Le cadre signé le 26 juin prévoit des retraits israéliens progressifs, à mesure que l'armée libanaise reprend le contrôle du territoire et que le désarmement du Hezbollah y est vérifié. Un seul village a jusqu'ici été transféré. Israël prépare ses troupes à rester, Washington refuse que cette présence devienne permanente, et le Hezbollah ne veut pas déposer les armes avant un départ israélien.
Tout se joue d'abord sur l'ordre des opérations. Pour Israël, le Hezbollah doit être désarmé avant que ses forces quittent entièrement le sud du Liban. Pour le mouvement chiite, toute discussion sur ses armes suppose au contraire un retrait préalable. Le gouvernement libanais a signé l'accord, mais le Hezbollah n'en est pas partie et le rejette depuis le premier jour.
Entre ces positions, les États-Unis tentent d'organiser un processus par étapes : retrait israélien d'une zone, déploiement de l'armée libanaise, recherche et confiscation des armes, puis vérification par un tiers. Le mécanisme n'a été appliqué qu'une fois, et plusieurs de ses règles restent à écrire.
Une déclaration israélienne, puis une précision
Le 12 août, lors d'une visite dans la zone occupée du sud du Liban, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré qu'Israël ne s'en retirerait pas. Il a demandé à l'armée de se préparer à une présence prolongée, destinée selon lui à protéger les habitants du nord d'Israël.
Un responsable du Département d'État américain lui a répondu qu'une présence militaire permanente ne serait pas conforme aux engagements pris dans l'accord du 26 juin. Washington a rappelé qu'Israël avait déclaré ne nourrir aucune ambition territoriale au Liban.
Le lendemain, Israel Katz a précisé sa position : Israël ne se retirerait pas tant que le Hezbollah ne serait pas désarmé et que la menace qu'il représente dans l'ensemble du Liban ne serait pas levée. Cette formulation est plus proche du cadre signé, qui prévoit le départ complet des troupes israéliennes une fois le désarmement achevé.
L'écart ne disparaît pas pour autant. L'accord envisage des retraits partiels pendant le processus, à mesure que des secteurs passent sous le contrôle de l'armée libanaise. La position exprimée par Israel Katz peut être comprise comme un refus de nouveaux retraits tant que le Hezbollah conserve son arsenal à l'échelle nationale.
Un seul village transféré à l'armée libanaise
Le 21 juillet, l'armée libanaise est entrée à Zawtar al-Gharbiyeh, dans le gouvernorat de Nabatiyé, après le retrait des forces israéliennes du village. C'était la première application du programme des « zones pilotes ».
Ce transfert est resté limité. Des soldats israéliens étaient toujours installés à quelques centaines de mètres, dans des localités voisines. Le jour du déploiement libanais, l'armée israélienne a tiré des coups de semonce à proximité des nouvelles positions, affirmant que des soldats avaient pénétré dans un secteur qui ne faisait pas partie de la zone convenue.
Reuters n'a pas pu déterminer si les troupes parties de Zawtar al-Gharbiyeh avaient effectivement quitté le Liban ou si elles avaient seulement rejoint d'autres positions israéliennes dans le Sud. Israël s'est retiré du village, pas de la zone.
Le cadre du 26 juin ne fixe pas de calendrier pour le retrait complet. Il renvoie encore plusieurs questions à une annexe de sécurité et aux négociations conduites sous médiation américaine.
Onze morts dans les frappes du 15 août
Pendant que la diplomatie avance, les frappes et les affrontements continuent. Le 15 août, des attaques israéliennes ont tué au moins onze personnes dans les villages d'Ansar et de Deir al-Zahrani, selon le ministère libanais de la Santé : sept à Ansar, quatre à Deir al-Zahrani, et dix-neuf blessés au total. Le bilan comprenait des femmes et des enfants, d'après l'Agence nationale d'information libanaise. Ce sont les frappes les plus meurtrières depuis l'entrée en vigueur de la trêve, le 20 juin.
