Près de dix-huit mois après la nuit qui a fait vaciller la démocratie sud-coréenne, la justice a frappé fort. Un tribunal de Séoul a condamné lundi Park Sung-jae, ancien ministre de la Justice, à vingt-cinq ans de prison pour son rôle dans la tentative d'« insurrection » de décembre 2024. C'est davantage que les vingt ans réclamés par le parquet.
Cette nuit-là, le 3 décembre 2024, le président d'alors, Yoon Suk-yeol, avait décrété la loi martiale, suspendant brièvement le pouvoir civil et plongeant le pays — l'une des grandes démocraties d'Asie et un allié clé des États-Unis dans la région — dans une crise politique inédite. Le coup de force avait été levé en quelques heures, sous la pression de la rue et du Parlement, mais il a depuis entraîné une cascade de procès.
Le décret de loi martiale, le premier de ce type depuis des décennies, avait provoqué une onde de choc. Des députés escaladant les grilles de l'Assemblée pour en voter la levée, des manifestants massés dans la nuit : la séquence avait scellé le sort de Yoon Suk-yeol, depuis chassé du pouvoir, et ouvert une longue série de poursuites contre les responsables de l'opération, du sommet de l'État aux gradés qui l'ont relayée.
Les prisons « vérifiées » avant les arrestations
Selon les procureurs, Park Sung-jae n'a pas été un simple témoin. Dans les premières heures de la loi martiale, l'ex-ministre aurait réuni des responsables de son administration et fait vérifier la capacité des prisons, en prévision de l'arrestation de figures de l'opposition. Pour l'accusation, il a « réduit la loi à un instrument d'insurrection par son abus de pouvoir » et « porté atteinte à l'État de droit ». La peine, prononcée en première instance — il peut faire appel —, sanctionne cette préméditation.
Ce n'est pas sa seule condamnation. Le 12 juin, le même homme avait déjà écopé de trente ans de prison dans un dossier distinct : l'envoi de drones au-dessus de la Corée du Nord, destiné, selon l'enquête, à provoquer Pyongyang et à fabriquer le prétexte d'une riposte qui aurait justifié la loi martiale.
En première instance, la peine reste susceptible d'appel. Mais à vingt-cinq ans de prison pour un ancien garde des Sceaux, le tribunal de Séoul a posé un jalon : celui d'une démocratie qui choisit de juger, plutôt que d'oublier, l'assaut mené contre elle.











