L'épargne préférée des Français change de sens de marche. Le 15 juillet 2026, le ministre de l'Économie Roland Lescure a validé la proposition du gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin : au 1er août, le taux du Livret A remonte de 1,5 % à 1,7 %, après une série de baisses en 2025 puis en février dernier. Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) suit, à 1,7 % également.
« Face à l'inflation contenue mais réelle, et aux incertitudes liées à la crise au Moyen-Orient, j'ai décidé de relever le taux du Livret A à 1,7 % », a déclaré le ministre. Un dixième de point par-ci, deux dixièmes par-là : l'affaire peut sembler comptable. Elle touche pourtant l'un des produits les plus détenus du pays, dont l'encours approche les 445 milliards d'euros.
Pourquoi le taux du Livret A remonte-t-il ?
Le taux n'est pas fixé au doigt mouillé : une formule réglementaire le recalcule tous les six mois. Elle fait la moyenne de deux ingrédients sur le semestre écoulé — l'inflation hors tabac et les taux auxquels les banques se prêtent de l'argent au jour le jour dans la zone euro (l'€STR) —, arrondie au dixième de point, avec un plancher à 0,5 %. Le gouverneur de la Banque de France propose, le ministre arrête ; l'État peut s'écarter de la formule dans des circonstances exceptionnelles.
Si le résultat remonte, c'est d'abord parce que l'inflation se réveille : 1,52 % en moyenne sur les six premiers mois de l'année, selon les chiffres cités par l'institut pédagogique La finance pour tous, avec une accélération à 2,4 % sur un an en mai d'après l'Insee. La mécanique enregistre ce frémissement — et le traduit en dixièmes de point.
Ce que ça change pour votre épargne
L'arithmétique est simple. Pour 10 000 euros déposés, une année à 1,7 % rapportera 170 euros, contre 150 euros au taux précédent. Un Livret A rempli jusqu'à son plafond de 22 950 euros produira 390,15 euros par an, soit 45,90 euros de plus — nets de tout : les intérêts du Livret A sont exonérés d'impôt sur le revenu comme de prélèvements sociaux.
Le vrai gagnant de l'arbitrage de juillet est pourtant ailleurs. Le Livret d'épargne populaire (LEP), réservé aux revenus modestes, aurait dû retomber à 2,2 % en appliquant la formule ; il est maintenu à 2,5 % par un coup de pouce, conformément à la recommandation du gouverneur. Environ 30 millions de Français y sont éligibles ; 12 millions seulement l'ont ouvert. Pour eux, chaque euro placé rapporte près de 50 % de plus que sur un Livret A.

Côté calendrier, un détail utile : les intérêts se calculent par quinzaine, les 1er et 16 de chaque mois. Un versement effectué d'ici à la fin du mois commencera donc à produire le 1er août — précisément au nouveau taux. Rappels de bon usage, détaillés sur la fiche officielle de service-public.fr : une seule personne ne peut détenir qu'un Livret A, l'argent reste disponible à tout moment et les intérêts s'ajoutent au capital chaque 31 décembre. Au chapitre des lignes du budget des ménages qui bougent cette année, la remontée du livret rejoint la refonte des heures creuses, qui concerne onze millions de foyers.
Le Livret A reste-t-il un bon placement ?
Il faut le prendre pour ce qu'il est : une épargne de précaution — liquide, garantie, nette d'impôt — plutôt qu'un placement de long terme. Car un taux de 1,7 % face à une inflation qui atteignait 2,4 % sur un an en mai signifie, si cette dernière se maintient à ce niveau, un pouvoir d'achat de l'épargne qui s'érode lentement. La formule court après les prix ; elle ne les rattrape qu'avec retard.
La prochaine échéance est déjà connue : la formule sera rejouée pour le 1er février, au vu de l'inflation du second semestre. D'ici là, le meilleur taux réglementé de l'été n'est pas celui dont tout le monde parle — c'est celui d'un livret auquel dix-huit millions de Français ont droit sans l'avoir ouvert.











