Le sol crépite encore au pied des troncs calcinés, à l'entrée de Biscarrosse, et un officier des pompiers des Landes prévient : « C'est un brûlé qui est encore très chaud. » Déclenché jeudi après-midi par l'incendie accidentel d'un véhicule, le feu a parcouru plus de 2 600 hectares de pinède en une journée et progresse vers le sud-est, en direction de Parentis : 8 000 habitants y sont en cours d'évacuation, après les 23 000 personnes déjà déplacées depuis jeudi soir — 18 000 à Biscarrosse, 5 000 dans un camping de Parentis. Cent cinq habitations et bâtiments ont été « touchés par les flammes », « voire détruits », selon le préfet des Landes, Gilles Clavreul, qui décrit un feu « très soudain, très violent, très rapide ».
« Dès qu'on voit un point chaud, on y va »
L'une des entrées de la ville, fermée à la circulation, est déserte, enveloppée d'un brouillard de fumée à l'odeur étouffante de brûlé ; seuls circulent les camions-citernes. Pour protéger Biscarrosse, sapeurs-pompiers et forestiers se répartissent le terrain. Doigt sur la carte, le lieutenant François Corbi pointe un magasin de jardinerie : « Dès qu'on voit un point chaud, on y va. » « On a pour mission de gérer l'interface forêt-habitations. Deux unités feux de forêt vont, elles, faire le traitement de la lisière », poursuit l'officier. Autour de lui, des soldats du feu, hommes et femmes, écoutent les instructions, le visage rougi par l'effort et la chaleur pour les uns, noirci de suie pour les autres. Derrière eux, dans un magasin de réparation d'électroménager calciné, le feu couve toujours ; sur le parking ne restent que des carcasses d'appareils carbonisés et, à quelques mètres de la lisière, des fumerolles s'échappent des troncs.
Quelque 500 pompiers luttent depuis plus de vingt-quatre heures. Le colonel Romain Moutard, directeur adjoint des secours du département, décrivait dès jeudi un « feu apocalyptique » ; vendredi matin, il redoutait une « journée encore plus criante », le vent forcissant et changeant de sens. Le bilan humain reste contenu à ce stade : « cinq blessures ou incommodements, mais légers » parmi les pompiers, selon le préfet. Au nord du bassin d'Arcachon, le feu parti de Saumos, le plus gros de la saison, a imposé l'évacuation totale du Cap-Ferret.

Couper la forêt avant les vents d'ouest
À une dizaine de kilomètres au sud-est, Parentis se prépare. Des agents de la Défense de la forêt contre les incendies (DFCI) y sont à l'œuvre, épaulés par des sylviculteurs et des agriculteurs venus avec bulldozers, citernes et tracteurs — rares véhicules, hors ceux des secours, à circuler encore sur les routes. Après plusieurs heures de tractations, notamment financières, la préfecture a donné son feu vert à un « travail de coupe », explique Benoît Bodennec, de la DFCI : créer, avant l'arrivée des vents d'ouest annoncés, « un passage dans le but de réduire le combustible et de provoquer une rupture pour permettre aux pompiers de travailler si le feu arrive ». Des travaux de terrassement et des contre-feux tactiques ont aussi été lancés pour tenter d'endiguer la progression du front.
Sous l'effet du contre-feu allumé par les équipes, sur une départementale devenue un désert de gris, un panache noir gonfle et s'élève. De l'autre côté de la route, des étincelles deviennent flammes en quelques minutes : la végétation et les sols, desséchés par des mois sans pluie et par les canicules de juin et juillet, nourrissent les brasiers de la forêt des Landes de Gascogne, dans une saison qui s'était emballée dès les premiers jours de l'été. Plus de 50 000 hectares ont brûlé en France depuis janvier — « quasiment fois trois » par rapport à l'an passé, selon le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, qui chiffre à 110 000 les évacuations dans le Sud-Ouest depuis mercredi.
« 24 h 30 sans dormir »
Au PC de sécurité installé dans la caserne, une fourmilière où se croisent les colonnes de renforts nationaux — gendarmes, pompiers de Paris et de Marseille, militaires du programme Héphaïstos —, le suivi de la situation se fait autour de grandes cartes et d'un écran. Un pompier dort au volant d'un engin, d'autres sont allongés à même le sol pour un court répit. « 24 h 30 sans dormir », lâche l'un d'eux au retour d'une intervention. « Landiras, c'était de la rigolade à côté », dit un autre, en référence à l'un des feux qui avaient ravagé la Gironde en 2022 — plus de 30 000 hectares dans ce même massif landais, qui brûle pour la deuxième fois en quatre ans.
Plus loin, les portes d'un camion-atelier sont grandes ouvertes : des pompiers mécaniciens se penchent sur le moteur auxiliaire défectueux d'un engin qui doit repartir au feu. À côté d'eux, un pompier venu de Seine-Maritime ouvre une bouche d'incendie à la manivelle et remplit la citerne d'un camion — 3 500 litres pour éteindre les flammes, 400 pour protéger le véhicule. Douze minutes pour faire le plein, une vingtaine pour le déverser sur le feu. Puis revenir, remplir, repartir — encore et encore.











