Le levier tient : l'Union européenne continuera, un an de plus, de plafonner à 44 dollars le prix du baril de pétrole russe autorisé à l'exportation. C'est le cœur du 21ᵉ paquet de sanctions contre Moscou, arraché jeudi matin par les Vingt-Sept après des semaines de tractations — et au prix de plusieurs renoncements par rapport à la proposition initiale de Bruxelles.
Ce plafond est l'outil qui compte. Depuis l'invasion de l'Ukraine, en février 2022, l'Union limite le prix auquel le pétrole russe peut être vendu, pour rogner les revenus qui financent une large part de l'effort de guerre du Kremlin. Sans cette prolongation, le prix plancher aurait pu se rapprocher des cours internationaux — d'autant plus tentant pour Moscou que la guerre au Moyen-Orient fait flamber le baril, repassé au-dessus de 100 dollars. Maintenir le verrou à 44 dollars, c'est empêcher que la crise iranienne ne vienne, par ricochet, regonfler les caisses russes.
Finance, cryptomonnaies et « flotte fantôme »
Le train de mesures ne s'arrête pas au pétrole. Il ajoute des interdictions de transactions visant le secteur financier russe, de nouvelles restrictions sur les cryptomonnaies, et il inscrit sur la liste noire des navires supplémentaires de la « flotte fantôme » — ces pétroliers que la Russie fait naviguer sous de faux pavillons pour écouler son énergie en contournant les sanctions. S'y ajoutent des restrictions commerciales destinées à priver l'industrie militaire russe de composants. « À l'heure où l'Ukraine engrange des avancées sur le front militaire, nos sanctions continuent de fragiliser les fondements économiques de la machine de guerre russe », s'est félicitée la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
Un paquet raboté au fil des vetos nationaux
Reste que le texte final est plus court que le projet. Pour lever les réticences de la Grèce, poids lourd du transport maritime, l'Union a dû composer sur le gaz naturel liquéfié : Athènes obtient que ses entreprises puissent continuer d'acheminer du GNL russe vers des clients hors d'Europe, par dérogation, pour les seuls contrats signés avant le 24 février 2022 — une exemption que les Vingt-Sept réexamineront chaque année.
D'autres mesures ont purement disparu. Bruxelles voulait interdire l'entrée dans l'Union des Russes ayant combattu en Ukraine : les États membres se sont contentés de s'engager à y « œuvrer » plus tard. La Bulgarie s'est vantée d'avoir écarté le patriarche orthodoxe Kirill de la liste des avoirs gelés et des interdictions de visa. Et le Portugal comme la France ont fait retirer l'interdiction d'importer de la morue et du lieu d'Alaska russes. La négociation s'est ainsi jouée, jusqu'au bout, sur le poisson autant que sur le pétrole.
Ces reculs disent la difficulté croissante de l'exercice. Après plus de vingt trains de sanctions, les Vingt-Sept peinent à trouver de nouvelles cibles qui ne heurtent aucun intérêt national, reconnaissent des diplomates. Moscou, de son côté, a jusqu'ici encaissé toutes les vagues de sanctions occidentales sans cesser sa guerre. Les Européens font le pari inverse : que ces mesures, accumulées, finissent par user les ressorts économiques du Kremlin.











