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Affaire Grégory :
pourquoi la mise en examen de la grand-tante est contestée

La défense de Jacqueline Jacob, grand-tante de Grégory Villemin soupçonnée d'avoir été un corbeau, demande l'annulation de sa mise en examen. Décision attendue dans les prochaines semaines, sans rien jugé sur le fond.

Mis à jour le mercredi 27 mai 2026 — 21h49
5 min
Jacqueline Jacob, grand-tante de Grégory Villemin, entourée de ses avocats à Dijon
Jacqueline Jacob, grand-tante de Grégory Villemin, entourée de ses avocats Frédéric Berna et Stéphane Giuranna, le 24 octobre 2025 à Dijon.© AFP / Arnaud Finistre

Ce qui se joue devant la chambre de l'instruction de Dijon

La demande est simple dans son principe : faire tomber la mise en examen prononcée le 24 octobre 2025. Ce jour-là, Jacqueline Jacob, 81 ans, avait été mise en examen pour « association de malfaiteurs », soupçonnée d'avoir été l'un des corbeaux qui ont harcelé les Villemin pendant des années. Elle n'est pas accusée d'avoir tué l'enfant, et conteste les faits.

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon a étudié la requête à huis clos. Deux avocats de Mme Jacob et trois parents de Grégory, parties civiles, sont entrés dans la salle sans une parole. Rien n'a, à ce stade, été jugé sur le fond.

Les magistrats dijonnais ont mis leur décision en délibéré : ils diront le 15 juillet 2026 s'ils annulent la mise en examen. Quelle qu'elle soit, l'un des camps ira plus loin : la défense annonce déjà un pourvoi en cassation en cas de revers.

Pourquoi Jacqueline Jacob est soupçonnée d'être un corbeau

Grégory Villemin a été retrouvé noyé, pieds et poings liés, le 16 octobre 1984 dans la Vologne, une rivière des Vosges. Il avait quatre ans. Une lettre anonyme revendiquait le crime : « Voilà ma vengeance. Pauvre con. »

Très tôt, l'enquête a pointé la haine tenace entre les Villemin et les Jacob, la famille de la grand-mère de Grégory. Déléguée CGT, Jacqueline Jacob aurait été entendue, en 1982, traiter Jean-Marie Villemin, le père de l'enfant, de « chef de mes couilles ». Contremaître à 26 ans, sa réussite suscitait des jalousies. Les Jacob ont toujours démenti tout conflit.

Selon un arrêt que l'AFP a pu consulter, une expertise menée en 2021 par un spécialiste suisse attribue à Mme Jacob non seulement la lettre du 16 octobre 1984, mais aussi trois courriers de 1983 — dont l'un menaçait les Villemin : « Je vous ferez votre peau » (sic). Ces écrits s'ajoutent à la longue série de lettres anonymes qui ont jalonné le dossier.

La défense plaide la forme, pas le fond

Son avocat, Me Frédéric Berna, dénonce « une farce ». Il rappelle que « plus d'une vingtaine » de corbeaux ont été identifiés au fil d'expertises contradictoires. Mais son argument central est procédural : Mme Jacob n'aurait pas eu le temps de s'expliquer lors de l'interrogatoire qui a conduit à sa mise en examen, et les faits seraient, selon lui, prescrits.

Le choix n'est pas neutre. Pour François Saint-Pierre, avocat des parents de Grégory, ne pas attaquer le fond revient à « admettre le sérieux des indices graves et concordants ciblant leur cliente ». La bataille se joue donc sur la procédure, pas sur la culpabilité, que personne n'a tranchée.

Cinq invalidations en quarante ans : la chronologie d'un fiasco judiciaire

Si l'annulation est prononcée, ce sera, calcule Me Berna, « la cinquième fois » que des poursuites tombent dans ce dossier. Le mot « fiasco » revient dans sa bouche.

1985 : Bernard Laroche, premier suspect, est tué par Jean-Marie Villemin. 1993 : la mère, Christine Villemin, bénéficie d'un non-lieu après avoir, elle aussi, été soupçonnée d'être un corbeau. 2017 : Jacqueline Jacob est mise en examen pour « enlèvement et séquestration suivie de mort ». 2018 : cette mise en examen est annulée, comme celles de son mari Marcel et de Murielle Bolle, belle-sœur de Laroche.

