Dans le football, un carton rouge vaut suspension pour le match suivant : la règle est automatique, elle vaut pour tous, et la Fifa l'avait rappelée avant même le coup d'envoi du Mondial. Elle a pourtant sauté pour un seul joueur, celui de l'équipe des États-Unis, après un coup de fil de Donald Trump au président de l'instance, Gianni Infantino. Rarement l'ingérence d'un chef d'État dans le sport aura été aussi nue.
Les faits, confirmés à l'AFP par deux sources proches du dossier, sont limpides. Folarin Balogun, meilleur buteur de Team USA dans ce tournoi disputé aux États-Unis, est exclu pour une faute lors du seizième de finale. La sanction, un match ferme, l'écarte du huitième contre la Belgique. Quelques heures plus tard, le président américain, qui vante de longue date son amitié avec Gianni Infantino, l'appelle pour demander un réexamen. La commission de discipline de la Fifa commue alors la suspension ferme en sursis : Balogun pourra jouer.
Le président américain a aussitôt salué sur sa plateforme une « grande injustice » réparée, et Team USA, par la voix de son sélectionneur Mauricio Pochettino, a jugé la décision « juste ». Mais l'automaticité de la suspension n'avait été remise en cause pour aucun autre carton rouge de la compétition : c'est bien ce qui nourrit le malaise.
Un précédent que dénonce l'adversaire
Côté belge, la stupéfaction domine. La fédération rappelle que le règlement disciplinaire ne laisse aucune marge — un carton rouge entraîne la suspension pour le match suivant, « comme pour tous les cartons rouges distribués jusqu'à présent » — et dit examiner ses recours. Le sélectionneur des Diables rouges, Rudi Garcia, a ironisé sur une Fifa qui aurait pris un jour de Mondial pour un 1er avril ; son gardien Thibaut Courtois redoute un « précédent dangereux ». Dans l'opposition belge, on résume plus crûment : « Quand l'argent fait la loi, le Mondial perd toute crédibilité. »
Le sport, terrain de jeu du pouvoir
L'épisode n'a rien d'inédit dans l'histoire trouble des grands tournois, mais il est rare qu'une intervention politique soit aussi visible et aussi vite récompensée. Trump, resté discret pendant la compétition — il n'a assisté à aucun match —, doit remettre le trophée au vainqueur de la finale aux côtés d'Infantino. Avant même son appel, son secrétaire d'État Marco Rubio avait publiquement estimé que les États-Unis s'étaient « fait entuber » par ce carton rouge. La frontière entre encourager son équipe et peser sur l'arbitrage institutionnel n'aura tenu que le temps d'un coup de téléphone.
Balogun jouera, et l'on saura vite s'il pèse sur le résultat. Mais la Fifa, elle, aura montré quelque chose de plus durable : que ses règles, présentées comme intangibles, peuvent plier quand c'est la Maison-Blanche qui appelle. C'est ce précédent, plus que le score, qui restera.











