Bill Gates s'est présenté mercredi 10 juin 2026 au Capitole, à huis clos, devant la commission de la Chambre des représentants qui enquête sur l'affaire Jeffrey Epstein. Le cofondateur de Microsoft y était attendu sur un seul sujet : son amitié passée avec le financier, criminel sexuel mort en prison en 2019. À son arrivée, il a dit espérer que son témoignage aide « le travail important de cette commission pour rendre justice aux victimes ».
Être nommé dans les documents Epstein ne vaut pas accusation. Bill Gates n'est visé par aucune poursuite, et il assure n'avoir « rien fait d'illicite ».
Ce que Bill Gates a dit devant la commission
Ses propos introductifs sont publiés sur son site GatesNotes. « Je veux l'exprimer très clairement : je n'ai jamais été témoin ou eu aucune indication qu'Epstein se livrait à une activité criminelle en cours », a déclaré le milliardaire devant les parlementaires. « Je n'ai jamais fait de mal à quiconque. » Et d'ajouter : « Je ne suis jamais allé sur son île, dans son ranch, ou dans sa maison de Floride. » Si Epstein a bien tenté, selon lui, de « nourrir une relation personnelle » avec lui, cela ne l'a jamais intéressé.
Devant les élus, il a aussi reconnu qu'Epstein avait eu connaissance de ses relations extraconjugales — et l'a accusé de s'en être servi, avec « nombre de mensonges », pour tenter de le rapprocher de lui. « Il n'a pas réussi dans cette démarche », a affirmé Bill Gates, y voyant une illustration des « techniques » employées par le financier pour tirer parti de leurs interactions.
Avant l'audition, le président de la commission, le républicain James Comer, avait résumé devant la presse ce que les élus cherchent : « Qu'a-t-il vu ? Savait-il ce qui se passait ? Était-il impliqué dans tout cela ? » Tout en précisant : « Personne n'accuse Bill Gates d'un quelconque fait répréhensible. » Le milliardaire, a-t-il souligné, est « venu volontairement ».
Une relation nouée après la condamnation d'Epstein
Selon ses propres déclarations, Bill Gates a commencé à fréquenter Epstein en 2011 — soit trois ans après que le financier eut plaidé coupable, en Floride, pour des faits de prostitution impliquant des mineures. Après, donc, que ses crimes furent connus.
Fin février, devant les équipes de sa fondation, Gates a qualifié ces années d'« énorme erreur », selon un enregistrement obtenu par le Wall Street Journal : l'erreur d'avoir « passé du temps avec Epstein » et d'avoir associé des dirigeants de sa fondation à des réunions avec le financier. Dans la foulée, il a reconnu des relations extraconjugales avec deux femmes russes, tout en niant la moindre implication dans les agissements du financier. « Je n'ai rien fait d'illicite. Je n'ai rien vu d'illicite. »
Ce que disent les documents du dossier
L'audition fait suite à la publication, par le département de la Justice, de millions de pages tirées du dossier Epstein. Parmi elles, un brouillon de courriel attribué au financier évoque les relations extraconjugales de Gates : Epstein s'y targue de l'avoir aidé à se procurer des médicaments pour, écrit-il, « remédier aux conséquences de relations sexuelles avec des filles russes ». Ce message est toutefois sujet à caution : il ne semble jamais avoir été envoyé, son authenticité n'est pas établie, pas plus que le sens exact de ses allusions. Bill Gates a par ailleurs reconnu des relations extraconjugales avec deux femmes russes, sans jamais les présenter comme illégales. Ces pièces dessinent des liens, pas des délits — une nuance que la commission elle-même prend soin de rappeler.
Avant Gates, Clinton et deux figures du gouvernement Trump
Le milliardaire n'ouvre pas le bal. L'ancien président démocrate Bill Clinton a déjà été entendu : il a juré n'avoir eu « aucune idée des crimes » de son ancien ami. Howard Lutnick, l'actuel ministre du Commerce, est passé lui aussi devant la commission début mai. Et fin mai, l'ex-ministre de la Justice Pam Bondi y a défendu la manière dont le gouvernement de Donald Trump a géré ce dossier explosif.
Qui était Jeffrey Epstein
Financier aux carnets d'adresses planétaires, Jeffrey Epstein est mort dans sa cellule en 2019 — un suicide, selon les autorités — avant d'être jugé pour crimes sexuels. Il lui était notamment reproché d'avoir fait venir des mineures sur l'île qu'il possédait dans les îles Vierges américaines, surnommée « Epstein Island », pour les exploiter. Près de sept ans après sa mort, son réseau continue d'alimenter enquêtes et soupçons des deux côtés de l'Atlantique : en France, le parquet de Paris mène la sienne, détaillée dans notre suivi de l'affaire Epstein en France.
La suite de l'enquête
Les auditions se tiennent à huis clos et ne débouchent pas forcément sur des poursuites : la commission cherche d'abord à cartographier l'entourage d'Epstein et à comprendre comment son système a tenu si longtemps. Le compte rendu intégral de l'audition de Gates — près de six heures d'échanges — a été publié le 23 juin ; le milliardaire y explique que ses contacts avec Epstein visaient à obtenir des financements pour sa fondation. D'anciennes collaboratrices du financier ont aussi été entendues, comme Lesley Groff, passée devant la commission la veille de Gates. Rien n'est retenu à ce stade contre Gates ni contre les autres personnes entendues, qui restent présumées innocentes. D'autres noms cités dans les documents pourraient être convoqués.











