Une vingtaine de victimes présumées manifestées au parquet de Paris
Interrogée par RTL le dimanche 17 mai 2026, la procureure de la République de Paris Laure Beccuau a annoncé qu'« une dizaine » de nouvelles victimes présumées de Jeffrey Epstein s'étaient manifestées auprès du parquet de Paris. Au total, une vingtaine de victimes ont contacté les magistrats français depuis l'appel à témoignages lancé en février 2026. Une dizaine n'étaient pas encore connues du parquet ; les autres étaient déjà identifiées comme victimes de Jean-Luc Brunel, agent de mannequins mis en examen pour viol sur mineurs et suicidé en détention en 2022, ou de Gérald Marie, ex-dirigeant de l'agence de mannequins Elite.
« Nous entendons ces victimes, un certain nombre d'entre elles sont à l'étranger », a précisé la procureure. Aucune des personnes susceptibles d'être mises en cause n'a, à ce stade, été entendue par la justice française.
Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour traite des êtres humains
Le parquet de Paris a ouvert une large enquête pour « traite des êtres humains » après la publication par le gouvernement américain de milliers de fichiers liés à Jeffrey Epstein. L'objectif annoncé : identifier en France les personnes qui auraient pu faciliter les crimes du financier — rabatteurs présumés, intermédiaires, complices logistiques.
Cette enquête principale n'éteint pas, en parallèle, les investigations sur d'éventuels actes de violences sexuelles directement commis par ces personnes en France. La procureure Beccuau a confirmé que les analyses portent désormais sur « l'ordinateur de M. Epstein, sa téléphonie, ses carnets d'adresses » et qu'« aussi des demandes d'entraide internationale » sont en cours. Les auditions des mis en cause n'interviendront, selon elle, qu'une fois la cartographie des relations consolidée : « C'est quand on aura complété notre connaissance des relations d'Epstein avec les autres protagonistes de son réseau en France que nous entendrons les mis en cause. »
L'Epstein Files Transparency Act et la publication des documents américains
Le déclencheur de la séquence française est américain. L'Epstein Files Transparency Act, voté à une quasi-unanimité par le Congrès le 18 novembre 2025 et signé par Donald Trump le 19 novembre 2025, oblige le ministère américain de la Justice à rendre publics, en format consultable et téléchargeable, l'ensemble des documents liés à l'instruction Epstein. La loi a fixé une échéance de trente jours.
La première grande publication intervient le 19 décembre 2025, conformément à cette échéance : le département américain de la Justice met en ligne 3,5 millions de pages de documents. Une seconde vague suit le 30 janvier 2026, avec 3 millions de pages supplémentaires, ainsi que plus de 2 000 vidéos et 180 000 images issus de l'instruction Epstein. Échanges, carnets d'adresses, photographies, virements bancaires, notes manuscrites : la masse documentaire couvre plusieurs décennies.
Les noms français apparaissant dans ces documents ne sont pas tous des mis en cause sur le plan pénal — beaucoup figurent à titre de correspondants, de contacts ou de relations professionnelles. La procureure de Paris a indiqué que les magistrats français recoupent ces fichiers avec les noms cités par les victimes qui se manifestent, pour éviter les amalgames.
Jack Lang visé par une enquête du PNF pour blanchiment de fraude fiscale aggravée
L'ancien ministre de la Culture Jack Lang apparaît dans les fichiers Epstein. Selon Mediapart, qui a exploité les documents déclassifiés américains, son nom figure dans 685 occurrences — courriels, photographies, contacts. Un document de 52 pages mentionne une société offshore domiciliée à Saint-Kitts-and-Nevis, dont Jack Lang et sa fille Caroline apparaissent comme bénéficiaires. Le document évoque également des virements totalisant 1,4 million de dollars en faveur d'Étienne Binant.
Le 7 février 2026, le parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant Jack Lang et sa fille. Cette enquête porte sur le volet financier de la séquence, distinct de l'enquête « traite des êtres humains » du parquet de Paris. À ce stade, aucune mise en cause pour violences sexuelles ne vise personnellement Jack Lang.
L'intéressé conteste les allégations financières. Il affirme n'avoir « jamais reçu un centime » de Jeffrey Epstein, tout en disant « assumer » les liens passés tissés avec lui « à une époque où rien ne laissait penser qu'Epstein puisse être au cœur d'un réseau criminel ».
Caroline Lang démissionne du Syndicat de la production indépendante
Nommée déléguée générale du Syndicat de la production indépendante (SPI) au début du mois de janvier 2026, Caroline Lang a annoncé sa démission le 2 février 2026, trois jours après la nouvelle publication de documents par le DOJ américain le 30 janvier. Sa démission est intervenue après les premières révélations de Mediapart sur ses liens documentés avec Jeffrey Epstein, à travers la société offshore co-créée en 2016.
Caroline Lang qualifie cette structure de « fonds parfaitement légal », destiné à promouvoir l'acquisition d'œuvres d'art de jeunes artistes. Elle affirme n'avoir reçu aucune rémunération ni avantage personnel et avoir « immédiatement démissionné » des fonctions liées à cette structure dès la révélation des crimes d'Epstein.
