Plus de quatre ans après l'invasion de l'Ukraine, le Comité international olympique a levé mardi une partie des restrictions imposées aux sportifs russes : ils pourront viser les prochains Jeux d'été de Los Angeles, y compris dans les sports d'équipe, qui leur restaient fermés. Les qualifications leur sont ouvertes dès cet été. Deux limites demeurent : ni hymne ni drapeau dans l'immédiat — l'instance se prononcera « en temps voulu » sur leur usage pendant les Jeux — et un contrôle antidopage renforcé, chaque athlète de retour devant se soumettre à « plusieurs tests » préalables, supervisés par l'Agence de contrôles internationale.
« Nous voulions garantir à tous les athlètes la possibilité de participer aux Jeux olympiques et de ne pas être tenus responsables des actes de leur gouvernement », a justifié Kirsty Coventry, la présidente du CIO. Les liens des sportifs avec l'armée ou les services de sécurité russes ne seront plus examinés, pas plus que leurs positions sur la guerre ; les sélectionnés devront en revanche « servir de modèles » capables de promouvoir « une société pacifique par le sport ». Le CIO invoque lui-même « le scepticisme de la communauté sportive mondiale » pour expliquer les tests imposés au préalable.
Moscou s'est aussitôt félicité, par la voix de son ministre des Sports Mikhaïl Degtyarev, que le mouvement olympique « reste en dehors de la politique ». Le Comité olympique ukrainien a dénoncé une décision « prématurée, infondée et adoptée sans tenir compte des circonstances objectives qui restent inchangées : la Russie poursuit son agression armée à grande échelle contre l'Ukraine ». Sur le terrain, les frappes massives sur les villes ukrainiennes se sont encore intensifiées ces dernières semaines. L'organisation Global Athlete, qui porte la voix des sportifs, s'est désolée que « des violations flagrantes et répétées de la Charte olympique n'entraînent aucune conséquence ».
Une réintégration préparée de longue date
La décision parachève une séquence engagée depuis des mois. Bannis totalement après l'invasion de février 2022 — au cœur d'un train de sanctions occidentales qui va des économies jusqu'à la traque des pétroliers de la « flotte fantôme » —, les sportifs russes étaient revenus dès mars 2023 sous bannière neutre, à conditions strictes et hors épreuves par équipes : le régime appliqué aux Jeux de Paris puis de Milan-Cortina. Depuis, les signaux se sont multipliés. Le retour avec hymne et drapeau a été recommandé dans les compétitions juniors dès décembre ; les Bélarusses ont été pleinement réintégrés début mai ; et fin juin à Lausanne, la Charte olympique a été amendée pour enjoindre à l'instance d'agir « à l'abri de toute pression gouvernementale, culturelle, sociétale ou économique ». La Russie, nation sportive majeure, concourt privée de ses couleurs depuis 2016 et le scandale du dopage d'État.
La suspension du Comité olympique russe, prononcée à l'automne 2023, n'est levée qu'« à titre provisoire », et ses activités dans les territoires ukrainiens occupés resteront surveillées « de près ».
Des fédérations en ordre dispersé
Le retour des Russes va se poursuivre dans un « paysage fracturé », prévient Pierre Ducrey, directeur des Sports du CIO, chaque fédération internationale restant maîtresse de ses règles. World Athletics, qui régit l'athlétisme, a maintenu vendredi l'exclusion totale des Russes comme des Bélarusses, aucune « avancée concrète vers des négociations de paix » ne s'étant, selon elle, matérialisée. À l'inverse, le judo puis la natation les avaient pleinement réintégrés sans attendre le feu vert olympique — dès novembre et avril —, comme l'avait fait le Comité international paralympique pour les Jeux de Milan-Cortina.
Le CIO n'organisera pas d'événements en Russie et n'invitera pas de représentants de l'État russe. Mais dès cet été, ses athlètes reprendront le chemin des qualifications olympiques.











