Aller au contenu principal

Iran–États-Unis :
des pourparlers de paix sous tension en Suisse

Dans un hôtel de luxe des Alpes suisses, l'Iran et les États-Unis ouvrent des pourparlers de paix sur le nucléaire iranien. Mais le protocole signé quelques jours plus tôt est déjà « en danger » : les combats continuent au Liban et Téhéran a refermé le détroit d'Ormuz.

4 min
La police suisse sécurise l'accès au complexe hôtelier de luxe du Bürgenstock, avant les pourparlers de paix entre l'Iran et les États-Unis
La police suisse sécurise l'accès au complexe hôtelier de luxe du Bürgenstock, où se tiennent les pourparlers de paix entre l'Iran et les États-Unis.© AFP / Fabrice Coffrini

C'est dans un hôtel de luxe perché sur le Bürgenstock, une montagne qui surplombe le lac de Lucerne, que l'Iran et les États-Unis doivent chercher une issue durable à la guerre au Moyen-Orient. Les deux délégations ouvrent leurs pourparlers quatre jours après la signature d'un protocole d'accord censé mettre fin aux hostilités — un texte déjà malmené avant même la première poignée de main.

Deux dossiers sur une même table

Les discussions, prévues pour une durée renouvelable de soixante jours, portent d'abord sur le programme nucléaire iranien, l'un des nœuds du conflit ouvert le 28 février. « J'espère qu'on va faire des progrès sur la question nucléaire et sur la question du cessez-le-feu au Liban », a résumé le vice-président américain JD Vance avant de s'envoler pour la Suisse, prévenant qu'il ne resterait « qu'un jour ou deux ».

Les deux camps avancent en ordre serré. Côté iranien, la délégation arrivée à Zurich réunit le négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf, également président du Parlement, le chef de la diplomatie Abbas Araghchi et le gouverneur de la banque centrale Abdolnaser Hemmati. En face, JD Vance retrouve l'émissaire Steve Witkoff et Jared Kushner, gendre de Donald Trump ; le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont la médiation avait permis de conclure l'accord, a lui aussi fait route vers la Suisse. Des échanges « préparatoires » entre diplomates ont eu lieu la veille, et Téhéran a confirmé la tenue de discussions « techniques ».

Un accord déjà « en danger »

L'atmosphère reste pourtant lourde. Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a prévenu que le protocole serait « en danger » si ses clauses n'étaient pas appliquées rapidement — une allusion directe au Liban, où les affrontements se poursuivent entre l'armée israélienne et le Hezbollah, en dépit d'une clause prévoyant la fin des hostilités sur tous les fronts. Des frappes israéliennes ont encore fait plusieurs dizaines de morts samedi dans l'est et le sud du pays, avant une accalmie en fin de journée ; un soldat israélien a été tué. Depuis le début de la guerre, les opérations israéliennes au Liban ont fait 4 057 morts, selon le ministère libanais de la Santé.

Le vice-président américain a balayé les inquiétudes, assurant que la situation « s'améliore ». Il a décrit la mécanique d'un cessez-le-feu impossible à amorcer : « Vous allez avoir quelqu'un qui va commencer à tirer, ensuite quelqu'un va répondre… Il faut réussir à arrêter les tirs suffisamment longtemps pour que le cessez-le-feu tienne. »

Ormuz, le levier de Téhéran

L'autre point de friction se joue en mer. En représailles aux combats du Liban, le commandement central iranien a annoncé que le détroit d'Ormuz serait de nouveau « fermé au trafic maritime », qualifiant la décision de « première mesure » contre « la violation des engagements par l'ennemi ». La réouverture de ce passage, par lequel transitait environ 20 % des hydrocarbures mondiaux, figurait pourtant parmi les points clés du protocole : l'Iran l'avait verrouillé au début de la guerre, provoquant un emballement des cours du pétrole.

Pour l'heure, la fermeture tient davantage de la menace que du fait : le commandement américain pour la région (Centcom) a fait état de cinquante-cinq navires marchands passés « en sécurité » samedi, tout en se disant « vigilant ». L'Iran évoque désormais des « frais » de transit, quand Donald Trump brandit de son côté la possibilité d'un péage en cas d'échec des négociations.

À des milliers de kilomètres des salons feutrés du Bürgenstock, l'attente n'a rien d'abstrait. Dans le village de Tayr Debba, au sud du Liban, Fadi Zayat résume ce que pèsent ces tractations pour ceux qui les subissent : « La peur domine chez tout le monde. »

L'essentiel

  • L'Iran et les États-Unis ouvrent au Bürgenstock, en Suisse, des pourparlers de paix d'une durée renouvelable de soixante jours, centrés sur le programme nucléaire iranien et le cessez-le-feu au Liban.
  • Le protocole signé quatre jours plus tôt est déjà « en danger » : les frappes israéliennes ont encore fait plusieurs dizaines de morts au Liban, où le conflit a fait 4 057 victimes au total, et un soldat israélien a été tué.
  • En représailles, Téhéran a de nouveau fermé le détroit d'Ormuz, par lequel transitait environ 20 % des hydrocarbures mondiaux ; le Centcom y a vu passer 55 navires en sécurité, et des péages sont brandis des deux côtés.

Thomas Renaud

Partagez cet article

Plus d'actualités Monde

Voir tout

La synthèse de la semaine

Chaque vendredi : l'essentiel des 7 derniers jours et les signaux à suivre pour les 7 prochains.

Gratuit · 1 email/semaine · Désabonnement en un clic