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Mojtaba Khamenei est-il vivant ? Ce que l'on sait du fils du Guide suprême

Désigné Guide suprême de l'Iran le 9 mars 2026 après la mort de son père Ali Khamenei le 28 février, Mojtaba Khamenei n'est pas apparu publiquement depuis. Une directive sur l'uranium attribuée au Guide marque, le 21 mai, sa première intervention politique de fond.

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Mojtaba Khamenei, fils du Guide supr�me iranien Ali Khamenei
Mojtaba Khamenei lors d'une apparition publique en mars 2026. Photo d'archives.© AFP / Hamed Jafarnejad / ISNA

Aucune apparition publique depuis le 9 mars 2026

L'Assemblée des experts, l'instance constitutionnellement chargée de désigner le Guide suprême, a tenu un vote interne du 3 au 8 mars 2026. L'annonce officielle est tombée le 9 mars : le successeur d'Ali Khamenei est son fils Mojtaba, né en 1969 à Mashhad. Né dans une famille de clercs chiites, Mojtaba a étudié à Qom auprès des maîtres conservateurs, sans être devenu lui-même ayatollah de premier rang — une faiblesse dogmatique compensée par son contrôle des services de sécurité.

Depuis cette annonce, le compteur des apparitions publiques en télévision d'État, en photographie de presse ou en audio diffusé reste à zéro. Le premier message officiel attribué à Mojtaba date du 12 mars : une seule phrase, lue à l'antenne sous photo fixe ancienne, fait office de doctrine — « Le levier du blocage du détroit d'Ormuz doit continuer à être utilisé. » Aucune vidéo n'a accompagné ce message. Plusieurs autres communiqués ont suivi, toujours sans image en direct.

Le contraste est lourd. Ali Khamenei, son père et prédécesseur, avait pour habitude de prononcer publiquement un discours par semaine au moins, dans des cérémonies religieuses, militaires ou diplomatiques. La transmission de la fonction de Guide est, dans l'écosystème politique iranien, indissociable d'une présence visuelle constante. Son absence n'est pas neutre.

Les rencontres confirmées par les responsables iraniens

La levée partielle du silence, depuis le 15 mai, vient des interlocuteurs eux-mêmes.

Premier signal. Quelques jours avant le 17 mai, la télévision d'État iranienne a annoncé une rencontre entre Mojtaba Khamenei et Ali Abdollahi, chef du commandement des forces armées de la République islamique. Selon la TV d'État, le Guide aurait donné « de nouvelles directives et orientations pour la poursuite des opérations visant à affronter l'ennemi ». Aucune image n'a accompagné l'annonce.

Deuxième signal. Le 7 mai, le président Masoud Pezeshkian a déclaré, à la télévision d'État, avoir rencontré Mojtaba pendant plus de deux heures et demie. C'est la première confirmation publique, par un haut responsable lui-même, d'un entretien direct avec le Guide depuis l'annonce du 9 mars. Pezeshkian n'a donné ni date précise ni lieu de l'entretien. Aucune image, à nouveau.

Ces deux séquences cassent la rumeur la plus radicale — celle d'un Guide définitivement disparu — mais elles n'apportent pas d'élément empirique vérifiable par des tiers. La confirmation reste de second degré : « il existe parce qu'on me dit qu'il existe ».

21 mai : la directive Reuters sur l'uranium enrichi

Le 21 mai 2026, l'agence Reuters publie une dépêche fondée sur deux sources iraniennes haut placées : le Guide suprême Mojtaba Khamenei a donné instruction que l'uranium enrichi détenu par l'Iran ne quitte pas le territoire. Citation d'une source : « La directive du Guide suprême est que le stock d'uranium enrichi ne doit pas quitter le pays. » Aucun texte officiel n'a été publié à ce stade. Aucune date de signature n'est avancée. La presse iranienne d'État ne confirme pas formellement.

C'est, depuis le 9 mars, la première intervention politique de fond attribuée publiquement à Mojtaba Khamenei. Et elle porte sur le dossier le plus sensible des négociations en cours : le stock d'uranium enrichi à 60 % détenu par l'Iran (440,9 kg dans le dernier inventaire AIEA pré-frappes ; localisation exacte non vérifiée depuis). Donald Trump posait jusqu'ici le transfert hors d'Iran de ce stock comme condition à un accord. Sa position, reprise dans la presse économique : « Nous le récupèrerons. Nous n'en avons pas besoin, nous n'en voulons pas. Nous le détruirons probablement après l'avoir obtenu, mais nous n'allons pas les laisser l'avoir. »

L'argument iranien, repris par les sources qui ont parlé à Reuters : déplacer le stock hors du territoire l'exposerait à toute frappe future contre le convoi ou le pays de destination. La République islamique soupçonne aussi Washington d'utiliser la pause actuelle des combats comme manœuvre tactique avant une reprise possible des frappes. Pour la suite des arbitrages diplomatiques et le calendrier de Donald Trump, voir le tracker quotidien Trump-Iran.

