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Ukraine :
pourquoi Zelensky a limogé son commandant en chef

Huit jours après l'éviction du ministre de la Défense et sous la pression de la rue, Volodymyr Zelensky remplace le général Syrsky par Mykhaïlo Drapaty. Derrière le limogeage, un choc d'écoles — et une guerre transformée par les drones.

Mis à jour le mercredi 22 juillet 2026 — 17h40
5 min
Volodymyr Zelensky autour d'une table avec le haut commandement militaire ukrainien, dont Oleksandre Syrsky
Le président Volodymyr Zelensky et le commandant en chef Oleksandre Syrsky (à droite), dans la région de Dnipropetrovsk, sur une photo fournie le 8 mai 2026 par la présidence ukrainienne.© Présidence ukrainienne / AFP

L'annonce est tombée mardi soir, dans un message publié sur Telegram. « J'ai décidé que le nouveau commandant en chef des Forces armées d'Ukraine serait Mykhaïlo Drapaty... Je remercie Oleksandre Syrsky et tous nos combattants pour les solides positions de première ligne de l'Ukraine », a écrit Volodymyr Zelensky. En deux phrases, le président ukrainien a mis fin au commandement du général qui dirigeait son armée depuis 2024 — et tranché une crise qui secouait le sommet de l'appareil militaire depuis huit jours.

Oleksandre Syrsky, 60 ans, avait notamment dirigé la défense de Kiev au début de l'invasion russe, en 2022. Son successeur, Mykhaïlo Drapaty, 43 ans, commandait jusqu'ici les forces interarmées, après avoir été à la tête de l'armée de terre, et jouit d'une popularité réelle dans les rangs. « Servir l'Ukraine a toujours été un honneur pour moi », a-t-il réagi sobrement sur Facebook.

Une semaine de fronde autour du ministère de la Défense

La destitution ne sort pas de nulle part. Elle intervient après plusieurs jours de manifestations en soutien à Mykhaïlo Fedorov, le ministre de la Défense évincé le 14 juillet, après six mois en fonction seulement. Celui-ci accuse le général Syrsky de l'avoir poussé vers la sortie et d'avoir entravé sa tentative de réforme de l'armée. À 35 ans, cet homme venu du monde de la tech, qui n'a jamais servi sous les drapeaux, militait pour un recours massif aux nouvelles technologies : décupler le potentiel des drones, réorganiser en profondeur des forces armées à bout de souffle.

Face à lui, Oleksandre Syrsky incarnait l'ancienne école. Né en Russie et formé à Moscou, le général n'est jamais parvenu à se défaire de sa réputation de commandant à la mentalité soviétique : ses détracteurs lui reprochent de faire peu de cas des pertes humaines, ce qui lui vaut le surnom de « boucher ». Entre le ministre réformateur et le chef militaire contesté, la rue puis le président ont fini par choisir — et l'éviction de l'un a précipité la chute de l'autre.

Le général Mykhaïlo Drapaty en uniforme devant un drapeau ukrainien
Le général Mykhaïlo Drapaty, alors commandant de l'armée de terre, en Ukraine, le 6 janvier 2025.AFP / Genya Savilov

Les drones, moteur d'une guerre toujours plus meurtrière

Le chamboulement au sommet intervient le jour même où les Nations unies ont documenté l'escalade. Plus de quatre ans après le début de l'offensive russe à grande échelle, l'intensité des frappes croît de part et d'autre de la ligne de front — et les civils en paient le prix. « Nous avons recensé 1 396 civils tués et 7 978 blessés » dans les deux pays au premier semestre, « une hausse de 37 % par rapport à la même période de l'année précédente, et près du double du niveau observé en 2024 », a détaillé à Genève Danielle Bell, représentante de la Mission de surveillance des droits de l'homme de l'ONU en Ukraine. Côté russe, la mission a recensé 250 civils tués et 1 596 blessés en six mois, sur la base de « sources ouvertes » jugées crédibles — une progression de 121 %.

L'explication tient en deux mots : la portée et le nombre. « Cette escalade est alimentée par deux facteurs principaux : d'une part les missiles balistiques et les drones à longue portée et, d'autre part, les drones et les bombes planantes à courte portée utilisés dans les zones de front », décrit Danielle Bell. Les pertes civiles dues aux seuls drones à courte portée ont bondi de 65 %. C'est précisément cette guerre-là — celle qui frappe les villes des deux camps et dont l'industrie de défense européenne tente de tirer les leçons — que Mykhaïlo Fedorov voulait faire gagner à l'Ukraine en la technologisant, et c'est sur elle que le nouveau commandant en chef sera jugé.

La mer Noire, l'autre ligne de front

Le rappel est venu la nuit même du limogeage. Un navire transportant plus de 3 790 tonnes de propane depuis Alexandrie vers le port ukrainien de Reni a été frappé au large des côtes roumaines, provoquant un important incendie à bord : trois marins ont été blessés et les dix-sept membres d'équipage évacués par deux navires de secours roumains. Les autorités cherchent encore l'origine du tir, mais le président roumain Nicusor Dan estime l'incident « très probablement lié à la guerre d'agression illégale menée par la Fédération de Russie contre l'Ukraine ».

Le même jour, l'Inde a convoqué le chargé d'affaires russe à New Delhi pour protester contre l'attaque, durant le week-end, d'un cargo qui quittait le port d'Odessa : quatre ressortissants indiens y ont perdu la vie. Sur cette mer que se disputent les deux belligérants depuis 2022, la guerre ne connaît pas davantage de répit que sur terre.

Mykhaïlo Fedorov, lui, salue dans le limogeage de son rival « une bouffée d'air frais » et « un nouvel espoir ». Elle arrive au terme du semestre le plus meurtrier pour les civils depuis au moins trois ans.

L'essentiel

  • Volodymyr Zelensky a limogé le commandant en chef Oleksandre Syrsky, remplacé par Mykhaïlo Drapaty, 43 ans.
  • La décision suit l'éviction du ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov et plusieurs jours de manifestations.
  • L'ONU recense 1 396 civils tués en six mois (+37 %) ; les pertes dues aux drones à courte portée bondissent de 65 %.

Antoine Lefebvre

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