À Paris, laisser un appartement vide devient un choix qui se chiffre. Un 30 m² vacant dans le 17e arrondissement, taxé 790 euros jusqu'ici, en coûtera 1 400 la première année, puis 2 800 : l'exemple est fourni par la Ville elle-même, à l'appui de la surtaxe adoptée mi-juillet par le Conseil de Paris. L'objectif affiché : remettre sur le marché quelque 20 000 logements, dans une capitale qui compte 139 075 logements vacants selon l'Insee — près d'un dixième du parc.
Le vote parisien n'est pas une initiative isolée : il active une réforme nationale. La loi de finances pour 2026 crée, à compter du 1er janvier 2027, une nouvelle taxe locale sur la vacance des locaux d'habitation, qui remplace la taxe sur les logements vacants née en 1999. Son produit sera directement versé aux communes et intercommunalités qui l'appliquent, et celles-ci pourront en majorer les taux. Chaque mairie a désormais un intérêt direct à traquer les volets fermés.
Comment la nouvelle taxe fonctionne
Le principe reste celui de la taxe actuelle. Est considéré comme vacant un logement non meublé, inoccupé depuis au moins un an au 1er janvier de l'année d'imposition, dans une commune où l'offre de logements ne suffit pas à répondre à la demande. Les taux de droit commun s'établissent à 17 % la première année d'imposition, puis 34 %. La nouveauté tient dans l'étage optionnel : chaque commune pourra porter ces taux jusqu'à 30 % et 60 %. Paris a choisi le maximum, d'où le doublement de la facture de l'exemple municipal — et son doublement encore l'année suivante.
Qui peut y échapper
La taxe vise la vacance choisie, pas la vacance subie. La fiche officielle de Service-public exonère le propriétaire qui a mis son bien en vente ou en location au prix du marché sans trouver preneur ; le logement occupé plus de 90 jours consécutifs dans l'année ; et celui qui exigerait, pour devenir habitable, des travaux dont le montant dépasse le quart de la valeur du bien. Une résidence secondaire meublée, elle, n'est pas un logement vacant : elle relève d'une autre fiscalité, la taxe d'habitation sur les résidences secondaires.
Hors des zones tendues, l'outil actuel reste la taxe d'habitation sur les logements vacants, que les communes volontaires appliquent aux biens inoccupés depuis plus de deux ans. Les contours définitifs du nouveau régime, eux, seront précisés par les textes d'application d'ici son entrée en vigueur.
Pourquoi les villes s'en emparent
Derrière l'arme fiscale, un constat : dans les zones où se loger relève du parcours du combattant, des dizaines de milliers de logements dorment. En fléchant le produit de la taxe vers les communes, la réforme transforme un outil d'État en levier municipal — et donne aux maires une raison budgétaire d'agir, en plus de la raison politique. Paris accompagne le bâton d'une carotte : la Ville met en avant ses dispositifs d'aide aux propriétaires qui acceptent de remettre leur bien en location. Le tout s'ajoute à la pression qui monte déjà sur un parc sommé par ailleurs de s'adapter à la chaleur — et à une fiscalité du logement de plus en plus utilisée comme outil d'orientation, de la TVA réduite sur la climatisation réversible au prêt à taux zéro, jusqu'aux majorations sur la vacance.
Pour le propriétaire d'un bien vide en zone tendue, l'équation se resserre : louer, vendre, justifier d'une exonération — ou payer, chaque année, un peu plus cher. La vacance avait un coût pour la ville ; elle a désormais un prix pour le propriétaire.











