Le baril a fait l'aller-retour en une matinée. Monté jusqu'à 91,42 dollars le 20 juillet, au plus haut depuis le 11 juin, le Brent est retombé sous 88 dollars dans la foulée, à mesure que Téhéran laissait entendre que les discussions avec Washington se poursuivaient. À la pompe, rien n'a bougé. Le même jour, le gazole s'affichait à 2,108 euros le litre en moyenne dans les 9 471 stations françaises qui en vendent, et 88 % d'entre elles dépassaient les 2 euros. Le sans-plomb E10, le carburant le plus vendu du pays, était à 2,007 euros.
Ce décalage entre un brut qui s'agite et un litre qui ne bouge pas n'a rien d'énigmatique. Il tient à la composition du prix affiché sur le totem de la station : le pétrole n'y pèse qu'un quart.
Ce que vous payez vraiment sur un litre
Un baril contient 159 litres. À 88 dollars, il revient à 55 cents le litre, soit environ 48 centimes d'euro au taux de référence de la Banque centrale européenne. C'est la part du pétrole brut dans un litre de gazole vendu 2,108 euros : 23 %.
Vient ensuite l'impôt, et il est double. L'accise sur les produits énergétiques — l'ancienne TICPE — est un montant fixe par volume, indifférent au cours du pétrole : 60,75 euros par hectolitre pour le gazole, 67,50 euros pour le SP95-E10, selon le barème du ministère de la Transition écologique. Soit 60,75 et 67,50 centimes par litre. Par-dessus, la TVA à 20 % s'applique au prix accise comprise : elle taxe donc aussi la taxe, et ajoute 35 centimes sur le gazole, 33 sur le sans-plomb.
Au total, sur un litre de gazole à 2,11 euros, 96 centimes sont de l'impôt, soit 45 % du prix. Sur un litre de SP95-E10 à 2,01 euros, l'impôt atteint 1,01 euro : plus de la moitié. Le reste — 67 centimes pour le gazole, 51 pour le sans-plomb — couvre le raffinage, le transport, le stockage, la distribution et les marges.

Pourquoi le prix à la pompe ne suit pas le baril
La conséquence de cette structure est arithmétique. Une variation de 10 dollars sur le baril représente 6,3 cents par litre, soit 5,5 centimes d'euro, et 6,6 centimes une fois la TVA appliquée. Sur un plein de 50 litres, une secousse de 10 dollars sur les marchés pèse donc 3,30 euros. Quand le baril bondit de 10 % en une journée, le litre, lui, ne peut guère bouger de plus de cinq centimes.
S'ajoute un décalage dans le temps. Une station ne vend pas le pétrole du jour : elle écoule un carburant raffiné et livré plusieurs jours, parfois plusieurs semaines auparavant, à un prix déjà payé. Une hausse du brut met donc du temps à atteindre le totem, et une baisse aussi.
Le change joue enfin son rôle, discrètement. Le pétrole s'achète en dollars et se revend en euros : à baril constant, un dollar qui monte renchérit le plein, un dollar qui baisse l'allège. C'est l'une des raisons pour lesquelles la France n'a pas encaissé toute la flambée du printemps, ni tout le reflux qui a suivi le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran.
Pourquoi le gazole coûte plus cher que le sans-plomb
C'est l'une des questions les plus posées sur les moteurs de recherche, et la réponse ne tient pas à la fiscalité. Le gazole est en effet moins taxé que le SP95-E10 : près de sept centimes d'accise en moins par litre. Il est pourtant dix centimes plus cher à la pompe. Tout l'écart se loge donc dans la partie hors taxes du prix : le litre de gazole y revient à 1,15 euro, contre 1,00 euro pour le sans-plomb, soit 15 centimes de plus pour le produit lui-même, son raffinage et son acheminement.
Le contraste le plus net reste celui du superéthanol E85, relevé à 0,847 euro le litre dans 3 853 stations : moins de la moitié du prix du sans-plomb, parce qu'il est composé très majoritairement d'éthanol agricole et bénéficie d'une accise de 11,83 euros par hectolitre, près de six fois inférieure à celle des essences. Il réclame en revanche un véhicule compatible ou l'installation d'un boîtier homologué, et une consommation plus élevée au cent kilomètres.
Où le plein coûte le plus cher
La moyenne nationale cache des écarts qui se voient sur la facture. En calculant le prix moyen du gazole département par département à partir du fichier officiel, l'écart va de 2,053 euros dans le Gers à 2,244 euros à Paris — 19 centimes de différence, soit 9,60 euros sur un plein de 50 litres. Le Lot-et-Garonne et la Dordogne suivent le Gers de très près ; les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis talonnent Paris.

La géographie du relevé est nette : les départements les plus chers sont Paris et trois départements de sa proche couronne, auxquels s'ajoute le Bas-Rhin ; les cinq moins chers sont tous ruraux, du Gers à l'Orne. Pour comparer station par station plutôt que département par département, notre baromètre des prix des carburants reprend les tarifs déclarés par les stations au ministère de l'Économie.
Ce que vous pouvez encore récupérer
Aucune remise générale à la pompe n'est en vigueur. Les dispositifs annoncés le 3 juin par le ministère de l'Économie sont ciblés, et l'un d'eux se referme dans quelques jours.
L'aide destinée aux travailleurs « grands rouleurs » verse 100 euros — l'équivalent, selon l'administration, de 20 centimes par litre sur six mois de consommation. Elle s'adresse à ceux dont le revenu fiscal de référence par part ne dépasse pas 16 880 euros, qui parcourent au moins 15 kilomètres par trajet domicile-travail ou 8 000 kilomètres par an avec leur véhicule personnel. Les véhicules électriques, à hydrogène et de fonction en sont exclus, de même que les redevables de l'impôt sur la fortune immobilière. La demande se fait depuis l'espace personnel sur impots.gouv.fr, où un simulateur vérifie l'éligibilité au préalable, jusqu'au 30 juillet 2026.
Les salariés peuvent par ailleurs se voir verser par leur employeur une prime carburant portée à 600 euros, défiscalisée. Les professionnels disposent de leurs propres compensations, reconduites jusqu'à fin août : 15 centimes par litre pour les agriculteurs, 35 pour les pêcheurs, l'équivalent de 20 centimes pour les transporteurs routiers, et une avance de 25 % sur le remboursement d'accise pour les taxis. Rien, en revanche, pour l'automobiliste qui ne coche aucune de ces cases — sinon la géographie des prix et, en cas de tension sur l'approvisionnement, les réflexes qui évitent la ruée sur les stations.
À 2,11 euros le litre, remplir un réservoir de 50 litres coûte 105 euros. Vingt-quatre partent au pétrole, quarante-huit à l'État, trente-trois à tout ce qui va de la raffinerie au pistolet.