Les accusateurs soulignent que l'annulation de 2018 reposait sur un vice de forme, non sur une absence d'indices — et que de nouveaux éléments sont apparus depuis. C'est ce qui a conduit à la mise en examen de 2025, aujourd'hui contestée. D'autres affaires anciennes ont connu de tels retournements, comme la demande de révision dans le dossier Dany Leprince.

Ce que pourrait changer une nouvelle annulation

Une annulation ne refermerait pas l'affaire : elle renverrait ce volet de l'instruction à son point de départ, sans effacer les expertises en cours. Des analyses des courriers anonymes se poursuivent. « Si elles concluent à l'implication de Mme Jacob, alors elle encourra une mise en examen pour complicité d'assassinat », avance Me Saint-Pierre.

Quarante et un ans après les faits, personne n'a été condamné pour le meurtre de Grégory. La mécanique de l'enquête pénale, comme les droits des parties civiles, se déroule à huis clos. « Il faut que la vérité éclate et que la justice se prononce », résume l'avocat des parents.

Les prochaines échéances

La chambre de l'instruction rendra sa décision le 15 juillet 2026. En cas de rejet, la défense se pourvoira en cassation ; en cas d'annulation, le parquet pourra contester à son tour. Les résultats des expertises des écritures, eux, pourraient rebattre les cartes à tout moment : le procureur général Philippe Astruc, qui juge pourtant les faits prescrits, souligne qu'« il demeure des traces d'ADN non encore identifiées » justifiant la poursuite des investigations — et n'exclut pas de nouveaux rebondissements.

L'essentiel

  • La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon a examiné à huis clos une demande d'annulation de la mise en examen de Jacqueline Jacob, 81 ans, grand-tante de Grégory Villemin, soupçonnée d'avoir été un corbeau ; la cour rendra sa décision le 15 juillet 2026.
  • Mme Jacob a été mise en examen le 24 octobre 2025 pour « association de malfaiteurs » ; elle n'est pas accusée du meurtre de l'enfant, conteste les faits, et rien n'a été jugé sur le fond — la présomption d'innocence s'applique.
  • Sa défense (Me Frédéric Berna) plaide la forme, pas le fond : temps d'explication insuffisant et faits prescrits. Pour l'avocat des parties civiles, ne pas attaquer le fond revient à admettre « le sérieux des indices ».
  • Une expertise de 2021 par un spécialiste suisse lui attribue la lettre revendiquant le crime, du 16 octobre 1984, et trois courriers de 1983 ; des expertises des lettres anonymes sont toujours en cours.
  • Une annulation serait la cinquième invalidation de poursuites dans ce dossier (après le non-lieu de Christine Villemin en 1993 et les annulations de 2018) ; 41 ans après, personne n'a été condamné pour le meurtre.

Questions fréquentes

De quoi Jacqueline Jacob est-elle soupçonnée ?
D'avoir été l'un des « corbeaux » qui ont harcelé la famille Villemin de lettres anonymes. Elle a été mise en examen le 24 octobre 2025 pour « association de malfaiteurs ». Elle n'est pas accusée d'avoir tué l'enfant, conteste les faits, et aucune culpabilité n'a été établie.
Pourquoi sa mise en examen est-elle contestée ?
Sa défense ne s'attaque pas au fond mais à la forme : elle estime que Mme Jacob n'a pas eu le temps de s'expliquer lors de l'interrogatoire et que les faits sont prescrits. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon doit trancher.
Qui était Grégory Villemin ?
Un garçon de quatre ans retrouvé noyé, pieds et poings liés, le 16 octobre 1984 dans la Vologne, une rivière des Vosges. Le crime, revendiqué par une lettre anonyme, n'a jamais été élucidé.
Combien de fois des poursuites ont-elles été annulées ?
Selon la défense, une annulation serait la cinquième : non-lieu de Christine Villemin en 1993, puis annulation en 2018 des mises en examen de Jacqueline et Marcel Jacob et de Murielle Bolle, notamment.
Que peut-il se passer ensuite ?
La décision est attendue dans plusieurs mois et un pourvoi en cassation est probable. Des expertises des lettres se poursuivent : si elles concluent à l'implication de Mme Jacob, une mise en examen pour complicité d'assassinat est possible.

Thomas Renaud

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