Silence iranien, contradiction américaine après la directive

Aucune apparition publique de Mojtaba Khamenei n'a été enregistrée dans les jours qui ont suivi la directive Reuters du 21 mai. Aucun démenti officiel iranien n'a non plus été émis sur son état de santé.

Côté américain, la position s'effrite. Le 22 mai, deux responsables américains assurent à l'Associated Press que l'Iran s'est engagé « en termes généraux » à abandonner son stock d'uranium enrichi — un récit en contradiction directe avec la directive attribuée à Mojtaba la veille. Le 23 mai, des médias iraniens d'État ajoutent que le détroit d'Ormuz restera lui aussi sous gestion iranienne, sans nouvelle parole orale du Guide.

La dernière apparition publique vérifiable de Mojtaba Khamenei reste celle d'avant le 9 mars 2026. La directive uranium est sa seule trace politique active depuis sa désignation.

Les blessures du 28 février : version officielle et version New York Times

Sur l'état de santé, deux récits coexistent.

Version officielle iranienne. Le chef du protocole du bureau du Guide suprême a tenu plusieurs points devant des partisans depuis avril. Mojtaba est « en parfaite santé », d'abord ; puis « en bonne santé », ensuite ; et finalement — concession significative — il a été atteint par « un éclat d'obus » derrière l'oreille dans la frappe du 28 février qui a tué son père. Aucun handicap durable n'est reconnu. Aucun protocole médical n'est documenté.

Version du New York Times. Le quotidien américain a publié le 23 avril 2026 une enquête fondée sur vingt-trois sources iraniennes anonymes — diplomates, anciens responsables, personnel médical. Selon ces sources, Mojtaba aurait été grièvement blessé dans la même frappe. Le bilan dépeint dans l'article : trois opérations chirurgicales à la jambe, prothèse en attente, visage et lèvres sévèrement brûlés, parole rendue difficile, une main opérée. Il vivrait dans un lieu tenu secret, entouré d'une équipe médicale présente vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Selon les mêmes sources, le Guide resterait « mentalement lucide et engagé » dans les décisions stratégiques, malgré les séquelles physiques.

L'écart entre les deux versions n'a pas été comblé. Téhéran n'a pas répondu sur le fond aux éléments du NYT.

Comment Mojtaba communique : les courriers en moto

L'enquête du New York Times documente aussi le mode de communication entre le Guide et ses interlocuteurs. Pas de téléphone, pas de visioconférence, pas de réseau diplomatique chiffré classique. La communication passe par messages manuscrits scellés, transmis par une chaîne de courriers — en voiture et en moto — qui empruntent des routes secondaires entre la cachette du Guide et les administrations destinataires.

La logique sous-jacente est explicite. Les services israéliens ont démontré depuis 2024 leur capacité à géolocaliser les téléphones des responsables iraniens. La traque qui a tué Hassan Nasrallah en septembre 2024, puis Ali Khamenei en février 2026, s'est appuyée sur des renseignements humains et électroniques convergents. Couper toute trace électronique est devenu, pour le successeur, une condition de survie.

Le NYT précise un autre point. Les commandants du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) évitent désormais de rendre visite au Guide, par crainte qu'Israël ne pousse leurs déplacements jusqu'à la cachette. Ce sont les courriers qui se déplacent, pas les généraux.

Qui dirige vraiment l'Iran depuis le 28 février ?

Dans l'attente d'une présence publique du Guide, l'exécutif iranien fonctionne par délégation collective. Le New York Times a identifié un « triangle » qui prend les décisions au quotidien. Trois figures, anciens compagnons de Mojtaba dans la guerre Iran-Irak des années 1980 :

  • Hossein Taeb — ex-chef du renseignement de l'IRGC, expert des dossiers sécuritaires
  • Mohsen Rezaei — général, ancien commandant de Mojtaba dans les années 1980, sorti de retraite après le 28 février
  • Mohammad Bagher Ghalibaf — président du Parlement (Majles), désormais en charge des négociations bilatérales avec Washington, à la place d'Abbas Araghchi

L'annonce de Pezeshkian le 7 mai — entretien de deux heures et demie avec Mojtaba — donne au président une visibilité nouvelle dans l'arène intérieure. Le commandant de l'IRGC Ahmad Vahidi, en poste depuis le 1er mars, gère le volet militaire.

Le silence comme stratégie : fonctions défensive et politique

L'invisibilité prolongée n'est pas un accident. Elle a une fonction défensive — couper toute trace, éviter une élimination par le Mossad — et une fonction politique. Tant que Mojtaba n'apparaît pas, la rumeur de sa mort, de son incapacité ou de son simple effacement reste vivante. Cette ambiguïté nourrit la peur dans l'opinion publique iranienne et donne aux exécutants une marge d'autonomie inhabituelle.

La directive du 21 mai sur l'uranium change l'équation à un point précis. Elle prouve que le Guide existe et qu'il parle — par sources interposées, sans image, mais sur le dossier le plus structurant du conflit. Le silence absolu est rompu sur le fond, sans l'être sur la forme.

