Bill Gates s'est présenté mercredi 10 juin au Capitole, à huis clos, devant la commission de la Chambre des représentants qui enquête sur l'affaire Jeffrey Epstein. Le cofondateur de Microsoft y était attendu sur un seul sujet : son amitié passée avec le financier, criminel sexuel mort en prison en 2019. Par la voix de son porte-parole, il avait fait savoir qu'il « se réjouit de l'opportunité » de répondre.
Un rappel s'impose d'emblée. Être nommé dans les documents Epstein ne vaut pas accusation. Bill Gates n'est visé par aucune poursuite, et il assure n'avoir « rien fait d'illégal ».
Une relation nouée après la condamnation d'Epstein
Le calendrier, à lui seul, intrigue. Selon ses propres déclarations, Bill Gates a commencé à fréquenter Epstein en 2011 — soit trois ans après que le financier eut plaidé coupable, en Floride, pour des faits de prostitution impliquant des mineures. Après, donc, que ses crimes furent connus.
Fin février, devant les responsables de sa fondation, Gates a qualifié ces années d'« énorme erreur », selon un enregistrement obtenu par le Wall Street Journal : l'erreur d'avoir « passé du temps avec Epstein » et de l'avoir convié à des réunions de la fondation. Dans la foulée, il a reconnu des relations extraconjugales avec deux femmes russes, tout en niant la moindre implication dans les agissements du financier. « Je n'ai rien fait d'illégal. Je n'ai rien vu d'illégal. »
Ce que disent les documents du dossier
L'audition fait suite à la publication, par le département de la Justice, de millions de pages tirées du dossier Epstein. Parmi elles, un brouillon de courriel attribué au financier évoque les relations extraconjugales de Gates : Epstein s'y targue de l'avoir aidé à se procurer des médicaments pour, écrit-il, « remédier aux conséquences de relations sexuelles avec des filles russes ». La prudence s'impose sur ce document. Le message ne semble jamais avoir été envoyé, son authenticité n'est pas établie, pas plus que le sens exact de ses allusions. Bill Gates a par ailleurs reconnu des relations extraconjugales avec deux femmes russes, sans jamais les présenter comme illégales. Ces pièces dessinent des liens, pas des délits — une nuance que la commission elle-même prend soin de rappeler.
Avant Gates, Clinton et deux ministres
Le milliardaire n'ouvre pas le bal. L'ancien président démocrate Bill Clinton a déjà été entendu : il a juré n'avoir eu « aucune idée des crimes » de son ancien ami. Howard Lutnick, l'actuel ministre du Commerce, est passé lui aussi devant la commission. Et fin mai, l'ex-ministre de la Justice Pam Bondi y a défendu la manière dont le gouvernement de Donald Trump a géré ce dossier explosif.
Qui était Jeffrey Epstein
Financier aux carnets d'adresses planétaires, Jeffrey Epstein est mort dans sa cellule en 2019 — un suicide, selon les autorités — avant d'être jugé pour crimes sexuels. Il lui était notamment reproché d'avoir fait venir des mineures sur l'île qu'il possédait dans les îles Vierges américaines, surnommée « Epstein Island », pour les exploiter. Près de sept ans après sa mort, son réseau continue d'alimenter enquêtes et soupçons des deux côtés de l'Atlantique : en France, le parquet de Paris mène la sienne, détaillée dans notre suivi de l'affaire Epstein en France.
La suite de l'enquête
Les auditions se tiennent à huis clos et ne débouchent pas forcément sur des poursuites : la commission cherche d'abord à cartographier l'entourage d'Epstein et à comprendre comment son système a tenu si longtemps. D'autres noms cités dans les documents pourraient être convoqués. Pour Gates comme pour les autres personnes entendues, rien n'est retenu à ce stade. La présomption d'innocence reste entière.











