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Modi en tournée :
Émirats, Europe et sécurité énergétique post-Ormuz

Un appel à un détroit « ouvert et sûr », un stockage stratégique externalisé aux Émirats, des achats redirigés vers la Russie, l'Angola ou le Venezuela, et un ancrage européen renforcé : ce que la tournée de Narendra Modi a dit de la nouvelle doctrine énergétique indienne.

Mis à jour le dimanche 5 juillet 2026 — 16h51
4 min
Le Premier ministre indien Narendra Modi au palais présidentiel à New Delhi
Le Premier ministre indien Narendra Modi au palais présidentiel Rashtrapati Bhavan, à New Delhi, le 6 mai 2026© AFP/Archives / Sajjad HUSSAIN

Le Premier ministre indien Narendra Modi a entamé le vendredi 15 mai 2026 une tournée de six jours qui devait le conduire d'Abou Dhabi à Rome, en passant par La Haye, Stockholm et Oslo. À son arrivée aux Émirats arabes unis, accueilli par le président Mohammed ben Zayed Al Nahyane, il a appelé à un détroit d'Ormuz « ouvert et sûr ». L'objectif était limpide : sécuriser les approvisionnements énergétiques de la troisième économie importatrice de pétrole au monde, au moment où le verrouillage du détroit par Téhéran perturbait les chaînes pétrolières et gazières.

L'Inde importe, en temps normal, environ la moitié de son brut via Ormuz. Depuis les frappes américano-israéliennes contre l'Iran du 28 février 2026 et le blocage du détroit, New Delhi cherchait à diversifier ses fournisseurs, à reconstituer des stocks et à consolider ses liens avec les producteurs du Golfe comme avec l'Europe. La tournée de mai a donné un visage à cette stratégie.

Aux Émirats : stockage Adnoc et « deuxième maison »

« Je suis venu dans ma deuxième maison », a déclaré Narendra Modi à son arrivée aux Émirats, où vit une communauté indienne de 4,5 millions de personnes. L'annonce concrète de l'étape porte sur le stockage : l'Inde et les Émirats ont convenu d'étudier une augmentation des capacités du géant émirati Adnoc en Inde, jusqu'à 30 millions de barils, ainsi que le stockage de brut au port de Fujaïrah dans le cadre des réserves stratégiques indiennes, selon le communiqué d'Adnoc.

« Maintenir Ormuz libre, ouvert et sûr est notre plus haute priorité », a affirmé M. Modi, ajoutant que le respect du droit international était « essentiel » — une formule qui visait la position iranienne sans la nommer.

Pourquoi l'Inde était en première ligne

Troisième importateur mondial de pétrole, le pays a amorti le choc en redirigeant massivement ses achats. Selon les chiffres compilés dans une note de la direction générale du Trésor français de mai 2026, les raffineurs indiens ont importé en moyenne 1,98 million de barils de pétrole russe par jour en mars 2026, contre environ 1 million en janvier-février. Les importations venues d'Angola ont atteint 327 000 barils par jour en mars — près du triple de février —, celles d'Iran s'élevaient à 276 000 barils par jour à la mi-avril, et celles du Venezuela à environ 137 000. Une agilité qui a un coût : fret rallongé, primes d'assurance, qualités de brut différentes à raffiner — d'où l'intérêt de réserves stratégiques mieux garnies, y compris hors des frontières.

« La priorité de l'Inde devrait être de passer d'une relation énergétique classique acheteur-vendeur à un partenariat plus large de sécurité énergétique stratégique », résumait auprès de l'AFP K.C. Singh, ancien ambassadeur indien en Iran et aux Émirats arabes unis.

Cap sur l'Europe : commerce, semi-conducteurs, Arctique

Le programme prévoyait ensuite les Pays-Bas — échanges bilatéraux de 23,7 milliards d'euros l'an dernier, défense, semi-conducteurs, eau, agriculture, santé —, puis la Suède, où Narendra Modi devait s'adresser à un forum de dirigeants d'entreprises européennes aux côtés d'Ursula von der Leyen, un sommet Inde-pays nordiques à Oslo, et une dernière étape à Rome auprès de Giorgia Meloni. Le tout s'appuyait sur l'accord de libre-échange Inde-UE signé en janvier 2026, qualifié de « mère de tous les accords » par le ministère indien des Affaires étrangères, qui voyait dans la tournée l'occasion d'« approfondir le partenariat de l'Inde avec l'Europe, en particulier les liens commerciaux et d'investissement ».