Apparition publique, succession, diplomatie : les inconnues encore ouvertes

  • Une éventuelle apparition vidéo ou photographique vérifiable de Mojtaba Khamenei
  • Toute nouvelle directive politique attribuée au Guide après celle du 21 mai sur l'uranium — voir l'évolution dans le tracker quotidien Trump-Iran
  • La concurrence entre Pezeshkian et le triangle Taeb-Rezaei-Ghalibaf pour le contrôle de la diplomatie iranienne
  • La position de l'Assemblée des experts, qui pourrait, en cas d'incapacité prolongée du Guide, activer un mécanisme de gouvernance collégiale — précédent inexistant dans l'histoire de la République islamique
  • Le sort d'Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères dont la marge s'érode depuis le 30 avril selon Iran International

L'essentiel

  • Désigné le 9 mars 2026 par l'Assemblée des experts, après la mort d'Ali Khamenei tué le 28 février
  • Aucune apparition publique depuis : ni vidéo, ni audio, ni cliché récent authentifié
  • 21 mai : directive Reuters interdisant l'export du stock d'uranium enrichi (440,9 kg à 60 %, dernier inventaire AIEA)
  • Communication par messages manuscrits scellés transmis par des courriers en moto (enquête NYT 23 avril)
  • Pouvoir effectif partagé entre Pezeshkian et un triangle Taeb-Rezaei-Ghalibaf, plus le commandant IRGC Vahidi

Questions fréquentes

Mojtaba Khamenei est-il vivant en mai 2026 ?
Selon toutes les sources iraniennes officielles : oui. Le chef du protocole du bureau du Guide suprême affirme depuis avril que Mojtaba est « en bonne santé », tout en reconnaissant qu'un éclat d'obus l'a atteint « derrière l'oreille » dans la frappe du 28 février 2026 qui a tué son père Ali Khamenei. Le 7 mai, le président Masoud Pezeshkian a déclaré à la télévision d'État avoir rencontré Mojtaba pendant plus de deux heures et demie. Le 21 mai, Reuters rapporte une directive politique attribuée au Guide sur le stock d'uranium enrichi. Mojtaba lui-même n'a cependant pas reparu publiquement.
Pourquoi Mojtaba Khamenei n'apparaît-il pas publiquement depuis sa nomination ?
Deux raisons s'additionnent. Sécuritaire : l'enquête du New York Times du 23 avril 2026 décrit, sur la base de 23 sources iraniennes anonymes, une communication par messages manuscrits scellés transmis par des courriers en voiture et en moto. Couper toute trace électronique et physique est devenu une condition de survie après l'élimination d'Ali Khamenei le 28 février. Médicale : selon les mêmes sources, Mojtaba aurait été grièvement blessé dans la même frappe — trois opérations à la jambe, brûlures sévères au visage et aux lèvres, une main opérée. La version officielle iranienne reconnaît uniquement un éclat d'obus.
Que dit la directive du 21 mai 2026 attribuée à Mojtaba Khamenei sur l'uranium enrichi ?
Selon Reuters, citant deux sources iraniennes haut placées, le Guide suprême a donné instruction que l'uranium enrichi détenu par l'Iran ne quitte pas le territoire. Aucun texte officiel n'a été publié à ce stade. Elle vise le stock d'uranium enrichi à 60 % iranien — 440,9 kg dans le dernier inventaire AIEA pré-frappes, localisation non confirmée depuis. La directive ferme l'une des principales exigences américaines, qui consistait à transférer ce stock hors d'Iran. C'est la première intervention politique de fond attribuée publiquement à Mojtaba depuis sa désignation le 9 mars.
Qui est Mojtaba Khamenei et pourquoi a-t-il succédé à son père Ali ?
Mojtaba Khamenei, né en 1969 à Mashhad, est le deuxième fils d'Ali Khamenei, Guide suprême de l'Iran de 1989 au 28 février 2026. Étudiant à Qom auprès des maîtres conservateurs, Mojtaba n'a pas atteint le rang d'ayatollah de premier rang dans la hiérarchie cléricale chiite — une faiblesse dogmatique compensée, depuis les années 2000, par son contrôle progressif des services de sécurité et de la garde rapprochée du Guide. Sa désignation par l'Assemblée des experts le 9 mars 2026 marque la première transition du pouvoir suprême en Iran depuis 1989. Elle est aussi la première transmission héréditaire de la fonction.
Qui dirige effectivement l'Iran en l'absence visuelle du Guide ?
Le pouvoir effectif se répartit entre plusieurs figures, selon une cartographie identifiée par le New York Times le 23 avril 2026. Un triangle de trois anciens compagnons de Mojtaba dans la guerre Iran-Irak des années 1980 : Hossein Taeb, Mohsen Rezaei, Mohammad Bagher Ghalibaf. À ce triangle s'ajoute désormais Masoud Pezeshkian, dont la visibilité augmente avec son entretien direct avec Mojtaba annoncé le 7 mai. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi reste en place mais son périmètre s'érode. Le commandant en chef de l'IRGC Ahmad Vahidi, en poste depuis le 1er mars 2026, gère le volet militaire.

Antoine Lefebvre

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