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Ormuz :
le délai a expiré, le trafic reste presque à l'arrêt

Ce que Téhéran exige pour rouvrir, ce que Washington lui oppose, et ce que le blocage coûte au pétrole, aux navires et aux équipages qui attendent de part et d'autre du détroit.

Mis à jour le jeudi 24 septembre 2026 — 09h58
11 min
Des navires de commerce au large du terminal à conteneurs de Khor Fakkan, à l'entrée du détroit d'Ormuz
Des navires de commerce au large du terminal à conteneurs de Khor Fakkan, sur le golfe d'Oman, à l'entrée du détroit d'Ormuz.© AFP

Six navires de marchandises ont franchi le détroit d'Ormuz mardi 18 août. Ils étaient neuf la veille. Avant le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran, plus de 130 bâtiments y passaient chaque jour.

Donald Trump affirme que le détroit est ouvert. Téhéran soutient qu'il restera fermé tant que Washington ne respectera pas les engagements pris en juin. Entre ces deux versions, les armateurs ont rendu leur propre verdict : la plupart évitent toujours le passage.

Les chiffres du cabinet Kpler, cités par Reuters, placent le trafic quotidien sous la moyenne déjà très réduite des dix jours précédents, qui s'établissait à onze navires. Ces relevés, comme les estimations d'exportations et d'encombrement citées plus loin, viennent de ce cabinet privé. Ils suffisent à exclure l'idée d'un retour à la normale.

Un délai arrivé à terme après un accord déjà défait

Le mémorandum conclu le 17 juin entre Washington et Téhéran fixait une période maximale de soixante jours, prolongeable d'un commun accord, pour négocier un règlement plus large de la guerre, du programme nucléaire iranien et des sanctions américaines.

Cette période s'est achevée sans prolongation. L'accord n'avait cependant pas attendu le mois d'août pour se défaire. Donald Trump l'avait déclaré terminé le 7 juillet. Une semaine plus tard, la diplomatie iranienne l'avait déclaré suspendu. Le dépassement du délai entérine une rupture politique déjà ancienne de plusieurs semaines.

L'Iran lie désormais explicitement la réouverture du détroit au règlement du conflit général. Mohammad Baqer Qalibaf, principal négociateur iranien, a demandé la levée du blocus américain sur les ports du pays, la fin des sanctions pétrolières, la libération des avoirs gelés et l'arrêt des menaces et opérations militaires. D'autres responsables iraniens réclament également une indemnisation des dommages de guerre.

Washington ne donne aucun signe d'acceptation. Donald Trump a déclaré le 18 août qu'il n'y avait « aucune discussion ni conversation en cours, ou programmée, avec la République islamique d'Iran ». Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, affirme que la marine peut maintenir indéfiniment son blocus des ports iraniens. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, promet de nouvelles mesures d'isolement économique.

Le mémorandum est arrivé à échéance sans mécanisme de remplacement. Aucun calendrier de reprise des discussions n'avait alors été annoncé.

Ni américain ni exclusivement iranien

Les déclarations de souveraineté ont pris le pas sur la diplomatie.

Donald Trump a menacé Oman dans des propos rapportés par Fox News et confirmés à l'Associated Press par deux responsables régionaux. Le président américain reproche au sultanat, médiateur traditionnel, de négocier avec l'Iran un système de gestion du détroit qui donnerait à Téhéran un rôle déterminant. Le 18 août, il a publié une carte du passage portant la mention « nouveau territoire des États-Unis ». Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères y a répondu en parlant des « délires de cet individu délirant ».

Plusieurs responsables iraniens répondent que le détroit appartient à l'Iran et que seul Téhéran décidera de son ouverture. Ces deux affirmations politiques ne modifient pas le régime juridique du passage.

Le détroit est bordé par l'Iran au nord et par Oman au sud. Son dispositif de séparation du trafic a été proposé par ces deux pays puis adopté par l'Organisation maritime internationale en 1968 : deux voies, une entrante et une sortante, larges de deux milles nautiques chacune et séparées par une zone de deux milles. Fait rarement rappelé, ce dispositif se trouve tout entier dans les eaux territoriales omanaises, et l'accord de plateau continental conclu ensuite entre les deux pays a placé la ligne médiane de telle sorte que les chenaux profonds navigables tombent majoritairement du côté d'Oman.

Tout arrangement entre riverains doit garantir, a rappelé le Conseil de l'OMI, un droit de passage en transit non discriminatoire et sans entrave pour tous les navires, par le dispositif reconnu de 1968, et un passage libre de tout péage et de toute redevance.

L'Iran et Oman conservent un rôle opérationnel. Chaque État coordonne les navires qui empruntent l'itinéraire passant par ses eaux. Cette organisation de la sécurité ne donne à aucun d'eux un droit exclusif sur l'ensemble du détroit.

