Deux coups en une journée, sans lien entre eux — mais dans le même sens. Bruxelles a infligé à Google une amende record au titre du règlement européen sur les marchés numériques, tandis qu'à Wall Street, Alphabet, sa maison mère, voyait fondre quelque 200 milliards de dollars de valeur en Bourse après la publication de ses résultats. La sanction européenne, qui pèse 890 millions d'euros, n'y est pour presque rien : les deux chiffres se croisent la même journée, mais ne se répondent pas.
890 millions d'euros, deux infractions distinctes
La Commission européenne a pris deux décisions séparées. La première, assortie d'une amende de 460 millions d'euros, vise l'autopréférence : Google est accusé de mettre systématiquement en avant ses propres services — comparateur d'achats, réservation d'hôtels ou de vols — dans les résultats de recherche, au détriment de ceux de ses concurrents. La seconde, de 430 millions d'euros, concerne la boutique d'applications Google Play : le groupe est reproché d'empêcher les développeurs de rediriger les utilisateurs vers des offres ou des moyens de paiement moins chers, hors de son écosystème.
C'est, au total, la sanction la plus élevée jamais prononcée par Bruxelles au titre du règlement sur les marchés numériques (DMA), cette loi entrée en vigueur pour brider les abus de position dominante des géants du numérique. Elle s'ajoute à une longue série de contentieux entre le moteur de recherche et l'Union, dont l'amende de plusieurs milliards devenue définitive au sujet d'Android.
La chute en Bourse tient à tout autre chose
Rien à voir, donc, avec la dégringolade de l'action Alphabet le même jour. Le titre a terminé la séance en recul de 7,13 %, effaçant près de 200 milliards de dollars de capitalisation — soit, à titre de comparaison, plus de deux cents fois le montant de l'amende européenne. La cause est ailleurs : le groupe a publié des résultats trimestriels que les investisseurs ont sanctionnés, inquiets de voir les dépenses consacrées à l'intelligence artificielle grimper plus vite que les profits qu'elles génèrent. Alphabet a relevé sa prévision d'investissements pour l'année, portée à une fourchette de 195 à 205 milliards de dollars, et fait état d'un flux de trésorerie devenu négatif — le tout malgré un chiffre d'affaires en hausse de près d'un quart sur un an.
Le mouvement a dépassé le seul Google : le même jour, l'action Tesla a dégringolé de plus de 14 %, au plus bas depuis l'été 2025, après des comptes eux aussi jugés décevants. Un signal convergent, qui trahit la même défiance : les marchés commencent à réclamer aux géants de la technologie la preuve que leurs milliards investis dans l'IA finiront par rapporter.
Un dossier qui empoisonne les relations avec Washington
Reste la portée politique de la décision européenne. En frappant l'un des fleurons de la tech américaine, Bruxelles s'expose à une nouvelle passe d'armes avec Washington, à un moment où l'accord commercial conclu entre l'Union et les États-Unis reste suspendu au respect de ses garde-fous. Donald Trump a fait des sanctions européennes contre les entreprises américaines l'un de ses griefs récurrents, agitant régulièrement l'arme douanière en représailles. L'amende infligée à Google offre un nouveau motif de friction.