Le volet arctique n'était pas décoratif. New Delhi dispose depuis 2008 d'une base de recherche à Ny-Ålesund, sur l'archipel norvégien du Svalbard, d'où elle suit l'ouverture des routes maritimes liée à la fonte des glaces — et ses effets sur la mousson, variable vitale pour 1,4 milliard de personnes. « La fonte des glaces a des conséquences directes sur la mousson en Inde et notre sécurité alimentaire », soulignait le député Shashi Tharoor dans l'Indian Express.

Ce que la séquence a montré

Au-delà du calendrier, la tournée a acté un changement de doctrine : l'Inde ne se contente plus d'importer, elle externalise une partie de son stockage stratégique chez un partenaire du Golfe, tout en gardant ouvertes toutes ses portes — russe, angolaise, iranienne, vénézuélienne. Le détroit d'Ormuz a fini par rouvrir par étapes à la fin juin, sous un accord provisoire entre Washington et Téhéran, et le trafic se reconstitue lentement. La leçon de la crise, elle, demeure pour New Delhi : dans un monde où un cinquième du pétrole mondial peut se retrouver suspendu à un chenal de quelques dizaines de kilomètres, la diversification n'est plus une option — c'est la police d'assurance.

L'essentiel

  • Mi-mai 2026, en pleine crise d'Ormuz, Narendra Modi a mené une tournée de six jours — Émirats, Pays-Bas, Suède, Norvège, Italie — pour sécuriser les approvisionnements énergétiques de l'Inde, qui importe en temps normal la moitié de son brut via le détroit.
  • Aux Émirats : étude d'une extension des capacités de stockage d'Adnoc en Inde jusqu'à 30 millions de barils et d'un stockage à Fujaïrah pour les réserves stratégiques indiennes ; Modi a plaidé pour un détroit « libre, ouvert et sûr ».
  • Pour amortir le choc, les raffineurs indiens ont redirigé leurs achats — 1,98 million de barils russes par jour en mars, Angola triplé, Iran et Venezuela en appoint (note du Trésor français) — pendant que l'Europe offrait le relais commercial, via l'accord de libre-échange signé en janvier.

Questions fréquentes

Pourquoi Narendra Modi a-t-il mené cette tournée aux Émirats et en Europe ?
Pour sécuriser les approvisionnements énergétiques de l'Inde, troisième importateur mondial de pétrole, dont environ la moitié du brut transite en temps normal par le détroit d'Ormuz, alors verrouillé par Téhéran. Le déplacement combinait diversification des fournisseurs, stockage stratégique externalisé et consolidation du partenariat commercial avec l'Union européenne.
Qu'a annoncé l'Inde avec les Émirats arabes unis ?
L'étude d'une augmentation des capacités de stockage du groupe émirati Adnoc en Inde, jusqu'à 30 millions de barils, et d'un stockage de brut au port de Fujaïrah dans le cadre des réserves stratégiques indiennes, selon le communiqué d'Adnoc. Modi y a plaidé pour un détroit d'Ormuz « libre, ouvert et sûr ».
Comment l'Inde a-t-elle compensé le blocage d'Ormuz ?
En redirigeant ses achats : 1,98 million de barils de pétrole russe par jour en mars 2026 (le double de janvier-février), des importations angolaises triplées à 327 000 barils par jour, et des flux iraniens (276 000 barils par jour à la mi-avril) et vénézuéliens (environ 137 000) en appoint, selon une note de la direction générale du Trésor français.
Que venait faire l'Arctique dans cette tournée ?
L'Inde dispose depuis 2008 d'une base de recherche à Ny-Ålesund, sur l'archipel norvégien du Svalbard, d'où elle suit l'ouverture des routes maritimes liée à la fonte des glaces — et ses effets sur la mousson, déterminante pour la sécurité alimentaire de 1,4 milliard de personnes. Le sommet Inde-pays nordiques d'Oslo devait aborder ces questions climatiques.
Le détroit d'Ormuz est-il toujours bloqué ?
Non : il a rouvert par étapes à la fin juin 2026, sous un accord provisoire entre Washington et Téhéran, et le trafic se reconstitue progressivement. La crise a toutefois durablement modifié la doctrine énergétique indienne, désormais fondée sur la diversification des fournisseurs et l'externalisation d'une partie du stockage stratégique.

Antoine Lefebvre

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