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Accord Iran–États-Unis :
ce que contenait le texte de paix

L'Iran et les États-Unis ont signé un accord censé arrêter la guerre et rouvrir le détroit d'Ormuz. Voici ce que contenait le texte — et pourquoi, moins d'un mois plus tard, il avait volé en éclats.

Mis à jour le lundi 13 juillet 2026 — 13h35
7 min
Donald Trump signe l'accord de paix avec l'Iran au château de Versailles
Donald Trump signe l'accord avec l'Iran, au château de Versailles, le 17 juin 2026.© @EmmanuelMacron / X / AFP

À la mi-juin 2026, après près de quatre mois de guerre, l'Iran et les États-Unis ont signé un accord censé mettre fin « immédiatement » aux combats au Moyen-Orient, sur tous les fronts, Liban compris. Les deux présidents l'ont paraphé à distance : Donald Trump, en visite en France, au château de Versailles où il dînait avec le couple présidentiel ; le président iranien Massoud Pezeshkian de son côté. Le texte promettait la réouverture du détroit d'Ormuz et une reprise des exportations pétrolières iraniennes. Moins d'un mois plus tard, il avait volé en éclats. Voici ce que contenait le texte — et ce qu'il en est advenu.

Ce que prévoyait l'accord

Le protocole, lu à des journalistes par un haut responsable américain et publié par l'agence gouvernementale iranienne Irna, acte « la fin immédiate et définitive » des opérations militaires sur les différents fronts, Liban compris. Dès la signature, Washington a suspendu ses sanctions sur la vente de pétrole iranien ; il s'engage à les lever toutes en cas d'accord définitif, au terme d'une période de négociations de soixante jours. Ces deux mois doivent permettre de régler quatre dossiers : la levée des sanctions, le nucléaire, la reconstruction du pays et un mécanisme de suivi. Sur le nucléaire, les deux camps doivent s'entendre sur le traitement des stocks d'uranium iraniens « en recourant, au minimum, à une méthode de dilution sur place sous la supervision de l'AIEA », l'Agence internationale de l'énergie atomique — ce qu'un responsable américain présente comme une « victoire majeure » pour Washington. En cas d'accord final, les États-Unis promettent de faciliter, avec leurs « partenaires régionaux » du Golfe, le déblocage d'un fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction de l'Iran, sans y participer eux-mêmes. C'est le médiateur clé du conflit, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, qui avait annoncé l'accord, salué comme une « étape cruciale » par le secrétaire général de l'ONU. S'il tient, il referme la guerre entre l'Iran et les États-Unis déclenchée le 28 février.

Téhéran avance ses propres conditions. Sa diplomatie réclame des réparations de guerre et veut que l'accord final soit entériné par une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, soixante jours après la signature, disant « tirer les enseignements du passé » — allusion au retrait américain de l'accord de 2015. Côté iranien, le ton reste martial : « Cet accord acte l'échec des États-Unis » face à l'Iran, a tranché le chef de l'équipe de négociation, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf. Le guide suprême Mojtaba Khamenei — qui a succédé en mars à son père Ali Khamenei, tué dans les bombardements — a fait savoir jeudi qu'il approuvait le texte « malgré des réserves ».

À la signature : Ormuz rouvre, le pétrole reflue

La signature signifie que le détroit d'Ormuz sera rouvert « instantanément » et que le blocus américain des ports iraniens prend fin « immédiatement », a affirmé Shehbaz Sharif, dont la médiation a été décisive. L'effet sur les marchés s'est prolongé : jeudi matin, le baril de Brent, référence mondiale, perdait encore 2,4 % à 77,64 dollars, et le WTI américain 2,8 % à 74,63 dollars, au plus bas depuis mars. Le détroit, par lequel transite près d'un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures, était verrouillé depuis le début de la guerre. La levée du blocus s'était confirmée dès la veille : selon le site de suivi maritime TankerTrackers, trois pétroliers de la compagnie nationale iranienne NITC, chargés de 4,8 millions de barils, avaient franchi le périmètre — les premières exportations de brut iranien depuis deux mois. Le Wall Street Journal rapporte que Washington autoriserait Téhéran à vendre immédiatement son pétrole et lèverait des sanctions visant la banque et les transports.

Un désaccord persiste sur les modalités. Trump a parlé d'une réouverture « sans droits de passage », le vice-président JD Vance d'un détroit rouvert « sans péage » ; l'Iran, lui, entend facturer le transit — non des « péages », a nuancé le porte-parole de sa diplomatie Esmaïl Baghaï, mais des « frais » de navigation, d'assurance et d'environnement. Selon l'agence iranienne Fars, cette clause, affirmant la « souveraineté irano-omanaise » sur le détroit, aurait été ajoutée au texte au dernier moment. Le point est renvoyé aux discussions techniques.

Deux récits de victoire, un front libanais qui couve

Chacun revendique le dénouement. « Ce grand accord apportera la paix et la sécurité à toute la région », écrit Donald Trump, quand l'Iran assure avoir « remporté de grandes victoires » et « humilié » ses ennemis ; à Islamabad, des panneaux célébraient l'accord dans les rues. Réunis en France pour leur sommet, les pays du G7 y voient « une opportunité historique d'empêcher l'Iran d'acquérir toute arme nucléaire » ; le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne et l'Italie se disent prêts à lever des sanctions contre des gestes nucléaires « clairs et vérifiables » de Téhéran. La cérémonie qui devait lancer ces discussions techniques vendredi en Suisse, au Bürgenstock, a toutefois été reportée sine die : Washington a annulé le déplacement de JD Vance, et avec lui celui du médiateur pakistanais Shehbaz Sharif. Berne se dit « disposée à faciliter » des pourparlers sans nouvelle date ; Vance assure que la période de soixante jours a, elle, commencé jeudi. Derrière la rhétorique, Téhéran affiche sa défiance : l'accord « n'est qu'une étape », tempère Baghaï, qui dit ne faire « confiance ni à Israël ni aux États-Unis ».