Carte des sites stratégiques de la côte sud de l'Iran et du détroit d'Ormuz
Les sites stratégiques de la côte sud de l'Iran, autour du détroit d'Ormuz.Infographie AFP

Un itinéraire négocié avec Oman, mais pas encore de réouverture

Téhéran et Mascate ont annoncé début août s'être entendus sur les coordonnées géographiques d'une route maritime. Un communiqué commun était alors en cours de rédaction.

Cette entente ne constitue pas un accord complet. Selon une source iranienne et deux responsables régionaux interrogés par Reuters, le projet donnerait à l'Iran le contrôle des navires entrant dans le Golfe et un droit de regard sur ceux qui en sortent. Les règles détaillées, les éventuels paiements, les garanties de sécurité et l'articulation avec les sanctions américaines restaient en discussion.

Les professionnels du transport maritime ont signalé un autre obstacle : une compagnie qui verserait de l'argent à une entité iranienne pourrait enfreindre les sanctions américaines ou perdre sa couverture d'assurance. Une route dessinée sur une carte ne suffit pas à convaincre un armateur d'engager un pétrolier et son équipage.

La menace américaine contre Oman ajoute une incertitude. Washington reste étranger au projet bilatéral, mais s'oppose aux dispositions qui accorderaient à l'Iran le contrôle de la circulation entrante et une place dans la gestion des sorties.

En août, les navires s'accumulaient encore dans le Golfe

À la mi-août, Kpler estimait qu'environ 520 navires commerciaux se trouvaient immobilisés ou en attente dans le Golfe. Même après une réouverture complète et une sécurisation de la voie, le cabinet évalue entre six et huit semaines le temps nécessaire pour résorber cet encombrement.

Les traversées avaient brièvement augmenté après la signature du mémorandum : Kpler en avait compté 275 pendant la semaine du 24 juin. Elles étaient retombées à 98 pendant la première semaine d'août, puis à moins de dix par jour à la mi-août.

L'Iran supporte la plus forte baisse mesurée. Ses exportations de pétrole suivies à travers Ormuz sont passées de 1,545 million de barils par jour pendant la semaine du 29 juin à 91 900 barils pendant celle du 3 août, soit un recul de 94 %. Pour les sept autres producteurs du Golfe, les flux suivis avaient diminué d'environ 6 % entre les périodes comparées.

Ces chiffres ne décrivent pas toutes les cargaisons. Une partie du trafic circule sans signal d'identification fiable, et plusieurs producteurs transfèrent désormais leur pétrole entre navires à l'extérieur du Golfe. Ils montrent néanmoins que le mémorandum de juin n'a pas produit la réouverture durable annoncée.

Les attaques maintiennent le risque à un niveau élevé

La prudence des armateurs ne repose pas seulement sur les déclarations de Washington et de Téhéran.

Les Émirats arabes unis ont accusé l'Iran d'avoir attaqué plusieurs navires liés à la compagnie publique Adnoc pendant leur traversée. L'Iran n'a pas revendiqué ces opérations. Les gardiens de la révolution ont cependant menacé les bâtiments associés aux adversaires de Téhéran ou refusant de suivre les directives iraniennes.

Le 18 août, le ministère émirati de la Défense a affirmé que deux missiles balistiques lancés depuis l'Iran avaient visé le trafic maritime : l'un est tombé hors des eaux territoriales du pays, l'autre à l'intérieur. Téhéran a rejeté cette accusation. Tard dans la soirée, Abou Dhabi a suspendu jusqu'à nouvel ordre l'ensemble de ses échanges commerciaux, économiques et financiers avec l'Iran.

Un navire a été touché le même jour par un projectile non identifié alors qu'il traversait le détroit, selon l'organisme britannique chargé de la surveillance maritime, qui a reçu le signalement tôt le matin. L'impact a endommagé la salle des machines et fait une victime parmi l'équipage. Les garde-côtes omanais ont porté assistance au reste du bord. Ni le nom, ni le type, ni le pavillon du bâtiment n'ont été rendus publics.

C'est ce jour-là que Donald Trump a écrit que le détroit était « ouvert et en service » et que « toutes les mines ont été retirées ou détruites ». Six navires l'ont franchi.

Dans ces conditions, le mot « ouvert » ne décrit pas la réalité commerciale. Un passage peut être physiquement empruntable et rester économiquement fermé lorsque les équipages, les compagnies et les assureurs refusent le risque.

Le pétrole a franchi la barre des cent dollars

Le Brent a clôturé le 18 août à 91,02 dollars le baril, son niveau le plus élevé depuis le 24 juillet. Il a franchi les 100 dollars le 9 septembre, pour la première fois depuis juillet, dépassé 101,60 dollars le lendemain et fini la semaine suivante près de 105. Les marchés réagissent moins à chaque déclaration qu'à la perspective d'une perturbation durable du transport et de la production.

Avant la guerre, le détroit concentrait environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. L'Agence américaine d'information sur l'énergie estime que les volumes de pétrole et de produits liquides passant par Ormuz n'ont atteint que 4,9 millions de barils par jour au deuxième trimestre 2026, contre 21,6 millions au dernier trimestre de 2025.

