Au rythme du dossier iranien, le front libanais s'allume et s'éteint depuis mars. L'accord de paix conclu à la mi-juin entre les États-Unis et l'Iran prévoit la « fin immédiate » des combats sur tous les fronts, Liban compris ; mais il a connu sa flambée la plus meurtrière dans la nuit du 18 au 19 juin — 47 morts au Liban, quatre soldats israéliens tués —, et le cessez-le-feu annoncé dans la foulée entre Israël et le Hezbollah a volé en éclats dès le lendemain : de nouvelles frappes ont fait au moins vingt-quatre morts dans le sud du pays. Le chemin a été sanglant : plus de 4 000 morts depuis mars, une trêve sans cesse violée et des familles qui reprennent la route de l'exode. Fin juin, un accord-cadre a finalement été signé à Washington entre le Liban et Israël — deux pays techniquement en guerre depuis des décennies —, aussitôt contesté : le Hezbollah le rejette et Israël maintient ses troupes dans le sud tant que le mouvement ne sera pas désarmé. Cette page retrace les origines de la guerre au Liban, son bilan, les négociations de Washington et ce qui peut encore la rallumer.
Comment le Liban est entré dans la guerre
Le Liban a basculé dans la guerre régionale le 2 mars 2026. Deux jours plus tôt, une offensive américano-israélienne contre l'Iran avait tué le Guide suprême Ali Khamenei, auquel a succédé son fils Mojtaba Khamenei. Le Hezbollah a riposté par des missiles et des drones sur Israël. Le front libanais n'a jamais eu d'autonomie : il dépend du dossier Iran–États-Unis. Fondé en 1982 et armé par Téhéran, le mouvement chiite reste le premier relais régional de l'Iran, aux côtés des Houthis du Yémen : la séquence du 2 mars a réveillé cet « axe de la résistance », en sommeil depuis la trêve de novembre 2024.
Une trêve violée en permanence
Un premier cessez-le-feu, négocié fin 2024 par Washington et Paris, renvoyait à la résolution 1701 de l'ONU : retrait du Hezbollah au nord du Litani, repli israélien, déploiement de l'armée libanaise appuyée par la FINUL. Il n'a jamais été pleinement respecté. Après l'embrasement du 2 mars, une nouvelle trêve, conclue le 17 avril, n'a pas davantage tenu : faute de campagne de bombardements continue, les frappes ciblées n'ont jamais cessé, faisant plus de 600 morts. Un désaccord de fond la minait : Israël et Washington jugeaient que le Liban n'était pas couvert par le cessez-le-feu négocié avec l'Iran ; Téhéran et les médiateurs soutenaient l'inverse — et c'est cette lecture qui l'a emporté dans l'accord de juin.
Un bilan humain dévastateur
Depuis le 2 mars, les frappes israéliennes ont tué plus de 4 100 personnes au Liban, selon le ministère libanais de la Santé, et poussé plus d'un million d'habitants sur les routes. Selon l'Organisation mondiale de la santé, plus de 600 personnes, dont des dizaines d'enfants, ont péri depuis la seule trêve du 17 avril. Les secouristes ont payé un lourd tribut — au moins 130 tués —, et plus de 10 000 logements ont été détruits ou endommagés, surtout dans le sud, la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth. L'armée israélienne avait poussé son incursion terrestre la plus profonde depuis l'an 2000, déclarant « zone de combat » tout le territoire au sud du fleuve Zahrani et frappant jusqu'à la Dahiyeh, fief du Hezbollah aux portes de la capitale.
La séquence la plus meurtrière est survenue après l'accord lui-même. Dans la nuit du 18 au 19 juin, des frappes israéliennes sur le sud et l'est du pays ont tué 47 personnes, dont deux enfants, et fait 97 blessés, selon Beyrouth ; Israël, qui dit avoir mené plus de 150 frappes et tué « des dizaines » de combattants du Hezbollah, a perdu quatre soldats, dont le char a été touché près de Nabatiyé. Les bombardements ont visé une dizaine de localités autour de cette ville et la région de Baalbek, autre fief du mouvement chiite dans l'est.
