Sur la carte, le front a peu bougé en juillet. L'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), le centre d'analyse américain qui cartographie les lignes, a relevé 37,85 kilomètres carrés de gains russes, contre 455,74 un an plus tôt. Mais les combats restent soutenus et les frappes à longue portée se multiplient contre les villes, les ports, les raffineries et les sites logistiques. L'ONU a vérifié la mort de 437 civils en Ukraine au cours du mois, le bilan le plus lourd depuis mai 2022.
Le ralentissement des gains territoriaux ne signifie pas que la guerre s'est immobilisée. Il traduit plutôt un déplacement d'une partie de l'effort vers l'arrière des deux pays : la Russie cherche à affaiblir les défenses aériennes, les ports et l'industrie ukrainiens ; l'Ukraine frappe les installations pétrolières et logistiques russes à des distances croissantes.
Les résultats militaires de ces campagnes restent difficiles à comparer. Les autorités russes et ukrainiennes communiquent davantage sur les cibles touchées que sur les dommages durables, et une partie des chiffres ne peut pas être vérifiée indépendamment.
Un front qui avance peu, sans cesser de combattre
Selon les cartes établies à partir de sources ouvertes par l'ISW, les forces russes ont conquis 37,85 kilomètres carrés de territoire ukrainien en juillet 2026. Leur progression moyenne s'est limitée à 1,22 kilomètre carré par jour. En juillet 2025, l'institut avait cartographié 455,74 kilomètres carrés de gains russes.
Ces estimations décrivent les évolutions territoriales confirmées par des images, des vidéos géolocalisées et d'autres sources publiques. Elles ne mesurent ni l'intensité des combats ni les pertes humaines.
Le 12 août, l'état-major ukrainien a déclaré avoir compté 237 accrochages en vingt-quatre heures. Près d'un tiers se seraient concentrés sur les axes de Pokrovsk et de Kostiantynivka. Ce bilan provient de l'une des parties au conflit et ne peut pas être vérifié dans son intégralité, mais il montre que le ralentissement cartographique ne correspond pas à une accalmie.
Kostiantynivka en fournit un autre exemple. Moscou a annoncé début juillet avoir pris cette ville de la région de Donetsk. L'Ukraine l'a démenti, tandis que l'ISW jugeait cette revendication contraire aux éléments disponibles. Plus d'un mois après, les forces ukrainiennes signalaient encore des attaques russes autour de la ville.
Pendant cette séquence, Volodymyr Zelensky a remplacé le commandant en chef Oleksandr Syrsky par Mykhaïlo Drapaty, 43 ans. Le nouveau chef de l'armée a reçu pour mission d'accroître les actions de contre-offensive et les opérations menées en territoire russe, selon ses premières déclarations.
Juillet, mois le plus meurtrier pour les civils depuis mai 2022
La mission des Nations unies chargée des droits humains a vérifié la mort d'au moins 437 civils en Ukraine en juillet, ainsi que 2 610 blessés. Le nombre de personnes tuées a augmenté de 30 % par rapport à juin et de 70 % par rapport à juillet 2025. Dix-sept enfants ont été tués et 166 blessés, le plus lourd bilan mensuel pour les mineurs depuis avril 2022. Ce décompte comprend 25 morts et 50 blessés dans les territoires ukrainiens occupés, où la mission précise que le nombre réel est probablement bien supérieur.
Les missiles et les drones de longue portée ont provoqué 38 % des victimes civiles recensées par l'ONU : 183 morts et 967 blessés. Les bombardements aériens, catégorie qui comprend notamment les bombes planantes, ont tué 105 personnes et en ont blessé 753, soit 143 % de plus qu'en juin. Les bombes planantes sont devenues la deuxième cause de victimes civiles, derrière les armes à longue portée.
L'ONU estime que la Russie a lancé au moins 429 missiles sur l'Ukraine en juillet, soit plus du double du mois précédent. Un décompte antérieur de l'AFP, fondé sur les rapports quotidiens de l'armée de l'air ukrainienne, en recensait 376. La différence tient aux sources et aux consolidations utilisées ; le chiffre de l'ONU est le plus récent des deux.
