Plus de 1,7 million de musulmans ont accompli le hajj à La Mecque à la fin du mois de mai, sous 44 à 45 °C, et l'Arabie saoudite a accueilli davantage de pèlerins étrangers que l'année précédente, malgré la guerre au Moyen-Orient. Cinquième pilier de l'islam, ce grand pèlerinage enchaîne en quelques jours des rites très codifiés, accomplis presque tous en plein air. En 2024, la chaleur y avait tué plus de 1 300 personnes.
Le hajj, cinquième pilier de l'islam
Le hajj est l'un des cinq piliers de l'islam : tout musulman qui en a les moyens, physiques et financiers, doit l'accomplir au moins une fois dans sa vie. Il se tient chaque année aux mêmes dates du calendrier musulman, lunaire — si bien qu'il se décale d'environ onze jours par an dans le calendrier grégorien, et tombe régulièrement en plein été. Cette année, il s'est ouvert le 25 mai, et la station au mont Arafat a eu lieu le lendemain. Gardienne des lieux saints de La Mecque et de Médine, l'Arabie saoudite tire chaque année des milliards de dollars du hajj et de la Omra, le « petit pèlerinage » qui, lui, peut s'accomplir à tout moment.
De l'ihram à la lapidation du diable
Avant d'entrer à La Mecque, les pèlerins se mettent en état de pureté rituelle, l'ihram. Les hommes revêtent deux pans de tissu blanc sans couture, qui effacent les différences de statut et de nationalité ; les femmes portent des vêtements amples ne laissant paraître que le visage et les mains.
Le rituel s'ouvre par le tawaf — sept tours autour de la Kaaba, l'édifice cubique au cœur de la Grande Mosquée vers lequel les musulmans se tournent pour prier. Les fidèles gagnent ensuite la cité de tentes de Mina, puis le mont Arafat, une colline de 70 mètres à une vingtaine de kilomètres de La Mecque, où le prophète Mahomet aurait prononcé son dernier sermon. C'est l'étape centrale : les fidèles y arrivent dès l'aube et y récitent le Coran toute la journée, en plein soleil. « C'est un sentiment indescriptible », confiait à l'AFP Ahmed Abou al-Ezz, ingénieur égyptien de 35 ans, qui y montait pour la première fois. Vient ensuite Muzdalifah, où les pèlerins passent la nuit à la belle étoile et ramassent les cailloux de la « lapidation du diable » ; la plupart y descendent en bus, mais Mahmoud Zahafi, un Algérien de 64 ans, a fait le chemin à pied. Le hajj se referme sur l'Aïd al-Adha, la « fête du sacrifice ».
Ce que la chaleur a déjà coûté
Parce qu'il tombe souvent en été, le hajj se déroule régulièrement sous des températures qui dépassent 45 °C. Le mont Arafat n'offrant quasiment pas d'ombre, les fidèles y restent exposés des heures au soleil du désert, et plusieurs éditions ont été endeuillées par des coups de chaleur meurtriers. En 2024, alors que le thermomètre dépassait 50 °C, plus de 1 300 personnes sont mortes. Les consignes rejoignent celles de toute canicule — boire, se protéger la tête, éviter le plein soleil aux heures les plus chaudes —, mais le port du chapeau étant interdit aux hommes pendant le pèlerinage, la protection passe par le parasol.
Pour protéger les pèlerins, l'Arabie saoudite déploie un dispositif hors norme — circuits de climatisation et brumisateurs géants sur les esplanades, refroidissement des sols, tentes climatisées à Mina, distribution gratuite d'eau. Le ministère saoudien de la Santé a annoncé cette année plus de 50 000 agents et 3 000 ambulances, et le royaume a multiplié les zones d'ombre depuis le drame de 2024. Le royaume durcit aussi les contrôles d'accès pour écarter les pèlerins non autorisés, première cause de surpopulation sur les sites — facteur aggravant des bousculades.
La ville sainte rattrapée par la guerre
Le pèlerinage de mai s'est tenu au milieu d'un conflit régional. L'offensive israélo-américaine contre l'Iran, le 28 février, avait entraîné des représailles iraniennes sur les pays du Golfe, Arabie saoudite comprise, et un cessez-le-feu fragile tenait depuis le 8 avril. Le ministère saoudien de la Défense avait chargé ses forces aériennes de « protéger le ciel au-dessus des lieux saints ». Quelque 30 000 pèlerins iraniens ont fait le voyage, au lieu des 86 000 annoncés au départ, selon l'agence officielle Irna.
Le 15 septembre, la défense aérienne saoudienne a annoncé avoir détruit un drone lancé depuis le Yémen « avant qu'il n'entre dans l'espace aérien interdit » de La Mecque. Ryad a dénoncé une attaque « lâche » et rappelé que la sécurité des deux saintes mosquées constitue « une ligne rouge » ; la Jordanie, l'Égypte, la Syrie, le Liban, la Turquie, la Ligue arabe et l'Organisation de la coopération islamique l'ont condamnée. Les Houthis du Yémen ont démenti avoir visé la ville sainte : leur porte-parole affirme qu'ils tiraient sur des installations pétrolières et des bases militaires « éloignées des sites sacrés ».
La Omra, elle, se poursuit toute l'année, et le prochain hajj tombera onze jours plus tôt dans le calendrier grégorien.











