Le mercredi 21 octobre 2026, Robert Ménard a réuni à déjeuner Bruno Retailleau et David Lisnard. Le lendemain, le maire de Béziers racontait la rencontre à la radio : les deux hommes « ont dit qu'il n'y aurait jamais les deux face aux Français pour le 1er tour de la Présidentielle », selon ses mots. Il ajoutait que les modalités de cette entente restaient à ses yeux mystérieuses, et que « tous deux sont en désaccord sur un certain nombre de modalités pour une primaire ».
Geoffroy Didier, porte-parole de Bruno Retailleau, a confirmé ce même jeudi matin que les deux hommes jugeaient nécessaire de rechercher une solution pour éviter la dispersion des candidatures. Au 25 octobre, ni le président des Républicains ni le maire de Cannes n'avaient confirmé eux-mêmes publiquement le propos que leur prête Robert Ménard.
La primaire, vue par chacun
David Lisnard, maire de Cannes et président du parti Nouvelle Énergie, a quitté Les Républicains et se présente en dehors du parti. Le 20 octobre, interrogé à la radio sur ce qu'il ferait sans primaire, il répondait : « Je continue mon chemin », d'après le compte rendu publié par son mouvement. Le 22, au lendemain du déjeuner, il redisait à la radio proposer « cette compétition qui évite la compromission des notables et qui évite la division qui fait perdre », selon le même compte rendu ; il rappelle qu'il réclame une primaire ouverte de la droite et du centre depuis deux ans.
Bruno Retailleau, président des Républicains, est le candidat de son parti. Le 28 août, il déclarait : « Je n'ai jamais dit non par principe à la primaire, jamais », et « S'il y a une primaire je l'affronterai », tout en disant ne pas « y croire » au vu des désaccords sur son périmètre. Le 25 octobre, aucune déclaration publique de sa part ne proposait encore d'en organiser une.
Michel Barnier, député de Paris et ancien Premier ministre, soutient Retailleau. Le 22 octobre, il a évoqué une échéance : « Ces candidats devront se rassembler, à droite et au centre, je l'espère en janvier, peut-être à travers une primaire », a-t-il déclaré. De Lisnard, il jugeait que « ses idées ne sont pas très loin de celles de Bruno Retailleau ».
Lisnard devant chez un institut, à égalité chez l'autre
Plusieurs sondages ont été publiés en octobre ; deux d'entre eux, dont les notices sont déposées à la Commission des sondages, testent des hypothèses avec et sans David Lisnard, et l'un des deux aussi sans Bruno Retailleau. Chez Cluster17 pour Le Point (1 187 inscrits interrogés les 14 et 15 octobre ; pour les intentions de vote, calculées sur environ 850 électeurs, marge d'erreur d'environ 1,5 point pour un score de 5 %, de 2 points pour un score de 10 % et de 2,7 points pour un score de 20 %), quand Édouard Philippe, Lisnard et Retailleau sont tous candidats, les deux hommes de droite obtiennent 7 % chacun, loin derrière Marine Le Pen à 31 % et Philippe à 17 %. Quand Retailleau est le seul candidat de la droite et du centre, sans Philippe, Attal ni Lisnard, Nicolas Dupont-Aignan, Le Pen et Éric Zemmour restant en lice, il monte à 17,5 % ; Lisnard, dans la même situation, à 17 %. Interrogés sur la personnalité « la mieux placée pour représenter la droite », les mêmes sondés citent Le Pen (26 %) et Philippe (23 %) avant Retailleau et Lisnard, 7 % chacun.
Chez Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL (2 094 inscrits, du 19 au 21 octobre), Lisnard devance Retailleau dans les deux scénarios où ils figurent ensemble : 7 % contre 4 % avec Philippe et Dominique de Villepin, 8 % contre 5 % avec Gabriel Attal et Dominique de Villepin, sur un peu moins de 1 400 personnes certaines d'aller voter. La marge d'erreur indiquée sur les pages de résultats va de 1,4 à 2,9 points selon le score ; pour des scores de cet ordre, elle est d'un peu plus d'un point : les fourchettes des deux hommes ne se recoupent pas, mais de peu. Dans une hypothèse sans Lisnard, avec Philippe pour seul candidat du centre, Retailleau obtient 7 %. Ces enquêtes testent un premier tour de présidentielle ; elles ne mesurent pas ce que donnerait un vote interne.
Au centre, le mot « primaire » divise
Hervé Morin, président des Centristes, voulait dès le 21 janvier une primaire « de Gérald Darmanin à Sarah Knafo » : « Il faut une primaire. C'est indispensable », disait-il à la radio. Hervé Marseille, président de l'UDI et chef des centristes au Sénat, jugeait le 25 mars : « Moi, je ne crois absolument pas à ces histoires de primaires », trop longues à organiser « pendant que d'autres font déjà campagne ».
Édouard Philippe, candidat d'Horizons, l'a écartée à la foire de Châlons, à la fin de l'été : « Une primaire, ça sert à quoi ? » ; le 7 septembre, il prévenait que « si nous continuons à nous diviser, nous ne gagnerons pas la présidentielle ». Retailleau refusait alors de participer à « une réunion pour les macronistes, entre macronistes » : « Cette élection, elle ne se gagnera pas au centre. » Une entente entre Retailleau et Lisnard ne réglerait pas la question du centre, où Édouard Philippe et Gabriel Attal sont candidats déclarés.
Une primaire sans organisateur ni date
Une primaire fermée est réservée aux adhérents des partis qui l'organisent ; ouverte, elle accueille tout électeur qui s'y engage. Pour désigner son candidat de 2022, Les Républicains avaient choisi la première formule : un vote de leurs seuls adhérents, début décembre 2021, remporté par Valérie Pécresse. Pour 2017, la droite et le centre avaient tenu une primaire ouverte à deux tours, en novembre 2016, remportée par François Fillon. Au premier tour de la présidentielle, Fillon a obtenu 20,01 % des suffrages exprimés en avril 2017, Pécresse 4,78 % le 10 avril 2022, d'après les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel en 2017 et en 2022 ; aucun des deux n'a atteint le second tour.
Au 25 octobre, ni l'organisateur, ni les partis et candidats participants, ni le corps électoral, ni le nombre de tours, ni la date d'une éventuelle primaire ne sont fixés. Le gouvernement a annoncé le premier tour de l'élection pour le dimanche 18 avril 2027, et chaque candidat devra réunir cinq cents parrainages d'élus dans les semaines qui précèdent, investiture ou non. Le « janvier » espéré par Michel Barnier laisserait au candidat retenu trois mois environ avant le premier tour. À gauche, une primaire sociale-démocrate a désigné Raphaël Glucksmann le 11 octobre ; les sondages d'octobre testent toujours d'autres candidats de gauche à ses côtés.
Robert Ménard, à l'origine de la rencontre, dit l'avoir organisée parce qu'« il y a danger et que c'est suicidaire ». À ses deux invités, il assure avoir lancé : « Vous faites comme vous voulez ! »