Les négociations de Washington
Depuis avril, le Liban et Israël — qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques — négocient sous l'égide américaine un accord de sécurité, dans le sillage des pourparlers de paix engagés en Suisse. Le cœur du contentieux est le désarmement du Hezbollah, condition posée par Israël et poussée par Washington. Le mouvement, lui, refuse les pourparlers : son secrétaire général Naïm Qassem a appelé les autorités libanaises à « arrêter la mascarade », réclamant un cessez-le-feu global et le retrait israélien du sud. Début juin, les deux pays s'étaient malgré tout entendus pour conditionner la trêve à un arrêt complet des tirs et au retrait des combattants au sud du Litani, créant des « zones pilotes » sous contrôle de la seule armée libanaise. L'accord régional de la mi-juin a tranché le nœud : en incluant explicitement le Liban dans la « fin de la guerre sur tous les fronts », il a retiré au front sa raison d'être — au prix d'une dernière flambée, une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth qui, le 14 juin, a fait trois morts et manqué de faire capoter les pourparlers.
Le protocole régional a confié à une cellule préventive, mise en place par Washington et Téhéran, le soin d'éteindre durablement ce front. Les pourparlers se poursuivent pour autant — désormais à leur cinquième session — sans le Hezbollah, qui continue de les récuser : son secrétaire général, Naïm Qassem, réclame un retrait israélien total « selon un calendrier préétabli » et se dit prêt, en échange, à laisser l'armée libanaise se déployer seule au sud du Litani. La trêve reste pourtant sans cesse écornée : frappes et tirs de drones israéliens font encore des morts dans le sud, le Hezbollah dénonçant des « violations flagrantes » quand l'armée israélienne assure viser des combattants armés. Le président libanais, Joseph Aoun, rejette à la fois l'occupation israélienne et les « tutelles étrangères » — allusion à l'Iran, parrain du mouvement —, tandis que Benjamin Netanyahu revendique pour ses soldats une « liberté d'action totale ».
Le 26 juin, un cap a été franchi : Washington a annoncé la signature d'un accord-cadre entre le Liban et Israël, avec l'objectif affiché d'une « paix et sécurité durables ». Le texte rend deux « zones pilotes » au contrôle de la seule armée libanaise, mais Israël y maintient ses troupes « tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé », et Benjamin Netanyahu prévient que les habitants déplacés ne pourront pas rentrer. Le président Joseph Aoun y voit « un premier pas » vers une souveraineté libanaise sans « occupation », « subordination » ni « tutelle ». Le Hezbollah, lui, rejette l'accord : son député Hassan Fadlallah juge les autorités « incapables d'imposer » le désarmement sans risquer « une guerre civile », et y voit une manœuvre pour défaire l'accord du 17 juin entre Washington et Téhéran, dont l'Iran refuse de dissocier le dossier libanais. Des partisans du mouvement ont manifesté dans les rues de Beyrouth.
Les armes et les acteurs : drones, FINUL, engagement français
La phase 2026 a vu apparaître une arme nouvelle côté Hezbollah : les drones FPV à fibre optique, peu coûteux et difficiles à brouiller, importés de la guerre russo-ukrainienne, contre lesquels les militaires israéliens reconnaissent l'absence de parade rapide. Sur le terrain, la FINUL — où la France déploie environ 700 militaires — s'est dite « de plus en plus inquiète », recensant jusqu'à 670 projectiles tirés en une seule journée. L'exposition de ces Casques bleus reste un enjeu direct pour Paris, dans le sillage de la loi de programmation militaire et des conséquences de la guerre régionale.
Au sommet de l'État israélien, la pression reste maximale : Benjamin Netanyahu a promis de faire « payer un prix très lourd » au Hezbollah et assuré que son armée resterait au Liban « aussi longtemps que nécessaire », tandis que ses ministres d'extrême droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich réclamaient d'« ouvrir les portes de l'enfer ». Côté libanais, le président Joseph Aoun a dénoncé « une escalade dangereuse et condamnable ». Sur la route du nord, ce ne sont plus des familles qui rentrent : des centaines de voitures chargées de matelas fuyaient de nouveau le sud.











