Le toit de la cathédrale de la Dormition fumait encore lorsque Volodymyr Zelensky est arrivé sur place, lundi matin. La nuit précédente, une pluie de drones et de missiles russes s'est abattue sur Kiev et plusieurs villes d'Ukraine, faisant au moins onze morts et ravageant l'un des sanctuaires orthodoxes les plus emblématiques du pays, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco.
Un sanctuaire au cœur des combats
La cathédrale de la Dormition appartient à la Laure des Grottes de Kiev, un monastère aux dômes dorés fondé au XIᵉ siècle, déjà détruit puis reconstruit après la Seconde Guerre mondiale. L'incendie a éventré une façade et partiellement effondré la toiture ; à l'intérieur, les icônes sont apparues intactes, selon les secouristes. Le lieu n'est pas seulement ukrainien : il revêt une forte importance religieuse pour la Russie elle-même, et se trouvait depuis des années au cœur d'un conflit confessionnel, après l'expulsion de moines accusés — ce qu'ils démentent — de liens avec Moscou. « Un crime contre l'humanité, l'Histoire, la chrétienté », a dénoncé le métropolite Épiphane, primat de l'Église orthodoxe d'Ukraine. L'Unesco a condamné l'attaque, et « rien ne justifie cette attaque contre notre patrimoine universel », a réagi Emmanuel Macron.
Deux versions de la frappe
Sur l'origine du sinistre, les deux camps s'opposent frontalement. Pour Kiev, la Russie a visé « délibérément » le quartier du monastère avec deux drones : les services de sécurité ukrainiens (SBU) disent avoir récupéré sur place les débris d'un drone russe Gueran-2, et des journalistes de l'AFP ont vu des enquêteurs emporter l'aileron d'un engin. Moscou dément avoir pris pour cible l'édifice — important, aussi, pour l'orthodoxie russe — et affirme qu'il a été touché par un missile américain Patriot tiré par la défense antiaérienne ukrainienne. À ce stade, aucune source indépendante ne permet de trancher.
Une nuit de bombardements
La frappe sur la Laure des Grottes s'inscrit dans un déluge de feu. Selon l'armée de l'air ukrainienne, la Russie a tiré dans la nuit 70 missiles et 611 drones, dont la grande majorité a été interceptée. À Kiev, des habitants ont couru se mettre à l'abri sous un ciel rougi par les incendies ; au moins cinq y ont été tués. À Kharkiv, quatre secouristes et un employé municipal ont péri ; une autre personne est morte à Kherson. Les bombardements ont aussi touché le studio de cinéma historique Dovjenko, le Musée des Beaux-Arts de Kharkiv et la Maison de la musique de Dnipro. Moscou a affirmé avoir visé des usines de drones et de munitions, des aérodromes et des centres de recrutement, et avait promis des frappes « systématiques » après une attaque ukrainienne meurtrière sur le dortoir d'un lycée en territoire occupé. Côté russe, une attaque de drones ukrainiens sur Toula, au sud de Moscou, a fait trois morts.
Au G7, l'appel de Zelensky
Les frappes sont survenues alors que les dirigeants du G7 étaient réunis en France. Le président ukrainien a réclamé une « réponse décisive et substantielle » : « davantage de pression sur l'agresseur et davantage de soutien à la défense antiaérienne ». Lors d'un entretien téléphonique avec Donald Trump, il a aussi proposé de rencontrer Vladimir Poutine aux États-Unis, un format que le maître du Kremlin, selon lui, « aurait beaucoup plus de mal à refuser ». Plus de quatre ans après le début de l'invasion russe, la médiation américaine reste au point mort, même si le Kremlin a évoqué un prochain retour en Russie des émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner.
Sur place, un ecclésiastique, Makary, raconte avoir été tiré du lit par un « vacarme terrible ». « Il y avait de la fumée, du feu, des gens qui criaient, la confusion. Alors moi aussi, je me suis caché. » Au-dessus de lui, les dômes dorés de la Laure tenaient encore.











