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Accords d'Abraham :
pourquoi Trump veut y rallier l'Arabie saoudite et le Qatar

Donald Trump appelle l'Arabie saoudite et le Qatar à signer les accords d'Abraham et à normaliser leurs relations avec Israël, condition qu'il greffe sur l'accord de paix négocié avec l'Iran. Pourquoi Riyad résiste, où en sont les négociations, et ce que ça change pour le pétrole.

Mis à jour le lundi 25 mai 2026 — 17h41
4 min
Le président américain Donald Trump, le 22 mai 2026 à Morristown
Le président américain Donald Trump, le 22 mai 2026 à Morristown© AFP / Brendan SMIALOWSKI

Trump veut rallier Ryad et Doha aux accords d'Abraham

Donald Trump a haussé le ton lundi 25 mai. Dans un long message sur les réseaux sociaux, le président américain a appelé l'Arabie saoudite et le Qatar à normaliser leurs relations avec Israël — et à le faire sans tarder. « Tous ces pays devraient être obligés, au minimum, de signer simultanément les accords d'Abraham », a-t-il écrit, faisant de cette normalisation une pièce de l'accord de paix qu'il négocie avec l'Iran. Faute de quoi, a-t-il prévenu, ils ne devraient pas faire partie de cet accord.

Les accords d'Abraham, cinq ans après

Signés en 2020, sous le premier mandat de Donald Trump, les accords d'Abraham ont ouvert la voie à une normalisation des relations entre Israël et plusieurs pays à majorité musulmane : les Émirats arabes unis et Bahreïn, rejoints par le Maroc et le Soudan. Mais le mouvement s'est arrêté là. L'Arabie saoudite — le poids lourd régional —, comme la Syrie et le Liban, ont jusqu'ici refusé de s'y joindre. Et la guerre à Gaza a durci les positions : Riyad conditionne désormais toute reconnaissance d'Israël à la création d'un État palestinien souverain et viable.

Une condition greffée sur l'accord avec l'Iran

La sortie de Trump s'inscrit dans des négociations déjà ardues avec Téhéran, que nous suivons au fil des jours. Ces dernières 48 heures, la situation, dans l'impasse depuis des semaines, a semblé se débloquer : visite du chef de l'armée pakistanaise — médiateur des discussions — à Téhéran, contacts diplomatiques tous azimuts, et une délégation iranienne de haut niveau (négociateur en chef, gouverneur de la banque centrale) dépêchée au Qatar, une première dans le Golfe depuis les frappes de représailles iraniennes.

Ni Washington ni Téhéran ne promettent pour autant une signature rapide. « Nous sommes parvenus à une conclusion sur une grande partie des questions », a reconnu le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, avant de tempérer : « De là à dire que la signature est imminente, personne ne peut l'affirmer. » Trump, lui, prévient : « Soit l'accord sera excellent et significatif, soit il n'y aura pas d'accord. »

Pourquoi l'Arabie saoudite résiste

Greffer la normalisation avec Israël sur un accord censé mettre fin à la guerre avec l'Iran ajoute une couche de complexité. « Cela montre à quel point [l'administration américaine] comprend mal le Moyen-Orient », juge Anna Jacobs, de l'Institut des États arabes du Golfe, à Washington. Pour Riyad, reconnaître Israël en pleine guerre de Gaza, sans contrepartie pour les Palestiniens, reste politiquement intenable.

Sur les marchés, l'espoir d'Ormuz

Les marchés, eux, ont préféré retenir les signaux positifs. Porté par l'espoir d'une réouverture du détroit d'Ormuz, dont le verrouillage par Téhéran fait flamber les cours depuis le début de la guerre, le Brent a perdu 5 % lundi, repassant sous 100 dollars pour la première fois en deux semaines ; les Bourses européennes ont nettement progressé. Téhéran a même esquissé un compromis sur le détroit, évoquant des « frais pour services de navigation » plutôt que des péages.

Les obstacles qui demeurent

Plusieurs contentieux peuvent encore tout faire dérailler. Israël exige d'« éliminer entièrement la menace nucléaire » iranienne — un sujet que Téhéran refuse d'aborder dans l'immédiat. L'Iran réclame la levée du blocus américain de ses ports, que Trump veut maintenir « jusqu'à ce qu'un accord soit conclu, certifié et signé », ainsi que le dégel de ses avoirs bloqués à l'étranger. Reste le front libanais, « la pilule empoisonnée » selon l'analyste Ali Vaez (International Crisis Group) : Téhéran veut un cessez-le-feu sur tous les fronts, Liban compris, et « ne peut se permettre de sacrifier le Hezbollah ». Lundi encore, une frappe israélienne visait le village de Zibqin, dans le sud du Liban.

L'essentiel

  • Donald Trump appelle l'Arabie saoudite et le Qatar à signer les accords d'Abraham et à normaliser leurs relations avec Israël, comme condition de l'accord de paix négocié avec l'Iran.
  • Les accords d'Abraham (2020) ont normalisé les relations d'Israël avec les Émirats, Bahreïn, le Maroc et le Soudan ; l'Arabie saoudite, la Syrie et le Liban ont refusé jusqu'ici.
  • Riyad conditionne toute reconnaissance d'Israël à la création d'un État palestinien, une position durcie par la guerre de Gaza.
  • Les négociations USA-Iran montrent des progrès, mais aucune signature n'est imminente ; une délégation iranienne s'est rendue au Qatar.
  • Sur les marchés, le Brent a perdu 5 % et repassé sous 100 dollars, porté par l'espoir d'une réouverture du détroit d'Ormuz.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que les accords d'Abraham ?
Signés en 2020 sous le premier mandat de Donald Trump, les accords d'Abraham ont normalisé les relations diplomatiques entre Israël et plusieurs pays à majorité musulmane : les Émirats arabes unis, Bahreïn, puis le Maroc et le Soudan. Plusieurs États, dont l'Arabie saoudite, la Syrie et le Liban, ne s'y sont jamais joints.
Que demande Donald Trump à l'Arabie saoudite et au Qatar ?
Il leur demande de signer les accords d'Abraham et de normaliser leurs relations avec Israël, « au minimum » et « simultanément », et fait de cette démarche une condition de l'accord de paix qu'il négocie avec l'Iran. Selon lui, les pays qui refuseraient ne devraient pas faire partie de cet accord.
Pourquoi l'Arabie saoudite refuse-t-elle de normaliser avec Israël ?
Riyad conditionne toute reconnaissance d'Israël à la création d'un État palestinien souverain et viable. La guerre à Gaza a durci cette position : une normalisation sans contrepartie pour les Palestiniens est jugée politiquement intenable par le royaume.
Où en sont les négociations entre les États-Unis et l'Iran ?
Téhéran fait état de progrès sur une grande partie des questions, mais écarte toute signature imminente. Plusieurs obstacles demeurent : la question nucléaire (qu'Israël veut traiter et que Téhéran refuse d'aborder dans l'immédiat), le blocus américain des ports iraniens, le dégel des avoirs iraniens et le front libanais.
Quel effet sur le prix du pétrole ?
L'espoir d'une réouverture du détroit d'Ormuz a fait baisser les cours : le Brent a perdu 5 % et est repassé sous 100 dollars pour la première fois en deux semaines, tandis que les Bourses européennes progressaient.

Antoine Lefebvre

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