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Carburants :
pourquoi le prix à la pompe ne baisse pas avec le baril

Le brut fait le yo-yo, le litre ne bouge pas. Décomposition du prix payé à la pompe, écarts entre départements, différence entre gazole et sans-plomb, et les aides encore ouvertes aux automobilistes.

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Totem de prix d'une station-service TotalEnergies affichant les tarifs des carburants, devant une file de voitures
Les prix affichés à l'entrée d'une station TotalEnergies, le 27 mai 2026.© Nicolas Guyonnet / Hans Lucas via AFP

Le baril a fait l'aller-retour en une matinée. Monté jusqu'à 91,42 dollars le 20 juillet, au plus haut depuis le 11 juin, le Brent est retombé sous 88 dollars dans la foulée, à mesure que Téhéran laissait entendre que les discussions avec Washington se poursuivaient. À la pompe, rien n'a bougé. Le même jour, le gazole s'affichait à 2,108 euros le litre en moyenne dans les 9 471 stations françaises qui en vendent, et 88 % d'entre elles dépassaient les 2 euros. Le sans-plomb E10, le carburant le plus vendu du pays, était à 2,007 euros.

Ce décalage entre un brut qui s'agite et un litre qui ne bouge pas n'a rien d'énigmatique. Il tient à la composition du prix affiché sur le totem de la station : le pétrole n'y pèse qu'un quart.

Ce que vous payez vraiment sur un litre

Un baril contient 159 litres. À 88 dollars, il revient à 55 cents le litre, soit environ 48 centimes d'euro au taux de référence de la Banque centrale européenne. C'est la part du pétrole brut dans un litre de gazole vendu 2,108 euros : 23 %.

Vient ensuite l'impôt, et il est double. L'accise sur les produits énergétiques — l'ancienne TICPE — est un montant fixe par volume, indifférent au cours du pétrole : 60,75 euros par hectolitre pour le gazole, 67,50 euros pour le SP95-E10, selon le barème du ministère de la Transition écologique. Soit 60,75 et 67,50 centimes par litre. Par-dessus, la TVA à 20 % s'applique au prix accise comprise : elle taxe donc aussi la taxe, et ajoute 35 centimes sur le gazole, 33 sur le sans-plomb.

Au total, sur un litre de gazole à 2,11 euros, 96 centimes sont de l'impôt, soit 45 % du prix. Sur un litre de SP95-E10 à 2,01 euros, l'impôt atteint 1,01 euro : plus de la moitié. Le reste — 67 centimes pour le gazole, 51 pour le sans-plomb — couvre le raffinage, le transport, le stockage, la distribution et les marges.

Graphique de décomposition du prix d'un litre de gazole et de SP95-E10 entre pétrole brut, raffinage et distribution, et taxes
Sur un litre de gazole vendu 2,11 euros, le pétrole brut compte pour 48 centimes et les taxes pour 96.Regards Actuels

Pourquoi le prix à la pompe ne suit pas le baril

La conséquence de cette structure est arithmétique. Une variation de 10 dollars sur le baril représente 6,3 cents par litre, soit 5,5 centimes d'euro, et 6,6 centimes une fois la TVA appliquée. Sur un plein de 50 litres, une secousse de 10 dollars sur les marchés pèse donc 3,30 euros. Quand le baril bondit de 10 % en une journée, le litre, lui, ne peut guère bouger de plus de cinq centimes.

S'ajoute un décalage dans le temps. Une station ne vend pas le pétrole du jour : elle écoule un carburant raffiné et livré plusieurs jours, parfois plusieurs semaines auparavant, à un prix déjà payé. Une hausse du brut met donc du temps à atteindre le totem, et une baisse aussi.

Le change joue enfin son rôle, discrètement. Le pétrole s'achète en dollars et se revend en euros : à baril constant, un dollar qui monte renchérit le plein, un dollar qui baisse l'allège. C'est l'une des raisons pour lesquelles la France n'a pas encaissé toute la flambée du printemps, ni tout le reflux qui a suivi le verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran.

Pourquoi le gazole coûte plus cher que le sans-plomb

C'est l'une des questions les plus posées sur les moteurs de recherche, et la réponse ne tient pas à la fiscalité. Le gazole est en effet moins taxé que le SP95-E10 : près de sept centimes d'accise en moins par litre. Il est pourtant dix centimes plus cher à la pompe. Tout l'écart se loge donc dans la partie hors taxes du prix : le litre de gazole y revient à 1,15 euro, contre 1,00 euro pour le sans-plomb, soit 15 centimes de plus pour le produit lui-même, son raffinage et son acheminement.

Le contraste le plus net reste celui du superéthanol E85, relevé à 0,847 euro le litre dans 3 853 stations : moins de la moitié du prix du sans-plomb, parce qu'il est composé très majoritairement d'éthanol agricole et bénéficie d'une accise de 11,83 euros par hectolitre, près de six fois inférieure à celle des essences. Il réclame en revanche un véhicule compatible ou l'installation d'un boîtier homologué, et une consommation plus élevée au cent kilomètres.

Où le plein coûte le plus cher

La moyenne nationale cache des écarts qui se voient sur la facture. En calculant le prix moyen du gazole département par département à partir du fichier officiel, l'écart va de 2,053 euros dans le Gers à 2,244 euros à Paris — 19 centimes de différence, soit 9,60 euros sur un plein de 50 litres. Le Lot-et-Garonne et la Dordogne suivent le Gers de très près ; les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis talonnent Paris.