Dans la nuit du 4 au 5 août, la Russie a lancé 115 drones de longue portée et 28 missiles, en majorité des missiles balistiques Iskander et des missiles hypersoniques Zircon, d'après les forces aériennes ukrainiennes. Elles affirment avoir neutralisé 98 drones, mais aucun missile. Dix-sept personnes ont été tuées et au moins 44 blessées.
Volodymyr Zelensky a attribué ce résultat au manque d'intercepteurs. « Des intercepteurs de missiles balistiques auraient pu sauver la vie de ceux qui sont morts aujourd'hui », a-t-il déclaré. Il a affirmé que les livraisons occidentales de missiles antiaériens avaient été trois fois moins importantes depuis le début de 2026 qu'en 2025. Cette proportion n'a pas été documentée publiquement par les pays fournisseurs.
L'armée de l'air a ensuite cessé de publier chaque matin le nombre de missiles lancés et abattus. Ses rapports quotidiens ne donnent plus que les types de munitions employées, sans les nombres, ce qui réduit la possibilité de suivre au jour le jour l'efficacité de la défense.
La promesse américaine sur les Patriot reste sans accord
Les Patriot PAC-3 occupent une place centrale dans la défense de l'Ukraine contre les missiles balistiques. D'autres systèmes, dont le SAMP/T franco-italien, disposent également de capacités antibalistiques, mais leur nombre et leurs munitions restent limités.
Au sommet de l'OTAN d'Ankara, les 6 et 7 juillet, les pays européens de l'Alliance et le Canada se sont engagés à fournir 70 milliards d'euros d'aide militaire à l'Ukraine en 2026, puis un effort au moins équivalent en 2027.
Donald Trump avait alors annoncé que les États-Unis accorderaient une licence permettant la fabrication d'intercepteurs Patriot destinés à l'Ukraine. Il n'avait précisé ni le lieu de production, ni le calendrier, ni le transfert technique envisagé.
Le 31 juillet, le président américain a changé de registre. Il a déclaré que les États-Unis n'avaient pas donné leur accord et que les discussions se poursuivaient, en invoquant la sensibilité de la technologie. La promesse d'Ankara n'a donc pas été transformée en décision industrielle ; elle n'a pas davantage été officiellement abandonnée.
Cette solution ne répondrait de toute façon pas à la pénurie immédiate. La création d'une chaîne de fabrication sous licence demanderait des équipements, des transferts techniques, des certifications et plusieurs mois, voire davantage, avant les premières livraisons.
Les raffineries russes visées dans la profondeur
L'Ukraine a concentré une partie de ses frappes de juillet sur le secteur pétrolier russe. Selon un décompte de Bloomberg fondé sur les annonces des deux pays, 18 raffineries ont été visées au cours du mois. Parmi elles figure celle d'Omsk, l'une des plus grandes de Russie, située à quelque 2 500 kilomètres de la frontière ukrainienne.
Le cabinet EA Analytics estime que les raffineries russes ont traité 3,6 millions de barils de brut par jour en juillet, leur niveau le plus faible depuis mai 2002. Au cours des six mois de juillet précédents, leur activité se situait entre 5,3 et 5,6 millions de barils par jour. Ces données privées, citées par Bloomberg, suggèrent un effet important des frappes, sans permettre d'isoler leur rôle de celui des opérations de maintenance ou d'autres contraintes industrielles.
Les attaques ukrainiennes touchent également des installations logistiques. Le 16 août, un entrepôt du distributeur Wildberries a brûlé à Podolsk, dans la région de Moscou. Kiev accuse cette entreprise de participer à l'acheminement de matériel militaire ; cette affirmation n'a pas été étayée publiquement par des éléments indépendants. Wildberries reste par ailleurs le principal acteur russe du commerce en ligne.

La même nuit, une frappe russe a touché l'aciérie ArcelorMittal de Kryvyï Rih, ville natale de Volodymyr Zelensky. Deux personnes ont été tuées et quatorze blessées, selon les autorités ukrainiennes. Cette aciérie compte parmi les plus grands producteurs d'acier du pays ; elle a annoncé avoir partiellement suspendu ses activités.
