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À « Trump Heights », les Israéliens gardent foi en Trump malgré l'accord avec l'Iran

Perchée sur le Golan annexé, à quinze kilomètres d'un Liban sous les bombes, la colonie baptisée en l'honneur de Donald Trump lui reste fidèle — même quand son accord avec l'Iran est vu, dans le reste d'Israël, comme une défaite.

Mis à jour le lundi 3 août 2026 — 21h38
3 min
Un café installé dans un préfabriqué de la colonie de Trump Heights, sur le Golan annexé par Israël
Un café installé dans un préfabriqué de la colonie de Trump Heights, sur le Golan annexé par Israël.© AFP / Jalaa Marey

Dans les rues de « Trump Heights », les préfabriqués loués au gouvernement, en attendant des maisons en dur, sont pavoisés de drapeaux israéliens et américains. « Quand quelqu'un fait quelque chose de bien pour vous, vous n'allez pas le détester quand il fait quelque chose avec lequel vous êtes un peu moins d'accord », résume Dalia Ben Shabbat, 38 ans, mère de quatre enfants et étudiante en architecture.

Le panneau d'entrée de la colonie de Trump Heights, sur le plateau du Golan, orné des drapeaux israélien et américain
Le panneau d'entrée de la colonie de « Trump Heights », sur le Golan annexé, orné des drapeaux israélien et américain, le 19 juin 2026.© AFP / Jalaa Marey

Cette colonie du plateau du Golan, établie en 2019, porte le nom du président américain qui, la même année, a reconnu l'annexion par Israël des deux tiers de ce plateau stratégique, aux confins du Liban et de la Syrie — faisant des États-Unis le premier et, à ce jour, le seul pays à le faire. Ici, la gratitude envers Donald Trump ne se discute pas : « nous sommes très reconnaissants pour ce qu'il a fait pour Israël jusqu'à présent », ajoute-t-elle.

Un accord vécu comme une défaite

Le paradoxe est entier. L'accord conclu entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, Liban compris, est largement perçu en Israël comme contraire à ses intérêts de sécurité, et comme l'échec stratégique du Premier ministre Benjamin Netanyahu. À Trump Heights, on préfère accorder au président « le bénéfice du doute ». Shlomo Schlechter, étudiant en droit de 32 ans, est convaincu que l'accord ne tiendra pas et qu'Israël ne se retirera pas du Liban ; il espère qu'après les soixante jours de négociations prévus, Trump « restera ferme » et reviendra « s'occuper » des Iraniens « d'une main de fer ».

Tous ne sont pas si mesurés. Pour un habitant quinquagénaire, en fauteuil roulant, l'accord « est l'équivalent de la France de Vichy concluant un accord avec l'Allemagne nazie ». Une colère que le vice-président américain JD Vance a tenté de désamorcer : Donald Trump est « le seul chef d'État dans le monde entier qui est compréhensif envers Israël », a-t-il lancé le 18 juin 2026, reprochant aux Israéliens de s'en prendre au « seul allié puissant » qui leur reste.

La guerre, à quinze kilomètres

Le débat n'a rien d'abstrait : Trump Heights surplombe la frontière, à une quinzaine de kilomètres du Liban. Le vendredi 19 juin, on entendait l'armée israélienne pilonner le pays voisin après la mort de quatre soldats israéliens — des frappes qui ont fait au moins 47 morts côté libanais, selon le ministère de la Santé du pays. Entraîné dans le conflit le 2 mars 2026 par le Hezbollah pro-iranien, qui avait tiré des roquettes en soutien à Téhéran, le Liban a depuis enregistré plus de 3 900 morts selon ses autorités, et voit une partie de son sud occupée par l'armée israélienne.

Pour les habitants du nord d'Israël, la fin de la guerre n'effacera pas tout. « S'il y a un cessez-le-feu avec l'Iran, les habitants du centre et du sud d'Israël ne recevront plus de missiles iraniens, mais ici, dans le nord, nous aurons toujours les roquettes du Hezbollah », soupire un adolescent qui n'a plus mis les pieds à l'école depuis deux mois. Quelques heures après ces mots, un responsable américain et un diplomate du Golfe annonçaient un nouveau cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah — un de plus, dont nul ne sait s'il sera mieux respecté que les précédents.

L'essentiel

  • Établie en 2019 sur le plateau du Golan annexé, la colonie de « Trump Heights » porte le nom du président américain qui a reconnu cette annexion ; ses habitants lui restent fidèles, drapeaux israéliens et américains côte à côte.
  • L'accord conclu par Donald Trump avec l'Iran, qui met fin à la guerre, est pourtant majoritairement perçu en Israël comme une défaite stratégique de Netanyahu - un habitant le compare même à « la France de Vichy ».
  • La colonie surplombe la frontière libanaise, à quinze kilomètres de frappes qui ont fait au moins 47 morts côté libanais ; un nouveau cessez-le-feu Israël-Hezbollah a été annoncé, dont la solidité reste incertaine.

Par Antoine Lefebvre · Journaliste international

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