L'armée israélienne a présenté ces attaques comme une réponse à une opération du Hezbollah qui a grièvement blessé trois de ses soldats dans la zone occupée. Elle affirme avoir visé des infrastructures militaires et avoir tué à Ansar Ali Samir al-Haj Hassan, qu'elle présente comme un chef de bataillon de la force Radwan.
Selon elle, la famille de cet homme se trouvait dans le bâtiment au moment de la frappe, mais n'en constituait pas la cible. Le propriétaire des lieux, Mohamed Saab, a décrit à l'AFP un petit hôtel touristique : « J'attends toute l'année les trois mois de l'été. Qu'ai-je fait pour mériter ça ? » Les éléments rendus publics ne permettent pas de vérifier indépendamment la fonction exacte du bâtiment.
Le premier ministre libanais, Nawaf Salam, a rejeté la présentation israélienne : les femmes et les enfants tués ne constituent pas une « infrastructure militaire », a-t-il déclaré. Le président Joseph Aoun a estimé que ces frappes adressaient « un message clair » sur le processus de négociation et sur les efforts américains destinés à appliquer l'accord.
Aucun vérificateur n'a encore été choisi
Reste le contrôle du désarmement, l'un des principaux points non résolus. Reuters a rapporté, à partir de trois sources, que le Royaume-Uni, l'Italie, la Suisse et l'Indonésie figuraient parmi les pays susceptibles de fournir du personnel à un mécanisme international. Celui-ci pourrait observer les opérations de l'armée libanaise, participer aux inspections ou certifier qu'un secteur ne contient plus d'armes du Hezbollah.
Un responsable libanais a démenti dès le lendemain que Beyrouth ait donné son accord à cette liste, en indiquant que les discussions se poursuivaient avec Washington. Le Département d'État a confirmé que les réunions de Rome avaient abordé une vérification par un tiers, sans confirmer le nom des pays concernés.
Le mandat, les moyens et les pouvoirs des éventuels vérificateurs ne sont donc pas arrêtés. La question des inspections de propriétés privées est particulièrement sensible : Israël les juge nécessaires, tandis que l'armée libanaise redoute qu'elles provoquent des affrontements avec les habitants ou le Hezbollah.
Une nouvelle session politique doit se tenir à Rome au début de septembre. Les échanges techniques doivent se poursuivre entre-temps à Beyrouth, Jérusalem et Washington.
La FINUL commencera son retrait à la fin de 2026
Le débat sur le futur mécanisme de contrôle intervient alors que la principale force internationale déjà présente dans le Sud a une date de départ. Au 1er juillet, la Force intérimaire des Nations unies au Liban, la FINUL, comptait 7 448 militaires issus de 47 pays, dont 611 Français. Ses casques bleus patrouillent entre le Litani et la Ligne bleue, observent les violations et appuient l'armée libanaise.
En août 2025, le Conseil de sécurité a décidé de prolonger une dernière fois son mandat, jusqu'au 31 décembre 2026. À partir de cette date, la mission devra engager un retrait ordonné et sûr, achevé au plus tard le 31 décembre 2027. Cette décision est antérieure à l'accord israélo-libanais et n'en constitue pas une disposition.
La FINUL n'a pas été désignée pour vérifier le nouveau processus de désarmement. Rien n'indique non plus que le futur mécanisme international sera prêt à prendre le relais lorsqu'elle commencera à réduire ses effectifs.
Au 18 août, trois éléments manquent encore : un calendrier de retraits au-delà de Zawtar al-Gharbiyeh, un système de vérification accepté par les deux gouvernements, et l'adhésion du Hezbollah au désarmement. Les négociateurs doivent se retrouver en septembre avec un premier village transféré, mais sans accord sur la suite.
À savoir
Les bilans des frappes proviennent du ministère libanais de la Santé et de l'Agence nationale d'information. Les objectifs et l'identité des personnes visées sont donnés selon les déclarations de l'armée israélienne lorsqu'ils n'ont pas reçu de confirmation indépendante. L'état des négociations est arrêté au 18 août 2026.