Elle table sur des flux encore très contraints en août, puis sur une reprise progressive à partir de septembre. Dans son scénario publié le 11 août, les modes de production et de commerce ne retrouveraient globalement leur situation d'avant-guerre qu'au début de 2027. Certains producteurs du Golfe pourraient rester en dessous de leur niveau antérieur pendant toute la période de prévision.

En septembre, la guerre s'est portée sur les pétroliers

Le 8 septembre, l'armée américaine a annoncé avoir détruit cinq pétroliers iraniens, en représailles à des attaques des Gardiens de la Révolution contre un navire de l'armée américaine. « À chaque fois qu'ils le font ou tentent de le faire, ils vont perdre des pétroliers », a prévenu le secrétaire d'État Marco Rubio. Le lendemain, les Gardiens ont revendiqué une riposte en deux temps : une attaque contre la base américaine d'Al-Azraq, en Jordanie, à cent kilomètres à l'est d'Amman — l'armée jordanienne a compté vingt missiles, dont dix-huit interceptés —, et des tirs contre deux bâtiments américains, huit pétroliers et dix autres navires qui tentaient de franchir le détroit. L'organisme britannique de surveillance maritime a signalé le même jour plusieurs navires en feu.

Téhéran est allé plus loin que le détroit. L'Iran a annoncé étendre la zone soumise à autorisation de navigation au-delà d'Ormuz, et les Gardiens ont revendiqué un contrôle élargi à une partie du golfe d'Oman et à une partie de la mer d'Arabie. Ils affirment aussi avoir capturé à l'entrée du détroit « l'un des drones sous-marins les plus modernes de l'armée américaine » ; Washington parle d'un appareil « d'un modèle ancien » tombé en panne. En face, la marine américaine maintient son blocus des ports iraniens.

Donald Trump, qui a déclenché cette guerre en février aux côtés de Benjamin Netanyahou, a prédit le 9 septembre qu'elle s'arrêterait « immédiatement après les élections » américaines de mi-mandat, début novembre. Il n'a pas répété ce calendrier le soir même devant sa convention.

La voie de remplacement par la mer Rouge s'est refermée à son tour. Après avoir déclaré le 20 juillet un blocus visant l'Arabie saoudite, les houthis yéménites ont pris le 11 septembre la côte de la mer Rouge et les îles de Bab el-Mandeb, le détroit qui commande l'entrée sud de la mer Rouge ; ils disent la navigation sûre pour tous sauf pour les navires saoudiens, interdits d'accès. Le royaume dispose de terminaux sur cette façade, à l'opposé du Golfe, et a dû fermer quelques jours son oléoduc Est-Ouest, celui-là même qui sert à contourner Ormuz : tenus aux deux bouts, les deux passages ne laissent plus d'issue commode au premier exportateur mondial.

Les discussions ont repris à New York, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. Le 22 septembre, des médiateurs ont fait la navette entre les délégations, et les médias d'État iraniens ont fait état d'une rencontre entre le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et l'émissaire américain Steve Witkoff. Téhéran pose les mêmes conditions : la levée du blocus de ses ports, le déblocage de ses avoirs gelés et l'arrêt de la guerre menée contre lui et ses alliés. Il se dit capable de rouvrir le détroit en sept jours si Washington desserre l'étau. Sur l'eau, rien n'a bougé : le 21 septembre, deux navires de marchandises seulement ont franchi Ormuz, contre dix la veille, selon les données citées par Reuters, et un pétrolier, le LR Stephanie, y a été touché par un projectile non identifié, qui a légèrement blessé deux marins.

Une réouverture demande davantage qu'un accord sur une carte

Quatre conditions manquent encore pour que le trafic reprenne normalement : un accord politique entre Washington et Téhéran, ou au minimum une désescalade durable ; un règlement du blocus américain et des conditions posées par l'Iran ; une route reconnue, sécurisée et coordonnée avec Oman et les organismes maritimes internationaux ; enfin des garanties permettant aux armateurs et aux assureurs de reprendre les traversées.

Au 23 septembre, aucune de ces conditions n'est entièrement remplie.

Le détroit d'Ormuz reste franchissable : quelques bâtiments le traversent chaque jour. Il n'est pas ouvert pour autant, au sens où l'entend le commerce maritime. Tant que les déclarations opposées ne seront pas remplacées par des règles communes et des garanties de sécurité, les navires continueront de s'accumuler de part et d'autre du passage.

L'essentiel

  • Le délai de soixante jours ouvert par le mémorandum du 17 juin s'est achevé sans prolongation, sur une rupture politique déjà ancienne.
  • À la mi-août, quelque 520 navires patientaient dans le Golfe, et il faudrait six à huit semaines pour résorber la file après une réouverture.
  • Le couloir de navigation reconnu depuis 1968 relève entièrement d'Oman, ce qui contredit l'idée d'un détroit iranien.

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