Au cœur de la jungle du Putumayo, dans le sud de la Colombie, quatre-vingt-dix-neuf combattants en tenue de camouflage ont glissé leurs fusils, jeudi, dans un grand conteneur frappé d'une inscription : « Je parie sur la vie, je tiens parole pour la paix. » Supervisé par des organismes internationaux et l'Église catholique, ce dépôt d'armes offre une rare victoire à la politique de « paix totale » du président de gauche Gustavo Petro — à trois jours d'une présidentielle qui pourrait la balayer.
La dernière guérilla à la table de Petro
Les désarmés appartiennent à la Coordination nationale Armée bolivarienne (CNEB), une dissidence des ex-FARC — la guérilla qui avait signé en 2016 l'accord de paix historique récompensé par un prix Nobel. C'est le seul groupe armé à avoir poursuivi les discussions ouvertes par Petro à son arrivée au pouvoir en 2022 : guérillas d'extrême gauche, paramilitaires d'extrême droite et cartels de la drogue ont tous claqué la porte.
Le geste est rare dans un pays miné par six décennies de conflit armé ; les FARC ne l'avaient fait qu'en 2006. Les quatre-vingt-dix-neuf hommes doivent désormais rester dix mois sur ces terres, d'anciennes parcelles de coca, dans l'attente d'un désarmement définitif et d'une clarification de leur statut judiciaire. Logés dans des maisons à panneaux solaires, sous la surveillance de l'armée, ils ont reçu des kits d'hygiène et des livres. « Je suis fier de contribuer à la paix », confie l'un d'eux, alias Ferney, son sac au dos. « Mon souhait est de me former pour ne plus jamais rien faire d'illégal. » « Ma joie est immense à l'idée de ne plus être là-bas, loin de la famille », souffle un autre, qui a tenu à rester anonyme.
Un sursis suspendu au second tour
La portée reste mesurée. Le gouvernement estime le CNEB à 2 000 ou 2 500 hommes — modeste au regard de l'Armée de libération nationale (ELN) ou des dissidences des FARC les plus puissantes, comme celle d'alias Iván Mordisco, le rebelle le plus recherché du pays. Le groupe contrôle néanmoins des territoires clés pour la production de drogue, à la frontière équatorienne. Ses combattants obéissaient à Walter Mendoza, un ex-FARC repassé dans la clandestinité en 2019, absent de la cérémonie. « Un message très fort et très puissant, à une époque où l'on entend tant de bruits de guerre », veut croire Armando Novoa, chef de la délégation de paix du gouvernement.
Tout pourrait se défaire dès dimanche. Les Colombiens choisiront, lors du second tour de la présidentielle, entre le successeur désigné de Petro, le sénateur de gauche Iván Cepeda, qui promet de prolonger la « paix totale », et le candidat de la droite dure Abelardo de la Espriella, partisan d'un affrontement frontal avec les groupes armés. Une victoire de ce dernier mettrait fin aux pourparlers avec le CNEB — et annulerait du même coup la suspension des mandats d'arrêt des quatre-vingt-dix-neuf hommes qui viennent de rendre leurs armes.











