Haïti s'est qualifiée pour la Coupe du monde. Ses supporters, eux, ne pourront pas franchir la frontière américaine pour soutenir leur équipe. Le paradoxe résume la tension de ce Mondial 2026 : une fête planétaire organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, dans une Amérique qui a refermé ses portes à une partie du monde. Visas suspendus, caution à 15 000 dollars, police de l'immigration omniprésente — sur le terrain comme aux frontières, l'édition porte la marque de Donald Trump.
Quatre nations qualifiées, des supporters interdits d'entrée
Le 16 décembre 2025, l'administration Trump a porté à 39 le nombre de pays dont les ressortissants voient leur entrée aux États-Unis suspendue ou restreinte, au nom de la « sécurité nationale ». La liste élargissait une première proclamation de juin 2025, qui visait 19 pays.
Quatre nations qualifiées y figurent : Haïti, l'Iran, la Côte d'Ivoire et le Sénégal. Haïti et l'Iran sont visés par une interdiction totale, la Côte d'Ivoire et le Sénégal par des restrictions partielles. Leurs supporters ne pourront, pour l'essentiel, pas assister aux matchs disputés sur le sol américain, sauf visa délivré avant les dates-butoirs. Joueurs, encadrement et famille proche, eux, obtiennent des visas. Le Sénégal est par ailleurs l'un des adversaires des Bleus dans le groupe I.
Le casse-tête des visas et la caution de 15 000 dollars
Pour les autres, l'entrée reste un parcours d'obstacles. Depuis le 2 avril 2026, le département d'État a étendu son « programme de caution de visa » : les ressortissants d'une cinquantaine de pays doivent verser une caution pouvant atteindre 15 000 dollars avant un séjour temporaire. Cinq nations qualifiées sont concernées.
La FIFA et Washington ont cherché à amortir le choc. Les détenteurs de billets inscrits au dispositif « FIFA Pass » bénéficient de rendez-vous consulaires accélérés, et l'administration a levé la caution pour ces supporters-là. Pour beaucoup d'autres, le voyage dépendra d'un visa obtenu à temps.
ICE : la peur dans les villes hôtes
L'autre inquiétude porte un acronyme : ICE, la police de l'immigration américaine. Selon une organisation de défense des migrants, environ 167 000 personnes ont été arrêtées par ses agents dans ou autour des onze villes hôtes américaines entre janvier 2025 et mars 2026. Des supporters, y compris en règle, redoutent des contrôles aux abords des stades.
Trump et la menace de déplacer des matchs
Donald Trump a, de son côté, agité la possibilité de changer des sites. Il a cité Seattle et San Francisco — six rencontres chacune —, deux villes dont les municipalités critiquent sa politique migratoire : « Si je pense qu'une ville n'est pas sûre, nous la déplacerons. » Le président n'a aucune autorité officielle sur le choix des stades, qui relève de la FIFA, mais il se prévaut d'un lien direct avec le patron de l'instance, Gianni Infantino, qu'il présente comme un « grand ami ».
Un Mondial instrumentalisé, alertent les défenseurs des droits
Pour les organisations de défense des droits humains, l'enjeu dépasse le football. Human Rights Watch met en garde contre le risque de voir l'événement « instrumentalisé par l'administration Trump pour dissimuler, minimiser et faire oublier » des atteintes aux droits. La compétition, vitrine mondiale suivie par des milliards de téléspectateurs, devient un terrain politique à part entière.
Ce qu'il faut surveiller d'ici au coup d'envoi
Le tournoi s'ouvre le 11 juin. Trois inconnues d'ici là : le nombre de supporters effectivement recalés par les consulats, le comportement de l'ICE aux abords des stades, et la capacité de la FIFA à tenir son calendrier face aux sorties du président américain. Côté français, les Bleus entrent en lice le 16 juin face au Sénégal, justement l'une des sélections touchées par les restrictions.











