. Les gouverneurs de l'agence, qui reprochaient déjà à l'Iran en juin 2025 de ne pas respecter ses engagements de vérification, ont décidé le 9 septembre 2026 de saisir l'ONU.
Pourquoi le conflit Iran-Israël concerne-t-il la France ?
Parce qu'il pèse sur l'énergie. Chaque escalade fait grimper le prix du baril, et l'Iran bloque de fait le détroit d'Ormuz, passage clé du pétrole mondial, depuis la guerre de 2026. Les répercussions se lisent à la pompe, sur les factures, et dans la diplomatie européenne, mobilisée pour éviter l'embrasement régional.

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