« Le rodéo urbain, c'est le mot que l'État a donné au cross bitume », corrige Hakim, 21 ans, qui préfère parler de « bike life ». Pour ce Toulousain qui pratique depuis l'adolescence, « ce n'est pas de la délinquance, c'est une passion », confie-t-il à l'AFP. Pour le code de la route, c'est un délit — passible d'un an de prison, et bientôt d'une amende de 800 euros réglable sur le trottoir : fin mai, le Sénat a adopté le projet de loi Ripost, qui durcit encore une répression déjà intensive. Ce que dit le droit, comment signaler, et ce qui va changer.
Ce que la loi punit depuis 2018
Jusqu'en 2018, les rodéos motorisés étaient poursuivis par ricochet — excès de vitesse, mise en danger d'autrui. La loi du 3 août 2018 en a fait un délit autonome, inscrit à l'article L.236-1 du code de la route : le fait d'adopter, avec un véhicule à moteur, « une conduite répétant de façon intentionnelle des manœuvres » dangereuses, « dans des conditions qui compromettent la sécurité des usagers de la route ou qui troublent la tranquillité publique ». Roues arrière, dérapages, acrobaties sur la voie publique : l'intention et la répétition font le délit — un dérapage involontaire n'est pas visé.
L'échelle des peines est graduée : un an de prison et 15 000 euros d'amende pour le délit de base ; deux ans et 30 000 euros s'il est commis en réunion ; trois ans et 45 000 euros sous stupéfiants, sous alcool ou sans permis valide ; cinq ans et 75 000 euros quand au moins deux circonstances aggravantes se cumulent. S'y ajoutent des peines complémentaires — suspension ou annulation du permis, stage de sensibilisation, travail d'intérêt général — et surtout la confiscation du véhicule, dont les préfectures rappellent qu'il peut être mis en fourrière dès l'interpellation. La pression est réelle : entre janvier et avril 2025, les forces de l'ordre ont mené 14 200 opérations anti-rodéo, avec près de 2 000 interpellations et environ 1 300 véhicules saisis.
NATINF : sous quel code l'infraction est poursuivie
Dans les procédures, le rodéo motorisé apparaît sous son code NATINF — la nomenclature qui attribue un numéro unique à chaque infraction et sert aux parquets, aux tribunaux et à la statistique pénale. C'est ce code, mentionné sur la convocation en justice, qui détermine la qualification exacte et la peine encourue : le délit de base de l'article L.236-1 a le sien, chaque circonstance aggravante — réunion, stupéfiants, défaut de permis — a le sien également. Pour la défense, c'est aussi le point d'entrée du débat judiciaire : le caractère « répété » et « intentionnel » de la manœuvre, au cœur de la définition, se conteste précisément là.
Comment signaler un rodéo urbain
Deux voies coexistent. Rodéo en cours : le 17, numéro d'urgence de police secours — en précisant la localisation, le nombre de véhicules, leur description et l'heure. Phénomène récurrent dans un quartier : le téléservice Ma Sécurité du ministère de l'Intérieur, gratuit et anonyme, met en relation avec un policier ou un gendarme. En cas de préjudice — accident, dégradation, nuisances caractérisées —, le dépôt de plainte reste ouvert, sans qu'il soit besoin de connaître l'auteur des faits.
Ripost : l'amende de 800 euros votée au Sénat, et un délit durci
Le projet de loi Ripost — « Réponses immédiates aux phénomènes troublant l'ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens » —, porté par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez contre des « comportements (qui) exaspèrent les riverains », a été adopté par le Sénat dans la nuit du 26 au 27 mai. Pour les rodéos, il crée une amende forfaitaire délictuelle de 800 euros : l'agent sanctionne immédiatement, sans passage devant le tribunal — l'objectif affiché étant de raccourcir le délai entre l'infraction et la sanction. Les sénateurs ont durci le texte au passage, en portant la peine de base à deux ans de prison et 30 000 euros d'amende ; un rapport sénatorial proposait déjà trois ans pour les rodéos en réunion. Le projet prévoit aussi une interdiction administrative de conduire prononcée par le préfet — l'autorité qui manie déjà la police administrative des événements —, y compris contre les conducteurs sans permis. L'Assemblée nationale doit examiner le texte avant l'été ; d'ici sa promulgation, c'est l'échelle de 2018 qui reste le droit applicable. Le texte englobe aussi mortiers d'artifice, protoxyde d'azote et free parties non déclarées.
« Bike life » : la pratique qui se revendique comme un sport
Côté pratiquants, le discours est construit. « Faire du foot ou du tennis en bas d'un bâtiment, c'est bruyant aussi. Pourtant, on a créé des terrains. Alors pourquoi pas pour la moto ? », interroge Hakim, qui réclame des espaces pour pratiquer « en sécurité ». Enzo, 24 ans, de Seine-Saint-Denis, organise ses sessions sur les réseaux — « on envoie +qui veut rouler ?+, et on y va » — et plaide pour « un circuit » accessible « avec un abonnement à 30 ou 40 euros par mois, comme à la salle de sport ». Le sociologue Fabien Jobard y lit « un moyen de valorisation sociale, de sociabilité masculine » et « d'affirmation identitaire pour certains jeunes hommes » — une grille qui rejoint les procès réguliers faits au rapport des jeunes aux règles communes —, tout en estimant que les réseaux sociaux ont banalisé l'illégalité de ces rassemblements.
Entre les deux, une association tente une voie intermédiaire. SOS Rodéo, affiliée à la Fédération française de motocyclisme, loue « des circuits et des terrains privés ou publics dans toute la France » pour « rétablir le dialogue entre la police et les jeunes », et veut faire reconnaître le freestyle motorisé comme un sport — tout en essuyant, dit-elle à l'AFP, les refus de communes qui associent encore la pratique à celle des « voyous ». Le Parlement durcit, l'association loue des terrains : deux réponses au même vacarme — l'une pour l'éteindre, l'autre pour lui trouver une adresse.