Fabrice Aidan, le diplomate français cité 211 fois
Le diplomate français Fabrice Aidan apparaît plus de 200 fois dans les échanges avec Jeffrey Epstein publiés dans les fichiers américains, les premiers échanges datant de 2010, époque où il travaillait à l'Organisation des Nations unies, en détachement de la France. Il avait déjà fait l'objet en 2013 d'une enquête du FBI pour consultation de contenus pédopornographiques.
Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a transmis les faits à la justice française. Une enquête administrative et une procédure disciplinaire ont été ouvertes par le Quai d'Orsay. Le diplomate est, depuis lors, en congé personnel. Le président Emmanuel Macron a indiqué publiquement le 12 février 2026 vouloir comprendre pourquoi la clarté n'avait pas été faite « plus tôt » sur ce dossier.
L'avocate de Fabrice Aidan affirme que son client conteste « toutes les accusations » formulées à son encontre.
Daniel Siad, recruteur de mannequins, visé par une enquête à Paris
Présenté par d'anciennes mannequins comme un « rabatteur » qui les aurait orientées vers Jeffrey Epstein, Daniel Siad, 69 ans, ancien recruteur de mannequins, fait l'objet d'une enquête ouverte à Paris pour viol et traite des êtres humains, à la suite de plaintes déposées par des victimes potentielles. Deux anciennes mannequins ont confié à l'AFP avoir été approchées par Siad au début des années 2000, dans le but, selon elles, d'être présentées à Epstein.
Daniel Siad conteste l'ensemble des accusations. Il reconnaît avoir rencontré Jeffrey Epstein « dans un cadre professionnel » avenue Foch à Paris et affirme lui avoir présenté des mannequins « sans observer aucun acte illégal ». Il a déclaré vouloir répondre aux accusations dans le cadre de l'enquête.
Gérald Marie et Jean-Luc Brunel : le réseau de la mode mis en cause
Gérald Marie, ex-dirigeant pour l'Europe de la prestigieuse agence de mannequins Elite, est visé par une enquête ouverte par le parquet de Paris en septembre 2020 pour viols, agressions sexuelles et harcèlement, dont sur mineures. Selon les médias qui ont relayé ces témoignages, environ quinze mannequins ont décrit des faits remontant aux années 1990 — la plaignante britannique Lisa Brinkworth, ex-journaliste BBC, dénonçait des faits de 1998. Gérald Marie nie publiquement par la voix de son avocate.
Jean-Luc Brunel, agent de mannequins, avait été arrêté à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle en décembre 2020 alors qu'il s'apprêtait à embarquer pour Dakar, puis mis en examen pour viol sur mineurs dès le 17 décembre 2020, et de nouveau fin juin 2021. Il s'est suicidé par pendaison à la prison de La Santé à Paris, dans la nuit du 18 au 19 février 2022, ce qui a éteint la procédure pénale le concernant. Son rôle reste cependant un élément structurant de la cartographie des relations françaises d'Epstein que cherchent à reconstituer les magistrats parisiens : Brunel était présenté comme l'un des rabatteurs présumés du financier. Plusieurs victimes manifestées au parquet en 2026 étaient déjà connues comme plaignantes dans le dossier Brunel.
Ordinateur, téléphonie, carnets d'adresses : la méthode du parquet
Le parquet de Paris a indiqué procéder à de nouvelles analyses de l'ordinateur de Jeffrey Epstein, de sa téléphonie et de ses carnets d'adresses — tous éléments matériels que le DOJ américain a partagés dans le cadre de la déclassification. Des demandes d'entraide internationale sont en cours, en particulier avec les autorités américaines, pour accéder à des pièces complémentaires non encore publiques.
La procureure Beccuau a précisé que les auditions des mis en cause interviendront dans un second temps, une fois la cartographie complète des relations d'Epstein reconstituée en France. La temporalité de l'enquête, vu son ampleur et son caractère international, se mesure en mois, voire en années.
Les prochaines étapes de l'enquête française
Le parquet de Paris consolide actuellement le nombre exact de victimes manifestées : un nouveau décompte pourrait être communiqué à mesure que les auditions progressent. Les demandes d'entraide internationale adressées aux États-Unis, à la Suisse et à d'autres juridictions concernées par les fichiers Epstein devraient livrer dans les prochains mois des pièces complémentaires — relevés bancaires, voyages, communications chiffrées.
L'instruction du PNF sur le volet financier qui vise Jack Lang et sa fille Caroline suit, elle, son propre calendrier. Le statut judiciaire des autres personnes citées dans les fichiers — diplomatique, professionnel, ou simplement relationnel — pourra évoluer selon les éléments recoupés par les magistrats. L'éventuel basculement d'enquêtes préliminaires vers des informations judiciaires, voire vers des mises en examen, reste l'un des paramètres-clés à suivre. Aucune des personnes citées vivantes n'a, à ce jour, été entendue par la justice française dans le cadre du volet « traite des êtres humains ». Tous les mis en cause vivants contestent les accusations qui pèsent sur eux.











