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Mort de Lindsey Graham :
le faucon qui a rallié Trump et défendu l'Ukraine

À 71 ans, le sénateur de Caroline du Sud laisse un vide au Sénat et prive Kiev, Israël et les partisans d'une ligne dure face à l'Iran de leur relais le plus zélé à Washington. Retour sur la trajectoire d'un faucon qui avait fini par épouser le trumpisme.

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Le sénateur américain Lindsey Graham lors d'une audition au Sénat à Washington
Le sénateur républicain Lindsey Graham lors d'une audition au Sénat, à Washington.© AFP / Jim Watson

Il rentrait d'Ukraine, sa dixième visite depuis le début de l'invasion russe. Lindsey Graham, sénateur républicain de Caroline du Sud et l'une des voix les plus interventionnistes de Washington, est mort subitement samedi 11 juillet 2026, à 71 ans, « des suites d'une maladie brève et soudaine », selon son bureau. Les secours étaient intervenus à son domicile après un appel pour arrêt cardiaque, alors qu'il était attendu le lendemain matin sur un plateau de télévision. Avec lui disparaît l'un des piliers du soutien américain à Kiev et à Israël — et l'un des artisans les plus zélés du ralliement du camp conservateur à Donald Trump.

Du procureur en uniforme au faucon du Sénat

Élu à la Chambre des représentants en 1994, entré au Sénat en 2002 et continuellement réélu depuis, Lindsey Graham devait beaucoup à une première vie d'avocat militaire, achevée avec le grade de colonel. C'est de là qu'il tenait sa conviction la plus constante : la puissance américaine doit s'employer, y compris par les armes. Il avait défendu la guerre en Irak, puis, ces dernières années, pressé les administrations Biden comme Trump de soutenir Kiev face à Moscou. Proche de feu John McCain, il incarnait l'aile interventionniste d'un Parti républicain dont ce courant n'est plus le centre de gravité.

Du « xénophobe » au fidèle

Sa trajectoire face à Donald Trump résume à elle seule la mue du parti. En 2016, candidat malheureux à la primaire, il qualifiait le futur président d'individu « xénophobe, sectaire sur le plan religieux et attisant les tensions raciales ». Il resta critique après l'assaut du Capitole du 6 janvier 2021. Puis il vota contre la condamnation de Trump lors de son procès en destitution, et se rallia jusqu'à devenir l'un de ses soutiens les plus fidèles — à l'image d'un Parti républicain désormais étroitement contrôlé par le milliardaire. Le président a salué « l'une des personnes et des sénateurs les plus grands » qu'il ait connus, racontant l'avoir eu au téléphone la veille au soir, à son retour d'Ukraine : « Il avait l'air un peu fatigué », a-t-il confié, avant d'ajouter : « C'était peut-être son dernier coup de fil. »

Ukraine, Israël, Iran : les causes d'une vie

Sur la scène internationale, Graham fut un allié sans détour. En Ukraine, où il s'était rendu dix fois depuis 2022, il avait rencontré Volodymyr Zelensky le vendredi précédant sa mort. « Il était aux côtés de notre peuple lorsque c'était le plus nécessaire », a réagi le président ukrainien. Défenseur d'un soutien massif à Israël et adversaire de longue date de la République islamique, il avait salué comme une victoire l'offensive israélo-américaine contre l'Iran de la fin février. Il avait jugé Barack Obama « faible adversaire du mal » pour avoir négocié l'accord nucléaire iranien de 2015. Benjamin Netanyahou, qui le connaissait de longue date, a rendu hommage à « l'un des grands champions de l'alliance » entre Israël et les États-Unis : « J'ai perdu un très cher ami. »

Un vide au Sénat, à quatre mois d'un scrutin

Sa disparition fragilise, au moins temporairement, l'étroite majorité républicaine du Sénat — 53 sièges contre 47 —, déjà entamée par les inquiétudes autour de l'hospitalisation d'un autre poids lourd, Mitch McConnell. Avec une marge aussi mince, chaque absence pèse. Il revient au gouverneur républicain de Caroline du Sud de nommer un remplaçant pour quelques mois ; Graham se représentait en novembre, et son camp doit désormais lui trouver un successeur sur la ligne de départ. Longtemps président de la commission du budget, opposé à l'avortement, il laisse un siège et une stature que peu, dans la nouvelle génération républicaine, revendiquent encore.

La fin d'une génération

Les hommages venus des deux camps disent ce qu'il représentait. Joe Biden s'est dit « choqué » ; George W. Bush a salué un homme « qui comprenait […] que l'engagement américain à l'étranger consiste à résister à la tyrannie » ; Ursula von der Leyen a rappelé son appui « jusqu'au bout » à l'Ukraine, promettant qu'il laisserait « un grand vide ». Ce vide est aussi celui d'une certaine idée de l'Amérique dans le monde — celle des faucons qui, de l'Irak à Kiev, tenaient l'interventionnisme pour une évidence morale, à l'heure où la Maison-Blanche qu'il servait cultive un tout autre logiciel. Lindsey Graham s'est éteint en rentrant du front qu'il avait le plus défendu.

L'essentiel

  • Lindsey Graham, sénateur républicain de Caroline du Sud, est mort subitement à 71 ans d'une « maladie brève et soudaine », au retour de sa dixième visite en Ukraine.
  • Faucon interventionniste — Irak, Ukraine, Israël, ligne dure face à l'Iran —, il était devenu, après l'avoir vilipendé en 2016, l'un des soutiens les plus fidèles de Donald Trump.
  • Sa disparition fragilise l'étroite majorité républicaine au Sénat (53 sièges contre 47), à quelques mois d'un scrutin où il se représentait.

Antoine Lefebvre

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