Le texte n'éteint pas le front libanais. Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, salue « une grande victoire » et remercie Téhéran d'avoir exigé d'y inclure le Liban ; dans un message télévisé, il appelle à « tirer profit » de l'accord pour « expulser Israël » du pays et somme le gouvernement libanais d'interrompre les négociations directes engagées depuis avril avec l'État hébreu sous l'égide de Washington. Le président libanais Joseph Aoun avait pourtant assuré que ce processus restait « indépendant » de l'accord irano-américain. L'accord est intervenu au lendemain d'une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth, qui avait fait trois morts et failli faire dérailler les pourparlers. Pour Ali Vaez, de l'International Crisis Group, le texte — « très général » et long d'« une page et demie » selon JD Vance — n'a rien d'« une avancée majeure » : il ne règle pas le différend nucléaire, mais « offre un répit permettant à la diplomatie de se remettre de la violence qui a failli l'ensevelir ».

Car la « fin immédiate » des hostilités tarde à se vérifier sur le terrain. Depuis l'entrée du Hezbollah dans la guerre, le 2 mars, les bombardements israéliens ont fait près de 4 000 morts au Liban selon les autorités locales ; côté israélien, trente-cinq soldats et un contractuel civil y ont péri. Depuis l'annonce de l'accord, lundi, l'armée israélienne a poursuivi ses frappes contre le Hezbollah : la nuit du 18 au 19 juin a été la plus meurtrière, avec 47 morts au Liban et quatre soldats israéliens tués, avant qu'un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, négocié par les médiateurs américains et qataris, ne soit annoncé puis aussitôt mis à l'épreuve par de nouvelles frappes. « Le combat n'est pas terminé », a prévenu Benjamin Netanyahu, qui assure que ses troupes resteront au Liban « tant que les besoins sécuritaires l'exigeront », quand le protocole promet la fin des hostilités « sur tous les fronts, y compris au Liban ».

Un accord qui a volé en éclats

L'accalmie n'a pas duré. Dès la fin juin, de nouvelles frappes américaines et la riposte iranienne rouvraient la crise dans le détroit ; puis, début juillet, le conflit a repris de plein fouet. Le 7 juillet, deux pétroliers — un méthanier qatari et un supertanker saoudien — ont été touchés dans le passage, et les États-Unis ont rétabli leurs sanctions sur le brut iranien. Le 12 juillet, après de nouvelles frappes américaines — jusqu'à 140 cibles en une journée — et une attaque iranienne contre un cargo, les Gardiens de la révolution ont de nouveau déclaré Ormuz fermé. Le trafic est retombé à quelques navires par jour et le Brent, un temps repassé sous les 80 dollars, est remonté au-dessus de 78. Des soixante jours de négociations censés sceller une paix définitive, il ne restait déjà plus grand-chose.

L'essentiel

  • À la mi-juin 2026, Donald Trump (depuis Versailles) et le président iranien Massoud Pezeshkian ont signé à distance un protocole censé mettre fin « immédiatement » à la guerre au Moyen-Orient, Liban compris, sous médiation pakistanaise.
  • Le texte prévoyait la réouverture d'Ormuz et la levée du blocus, avec suspension des sanctions américaines sur le pétrole iranien ; le détroit a brièvement rouvert avant d'être de nouveau fermé le 12 juillet, l'accord ayant volé en éclats.
  • Des négociations de soixante jours doivent fixer un accord définitif (sanctions, dilution de l'uranium sous l'AIEA, fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars) ; chaque camp, jusqu'au Hezbollah, revendique la victoire.

Questions fréquentes

Qui a signé l'accord entre l'Iran et les États-Unis, et où ?
À la mi-juin 2026, Donald Trump l'a paraphé au château de Versailles, où il était en visite en France, et le président iranien Massoud Pezeshkian de son côté : une signature à distance. La médiation avait été menée par le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, avec l'appui du Qatar.
Que prévoyait l'accord ?
La fin « immédiate et définitive » des opérations militaires sur tous les fronts, Liban compris, et la réouverture du détroit d'Ormuz. Il ouvrait 60 jours de négociations sur quatre dossiers — levée des sanctions, nucléaire, reconstruction et mécanisme de suivi — avec, à la clé, un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars et le traitement du stock d'uranium iranien par dilution sur place sous supervision de l'AIEA.
Le détroit d'Ormuz a-t-il rouvert ?
Brièvement. La signature a levé le blocus naval américain et permis les premières exportations de brut iranien depuis deux mois. Mais la réouverture n'a pas tenu : après la reprise des combats début juillet, les Gardiens de la révolution ont de nouveau déclaré le détroit fermé le 12 juillet.
Pourquoi l'accord a-t-il échoué ?
La trêve n'a jamais vraiment tenu sur le terrain, notamment au Liban. Fin juin, de nouvelles frappes rouvraient la crise ; début juillet, le conflit a repris de plein fouet : pétroliers attaqués dans le détroit, nouvelles frappes américaines, sanctions rétablies sur le brut iranien et fermeture d'Ormuz le 12 juillet. Les 60 jours de négociations censés sceller une paix définitive n'ont pas abouti.
Que devenait le nucléaire iranien dans l'accord ?
Le texte renvoyait le dossier aux 60 jours de négociations, en prévoyant a minima une dilution sur place du stock d'uranium enrichi à 60 % sous la supervision de l'AIEA — présentée comme une « victoire majeure » par Washington. Faute d'accord définitif, ce volet est resté lettre morte.

Antoine Lefebvre

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