Le jour de Arafat : 1,5 million de pèlerins sur la colline du dernier sermon
Mardi 26 mai, étape phare du hajj : plus de 1,5 million de musulmans prient sur le mont Arafat, une colline de 70 mètres située à une vingtaine de kilomètres de La Mecque, où le prophète Mahomet aurait prononcé son dernier sermon. Dès l'aube, vêtus de l'ihram — deux pans de tissu blanc —, les fidèles s'y rassemblent pour prier et réciter le Coran, sous des températures dépassant 45 °C. Le site n'offrant quasiment pas d'ombre, ils restent exposés des heures au soleil du désert : des équipes médicales ont été déployées et des volontaires distribuent des parasols.
« C'est un sentiment indescriptible », confie Ahmoud Abou Elezz, ingénieur égyptien de 35 ans, qui marche vers Arafat pour la première fois. Les pèlerins gagneront ensuite Muzdalifah, où ils ramassent les cailloux de la « lapidation du diable », qui débute mercredi, jour de l'Aïd al-Adha. La veille, lundi 25 mai, ils avaient entamé le pèlerinage par le tawaf — sept tours autour de la Kaaba, au cœur de la Grande Mosquée — avant de rejoindre la cité de tentes de Mina. Selon Ryad, le hajj a attiré cette année plus de fidèles que le précédent.
Contre la chaleur, un dispositif hors norme
La chaleur reste l'ennemie numéro un du hajj. Pour protéger les fidèles, l'Arabie saoudite a déployé sur les esplanades de la Grande Mosquée un puissant circuit de climatisation, des brumisateurs géants et des systèmes de refroidissement des sols ; des bouteilles d'eau sont distribuées gratuitement, et les tentes de Mina sont climatisées. Échaudé par des éditions précédentes endeuillées par des coups de chaleur, le royaume a aussi durci ses contrôles d'accès pour écarter les pèlerins non autorisés — première cause de surpopulation sur les sites.
Un pèlerinage sur fond de diplomatie régionale
Cette édition s'ouvre en pleines tractations entre les États-Unis et l'Iran pour mettre fin au conflit régional déclenché par l'attaque israélo-américaine du 28 février contre Téhéran — un conflit qui a visé les pays du Golfe, frappés par des drones et des missiles iraniens. Le jour même, Donald Trump réclamait que des pays musulmans, dont l'Arabie saoudite, normalisent leurs relations avec Israël. Mais Ryad tient à garder la politique à distance du hajj, où prient des milliers de fidèles iraniens. « Le conflit en Iran a affecté le monde entier. Personne ne veut de guerres », confie à l'AFP Mohammed Chahada, un pèlerin égyptien. Le royaume reste néanmoins sur le qui-vive : sa défense aérienne a été chargée de « protéger le ciel au-dessus des lieux saints ». Quelque 30 000 pèlerins iraniens sont sur place, selon la compagnie Iran Air citée par l'agence Irna — bien moins que les 86 000 attendus initialement, en raison de la guerre.
Le hajj, cinquième pilier de l'islam
Le hajj est l'un des cinq piliers de l'islam : tout musulman qui en a les moyens doit l'accomplir au moins une fois dans sa vie. Avant d'entrer à La Mecque, les pèlerins se mettent en état de pureté, l'ihram — les hommes revêtent un drap blanc sans couture, qui efface les différences de statut et de nationalité ; les femmes portent des robes amples ne laissant paraître que le visage et les mains. Le rituel se déroule sur plusieurs jours : tours de la Kaaba, nuit à Mina, station au mont Arafat, lapidation symbolique du diable, puis la fête de l'Aïd al-Adha, qui tombe cette année le 27 mai. Gardienne des lieux saints de La Mecque et de Médine, l'Arabie saoudite tire chaque année des milliards de dollars du hajj et de la Omra, le petit pèlerinage.