Gros plan sur le totem lumineux d'une station-service affichant le gazole à 2,287 euros et le GPL à 0,939 euro
Le totem d'une station-service, le 4 avril 2026 : d'un point de vente à l'autre, l'écart avec la moyenne nationale peut dépasser vingt centimes.Romain Doucelin / Hans Lucas via AFP

La géographie du relevé est nette : les départements les plus chers sont Paris et trois départements de sa proche couronne, auxquels s'ajoute le Bas-Rhin ; les cinq moins chers sont tous ruraux, du Gers à l'Orne. Pour comparer station par station plutôt que département par département, notre baromètre des prix des carburants reprend les tarifs déclarés par les stations au ministère de l'Économie.

Ce que vous pouvez encore récupérer

Aucune remise générale à la pompe n'est en vigueur. Les dispositifs annoncés le 3 juin par le ministère de l'Économie sont ciblés, et l'un d'eux se referme dans quelques jours.

L'aide destinée aux travailleurs « grands rouleurs » verse 100 euros — l'équivalent, selon l'administration, de 20 centimes par litre sur six mois de consommation. Elle s'adresse à ceux dont le revenu fiscal de référence par part ne dépasse pas 16 880 euros, qui parcourent au moins 15 kilomètres par trajet domicile-travail ou 8 000 kilomètres par an avec leur véhicule personnel. Les véhicules électriques, à hydrogène et de fonction en sont exclus, de même que les redevables de l'impôt sur la fortune immobilière. La demande se fait depuis l'espace personnel sur impots.gouv.fr, où un simulateur vérifie l'éligibilité au préalable, jusqu'au 30 juillet 2026.

Les salariés peuvent par ailleurs se voir verser par leur employeur une prime carburant portée à 600 euros, défiscalisée. Les professionnels disposent de leurs propres compensations, reconduites jusqu'à fin août : 15 centimes par litre pour les agriculteurs, 35 pour les pêcheurs, l'équivalent de 20 centimes pour les transporteurs routiers, et une avance de 25 % sur le remboursement d'accise pour les taxis. Rien, en revanche, pour l'automobiliste qui ne coche aucune de ces cases — sinon la géographie des prix et, en cas de tension sur l'approvisionnement, les réflexes qui évitent la ruée sur les stations.

À 2,11 euros le litre, remplir un réservoir de 50 litres coûte 105 euros. Vingt-quatre partent au pétrole, quarante-huit à l'État, trente-trois à tout ce qui va de la raffinerie au pistolet.

L'essentiel

  • Le gazole se vend 2,108 euros le litre en moyenne et le SP95-E10 2,007 euros, selon les prix relevés le 20 juillet dans les stations françaises ; 88 % des stations dépassent 2 euros en gazole.
  • Le pétrole brut ne représente qu'environ un quart du prix affiché : les taxes en pèsent 45 % pour le gazole et plus de la moitié pour le sans-plomb.
  • Une variation de 10 dollars du baril ne déplace le litre que de 6,6 centimes, soit 3,30 euros sur un plein de 50 litres.

Questions fréquentes

Pourquoi le carburant ne baisse pas quand le baril baisse ?
Parce que le pétrole brut ne représente qu'environ un quart du prix affiché. L'accise est un montant fixe par litre, insensible au cours du brut, et le reste couvre le raffinage, le transport et la distribution. Une baisse de 10 dollars du baril ne peut donc alléger le litre que de 6,6 centimes environ, et seulement une fois écoulés les stocks achetés au prix fort.
Combien de taxes y a-t-il sur un litre de carburant ?
Sur un litre de gazole à 2,11 euros : 60,75 centimes d'accise et environ 35 centimes de TVA, soit 96 centimes, ou 45 % du prix. Sur un litre de SP95-E10 à 2,01 euros : 67,50 centimes d'accise et 33 centimes de TVA, soit 1,01 euro — plus de la moitié du prix. La TVA à 20 % s'applique au prix accise comprise.
Pourquoi le gazole est-il plus cher que l'essence ?
Ce n'est pas la fiscalité : le gazole supporte sept centimes d'accise de moins par litre que le SP95-E10. L'écart vient de la partie hors taxes, où le gazole revient à 1,15 euro le litre contre 1,00 euro pour le sans-plomb, en raison du coût du produit raffiné et de son acheminement.
Qui a droit à l'aide carburant de 100 euros et jusqu'à quand ?
Elle vise les travailleurs dont le revenu fiscal de référence par part ne dépasse pas 16 880 euros et qui parcourent au moins 15 kilomètres par trajet domicile-travail ou 8 000 kilomètres par an avec un véhicule thermique ou hybride non rechargeable. Les véhicules de fonction, électriques et à hydrogène sont exclus. La demande se dépose sur impots.gouv.fr jusqu'au 30 juillet 2026.
Le superéthanol E85 est-il vraiment moins cher ?
Il était relevé à 0,847 euro le litre le 20 juillet, contre 2,007 euros pour le SP95-E10, grâce à une accise six fois plus faible. Il suppose toutefois un véhicule compatible ou un boîtier homologué, et sa consommation au cent kilomètres est plus élevée, ce qui réduit l'écart réel au kilomètre parcouru.

Claire Moreau

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Stations, gazole et sans-plomb, département par département — mis à jour plusieurs fois par jour.

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