C'est le premier attentat lié à la guerre en Iran déjoué sur le sol français. Dans la nuit du vendredi 27 au samedi 28 mars, vers 3 h 30, des policiers en patrouille ont interpellé un homme qui venait de déposer un engin explosif artisanal devant le siège parisien de la Bank of America, rue de la Boétie, dans le 8e arrondissement de Paris, à quelques rues des Champs-Élysées.
Les faits : une bombe artisanale et un briquet
L'engin était composé d'un bidon transparent de cinq litres de liquide, probablement un hydrocarbure, et d'un système de mise à feu contenant environ 650 grammes de poudre explosive. Lorsque les policiers l'ont interpellé, le suspect « s'apprêtait à allumer le dispositif avec un briquet », selon une source proche du dossier.
Il était accompagné d'un deuxième individu qui a pris la fuite en courant. Selon les premiers éléments, pendant que le premier déposait le dispositif, le second avait pris du recul pour « faire des photos ou une vidéo avec son portable ».
Le Parquet national antiterroriste (Pnat) s'est immédiatement saisi et a ouvert une enquête pour « tentative de dégradation par incendie ou moyen dangereux en relation avec une entreprise terroriste ». Les investigations ont été confiées à la section antiterroriste de la brigade criminelle et à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).
Recruté sur Snapchat pour 600 euros
L'homme interpellé a affirmé être mineur — 17 ans — et de nationalité sénégalaise. Son identité était en cours de vérification samedi. Il a expliqué aux enquêteurs avoir été « recruté via l'application Snapchat pour réaliser cette opération moyennant la somme de 600 euros », selon une source policière.
Dimanche 29 mars, deux nouvelles personnes ont été interpellées dans la nuit. Trois suspects, tous présentés comme mineurs, sont désormais en garde à vue.
Ce mode opératoire — recrutement d'exécutants jeunes via les réseaux sociaux, pour des sommes dérisoires, afin d'accomplir des actes violents avec une capacité de déni pour le commanditaire — a déjà été documenté ailleurs en Europe. En Suède, les services de renseignement ont identifié un réseau baptisé « Foxtrot » où des proxies iraniens recrutaient des mineurs dès l'âge de 13 ans pour des attaques contre des intérêts israéliens et juifs, notamment le jet de grenades contre l'ambassade d'Israël à Copenhague.
La piste iranienne : « des similitudes » avec un schéma européen
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a fait samedi soir sur BFMTV le « lien » avec la guerre au Moyen-Orient. Il a décrit « des similitudes » entre le mode opératoire de l'attentat déjoué et des actions menées dans plusieurs pays européens, revendiquées par un groupuscule « considéré comme proche des Gardiens de la Révolution iraniens ».
Si Laurent Nuñez a affirmé ne pas savoir qui était « le commanditaire », il a ajouté : « Il y a quand même une suspicion » d'une action menée par « des proxies » — des intermédiaires — des Iraniens.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, plusieurs attaques ont visé des intérêts israéliens et juifs en Europe : incendies de synagogues à Liège et à Amsterdam, actes de vandalisme à Rotterdam, tirs contre un restaurant à Golders Green (Londres). Un groupe se faisant appeler Harakat Ashab al-Yamin al-Islamia a revendiqué plusieurs de ces actions. Selon l'International Centre for Counter-Terrorism (ICCT), ce groupe exploite « des canaux criminels préexistants » pour recruter des exécutants qui n'ont pas de profil terroriste connu — rendant leur détection par les services de renseignement plus difficile.
Un télégramme de vigilance renforcée
Dans un télégramme adressé dimanche aux forces de sécurité intérieure et consulté par l'AFP, Laurent Nuñez évoque « le contexte inhérent aux opérations israélo-américaines en Iran » qui impose « le plus haut niveau d'attention ». Il invite à « renforcer les mesures de vigilance », en particulier autour des « sites israélo-américains et ceux représentant les intérêts de ces pays ».
Il a également demandé un engagement plus conséquent des forces de l'opération Sentinelle, notamment dans les gares et les lieux publics connaissant une forte affluence.
Jusqu'à samedi, aucun projet d'attentat ou attentat n'avait été mis au jour ou déjoué en France depuis le début de la guerre, le 28 février. Cette opération déjouée est, selon une source proche du dossier, « la concrétisation de la menace iranienne contre les intérêts américains et israéliens partout en Europe, identifiée par les autorités » depuis le premier jour du conflit. La France n'est pas en elle-même une cible, mais tout ce qui a trait aux États-Unis et à Israël sur le territoire est considéré comme exposé.