Ces deux épisodes montrent l'extension des frappes vers des sites qui soutiennent l'activité économique. Ils ne suffisent pas, à eux seuls, à établir la fonction militaire de chaque bâtiment touché.
Les ports d'Odessa privés d'une grande partie de leur trafic
La Russie a intensifié ses frappes contre les ports, les terminaux et les navires de la région d'Odessa à partir de la fin de juin. Les armateurs ont progressivement suspendu leurs escales, sans que le gouvernement ukrainien ait formellement fermé les ports.
Le 19 juillet, trois missiles ont frappé le Golden Leo, un cargo sous pavillon de Guinée-Bissau qui quittait la région d'Odessa avec une cargaison de maïs. Neuf membres d'équipage et un pilote maritime ukrainien ont été tués. Huit marins ont été secourus. Le navire a coulé une semaine plus tard.
L'ONU a recensé en juillet au moins 39 attaques contre des navires ou des infrastructures portuaires dans les régions d'Odessa et de Mykolaïv, dont une vingtaine visant des navires. Elles ont fait 19 morts et 25 blessés parmi les personnels des ports et des équipages. Ces victimes sont comprises dans le bilan civil mensuel de 437 morts.
Début août, les attaques avaient interrompu l'essentiel des expéditions au départ d'Odessa, de Tchornomorsk et de Pivdenny. Plus de 90 % des exportations céréalières ukrainiennes passent habituellement par les ports maritimes. Les itinéraires ferroviaires et danubiens ne disposent pas des mêmes capacités et subissent eux aussi des contraintes.
Le ministère ukrainien de l'Agriculture prévoit désormais entre 38 et 40 millions de tonnes d'exportations céréalières pour la campagne 2026-2027, contre 43 millions avant cette nouvelle série d'attaques. Il estime qu'une prolongation du blocage pourrait créer un déficit de stockage de 11 millions de tonnes.
Les pourparlers restent bloqués, malgré une proposition en mer Noire
Les négociations politiques destinées à mettre fin à la guerre sont suspendues depuis février. Le 16 juillet, le Kremlin déclarait ne voir aucune perspective immédiate de reprise, tout en affirmant rester ouvert au principe de discussions.
Un canal plus limité a toutefois été utilisé en août. Le 13, l'Ukraine a transmis par un intermédiaire une proposition de suspension réciproque des attaques contre les cibles civiles en mer Noire. La Russie n'avait pas encore répondu lorsque Reuters a révélé cette démarche.
Le 23 juillet, l'Union européenne avait adopté son vingt et unième ensemble de sanctions contre la Russie. Il interdit de nouvelles transactions avec le secteur financier russe, vise les cryptomonnaies, ajoute quarante et un pétroliers à la liste de la flotte dite fantôme et restreint les échanges qui alimentent l'industrie militaire.
La confrontation déborde également l'espace des deux pays. Le 16 août, un F-18 espagnol engagé dans une mission de police du ciel de l'OTAN a abattu un drone entré dans l'espace aérien roumain près de la frontière moldave. La Roumanie n'en avait pas encore déterminé l'origine ; l'OTAN a indiqué qu'il semblait russe.
Ce même 16 août, une frappe a détruit des dizaines de pavillons au marché de Potchaïna, à Kiev, connu pour ses livres anciens et ses objets d'occasion. Dmytro Semenoukha, 45 ans, y tenait quatre étals. « C'était un magasin ici. Des livres, des drapeaux de tous les pays, des tonnes de tout. C'est parti », a-t-il déclaré à l'AFP.
À savoir
Les évolutions territoriales citées dans cet article sont des estimations de l'Institut pour l'étude de la guerre établies à partir de sources ouvertes. Les bilans civils de l'ONU constituent des minima vérifiés et peuvent augmenter après examen de nouveaux dossiers. Les déclarations des autorités russes ou ukrainiennes qui n'ont pas reçu de confirmation indépendante sont présentées comme telles.











