Trump veut rallier Ryad et Doha aux accords d'Abraham
Donald Trump a haussé le ton lundi 25 mai. Dans un long message sur les réseaux sociaux, le président américain a appelé l'Arabie saoudite et le Qatar à normaliser leurs relations avec Israël — et à le faire sans tarder. « Tous ces pays devraient être obligés, au minimum, de signer simultanément les accords d'Abraham », a-t-il écrit, faisant de cette normalisation une pièce de l'accord de paix qu'il négocie avec l'Iran. Faute de quoi, a-t-il prévenu, ils ne devraient pas faire partie de cet accord.
Les accords d'Abraham, cinq ans après
Signés en 2020, sous le premier mandat de Donald Trump, les accords d'Abraham ont ouvert la voie à une normalisation des relations entre Israël et plusieurs pays à majorité musulmane : les Émirats arabes unis et Bahreïn, rejoints par le Maroc et le Soudan. Mais le mouvement s'est arrêté là. L'Arabie saoudite — le poids lourd régional —, comme la Syrie et le Liban, ont jusqu'ici refusé de s'y joindre. Et la guerre à Gaza a durci les positions : Riyad conditionne désormais toute reconnaissance d'Israël à la création d'un État palestinien souverain et viable.
Une condition greffée sur l'accord avec l'Iran
La sortie de Trump s'inscrit dans des négociations déjà ardues avec Téhéran, que nous suivons au fil des jours. Ces dernières 48 heures, la situation, dans l'impasse depuis des semaines, a semblé se débloquer : visite du chef de l'armée pakistanaise — médiateur des discussions — à Téhéran, contacts diplomatiques tous azimuts, et une délégation iranienne de haut niveau (négociateur en chef, gouverneur de la banque centrale) dépêchée au Qatar, une première dans le Golfe depuis les frappes de représailles iraniennes.
Ni Washington ni Téhéran ne promettent pour autant une signature rapide. « Nous sommes parvenus à une conclusion sur une grande partie des questions », a reconnu le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, avant de tempérer : « De là à dire que la signature est imminente, personne ne peut l'affirmer. » Trump, lui, prévient : « Soit l'accord sera excellent et significatif, soit il n'y aura pas d'accord. »
Pourquoi l'Arabie saoudite résiste
Greffer la normalisation avec Israël sur un accord censé mettre fin à la guerre avec l'Iran ajoute une couche de complexité. « Cela montre à quel point [l'administration américaine] comprend mal le Moyen-Orient », juge Anna Jacobs, de l'Institut des États arabes du Golfe, à Washington. Pour Riyad, reconnaître Israël en pleine guerre de Gaza, sans contrepartie pour les Palestiniens, reste politiquement intenable.
Sur les marchés, l'espoir d'Ormuz
Les marchés, eux, ont préféré retenir les signaux positifs. Porté par l'espoir d'une réouverture du détroit d'Ormuz, dont le verrouillage par Téhéran fait flamber les cours depuis le début de la guerre, le Brent a perdu 5 % lundi, repassant sous 100 dollars pour la première fois en deux semaines ; les Bourses européennes ont nettement progressé. Téhéran a même esquissé un compromis sur le détroit, évoquant des « frais pour services de navigation » plutôt que des péages.
Les obstacles qui demeurent
Plusieurs contentieux peuvent encore tout faire dérailler. Israël exige d'« éliminer entièrement la menace nucléaire » iranienne — un sujet que Téhéran refuse d'aborder dans l'immédiat. L'Iran réclame la levée du blocus américain de ses ports, que Trump veut maintenir « jusqu'à ce qu'un accord soit conclu, certifié et signé », ainsi que le dégel de ses avoirs bloqués à l'étranger. Reste le front libanais, « la pilule empoisonnée » selon l'analyste Ali Vaez (International Crisis Group) : Téhéran veut un cessez-le-feu sur tous les fronts, Liban compris, et « ne peut se permettre de sacrifier le Hezbollah ». Lundi encore, une frappe israélienne visait le village de Zibqin, dans le sud du Liban.











