Plus de deux ans et demi après la mort de Thomas Perotto, poignardé à l'issue du bal de Crépol (Drôme) en novembre 2023, le dossier judiciaire prend une dimension nouvelle : les juges d'instruction ont retenu la circonstance aggravante de racisme contre l'ensemble des jeunes mis en examen, ont indiqué à l'AFP plusieurs sources proches du dossier. La requalification s'appuie sur les déclarations d'une dizaine de témoins du drame, dont certains disent avoir entendu, à la fin du bal, « on est là pour planter des Blancs ».
Ces témoignages n'ont rien de nouveau dans la procédure : dès novembre 2023, le procureur de Valence rapportait que « neuf témoins ou victimes sur les 104 auditionnés entendent des propos hostiles aux Blancs ». Les juges d'instruction ont décidé d'ajouter la circonstance aggravante après avoir reçu les observations de certaines parties civiles, qui regrettaient que ces déclarations n'aient pas été prises en compte jusqu'ici. L'avis de fin d'information rendu en début de semaine intègre désormais cette qualification.
Ce que change la circonstance aggravante
En droit, la portée est lourde. L'article 132-76 du code pénal aggrave les peines lorsqu'un crime est commis à raison de l'appartenance, vraie ou supposée, de la victime à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion. Pour un meurtre, puni de trente ans de réclusion criminelle, la circonstance aggravante porte la peine encourue à la réclusion criminelle à perpétuité. La qualification retenue au stade de l'instruction ne préjuge en rien de la culpabilité des intéressés : elle fixe le cadre dans lequel une cour d'assises sera, le cas échéant, appelée à juger.
Un dossier en toute fin d'instruction, un procès pas avant 2027
Dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, à l'issue du « bal de l'hiver » de ce village de la Drôme, des jeunes venus pour certains du quartier populaire de la Monnaie, à Romans-sur-Isère, s'étaient battus avec un groupe de jeunes de Crépol. Dans un contexte resté confus, des couteaux avaient été sortis et quatre personnes grièvement blessées — dont Thomas Perotto, lycéen de 16 ans et amateur de rugby, mort pendant son transport à l'hôpital. Quatorze jeunes hommes ont été mis en examen pour meurtre et tentatives de meurtre en bande organisée. Aucun n'a jamais admis avoir porté le coup mortel.
L'enquête touche à sa fin. En mai, après des dizaines d'auditions et une reconstitution virtuelle du drame, les juges d'instruction ont notifié aux parties l'achèvement de leurs investigations. Un mois plus tard, le parquet a requis le renvoi devant une cour d'assises de onze des mis en cause, pour homicide et tentative d'homicide — sans retenir, cette fois, la circonstance aggravante de bande organisée. Un procès n'est pas attendu avant 2027.
Le drame avait suscité une émotion nationale et une intense bataille d'interprétations, la droite et l'extrême droite s'emparant du meurtre pour dénoncer une insécurité venue, selon elles, des « banlieues sensibles », ainsi qu'un « racisme anti-Blancs ». Les mêmes se sont dits confortés par la décision des juges : « pendant des mois, certains ont fermé les yeux. La justice rappelle aujourd'hui une vérité : le racisme anti-Français existe et doit être combattu », a écrit le chef des députés LR, Laurent Wauquiez, quand l'eurodéputée d'extrême droite Marion Maréchal saluait « enfin » que « la parole des victimes et des témoins » soit « entendue », et le député RN de la Drôme Thibaut Monnier « une avancée judiciaire ».
Il reste désormais aux juges d'instruction à rédiger l'ordonnance de mise en accusation — en suivant, ou non, les réquisitions du parquet.











