L'incendie venait d'être éteint lorsque Volodymyr Zelensky est arrivé au chevet de la cathédrale de la Dormition, au matin du 15 juin 2026. La nuit précédente, une pluie de drones et de missiles russes s'est abattue sur Kiev et plusieurs villes d'Ukraine, faisant au moins onze morts et ravageant l'un des sanctuaires orthodoxes les plus emblématiques du pays, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco.
Un sanctuaire au cœur des tensions
La cathédrale de la Dormition appartient à la Laure des Grottes de Kiev, un monastère aux dômes dorés fondé au XIᵉ siècle, déjà détruit puis reconstruit après la Seconde Guerre mondiale. L'incendie a éventré une façade et partiellement détruit la toiture ; à l'intérieur, les icônes apparaissaient intactes. « La plupart des dégâts concernent le toit », a constaté un secouriste, Ivan. Le lieu n'est pas seulement ukrainien : il revêt une forte importance religieuse pour la Russie elle-même, et se trouvait depuis des années au cœur d'un conflit confessionnel, après l'expulsion de moines accusés — ce qu'ils démentent — de liens avec Moscou. Le métropolite Épiphane, primat de l'Église orthodoxe d'Ukraine, a dénoncé un « crime contre l'humanité, l'Histoire, la chrétienté ». L'Unesco a condamné l'attaque, et « rien ne justifie cette attaque contre notre patrimoine universel », a réagi Emmanuel Macron sur X.
Deux versions de la frappe
Sur l'origine du sinistre, les deux camps s'opposent frontalement. Selon Volodymyr Zelensky, la Russie a visé « délibérément » avec deux drones « la partie de la ville » où se trouve le monastère : les services de sécurité ukrainiens (SBU) disent avoir récupéré sur place les débris d'un drone russe Gueran-2, et des journalistes de l'AFP ont vu des enquêteurs emporter l'aileron d'un engin. Moscou dément avoir pris pour cible l'édifice — important, aussi, pour l'orthodoxie russe — et affirme qu'il a été touché par un missile américain Patriot tiré par la défense antiaérienne ukrainienne. Aucune expertise indépendante n'a permis de trancher dans l'immédiat.

Une nuit de bombardements
La frappe sur la Laure des Grottes s'inscrit dans un déluge de feu. Selon l'armée de l'air ukrainienne, la Russie a tiré dans la nuit 70 missiles et 611 drones, dont 50 et 582 ont été interceptés. À Kiev, des habitants ont couru se mettre à l'abri sous un ciel rougi par les incendies ; au moins cinq y ont été tués. À Kharkiv, quatre secouristes et un employé municipal ont péri ; une autre personne est morte à Kherson. Les bombardements ont aussi touché le studio de cinéma historique Dovjenko, le Musée des Beaux-Arts de Kharkiv et la Maison de la musique de Dnipro, selon le chef de la diplomatie ukrainienne Andriï Sybiga. Moscou a affirmé avoir visé des usines de drones et de munitions, des aérodromes et des centres de recrutement, et avait promis des frappes « systématiques » après une attaque contre le dortoir d'un lycée en territoire occupé qui avait fait 21 morts. Côté russe, une attaque de drones ukrainiens sur Toula, au sud de Moscou, a fait au moins trois morts, selon les autorités locales.

Au G7, l'appel de Zelensky
Les frappes sont survenues alors que les dirigeants du G7 étaient réunis en France. Le président ukrainien a réclamé une « réponse décisive et substantielle » : « davantage de pression sur l'agresseur et davantage de soutien à la défense antiaérienne de l'Ukraine ». Lors d'un entretien téléphonique avec Donald Trump, il a aussi proposé de rencontrer Vladimir Poutine aux États-Unis, un format que Poutine, selon lui, « aurait beaucoup plus de mal à refuser ». Plus de quatre ans après le début de l'invasion russe, la médiation américaine reste au point mort, même si le Kremlin a évoqué un prochain retour en Russie des émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner.
Sur place, un ecclésiastique, Makary, raconte un « vacarme terrible » qui l'a fait « bondir » de son lit. « Il y avait de la fumée, du feu, des gens qui criaient, la confusion (…) Alors moi aussi, je me suis caché. » Au-dessus de lui, les dômes dorés de la Laure tenaient encore.











