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Colombie :
des guérilleros déposent les armes, rare victoire pour la « paix totale » de Petro

Dans la jungle du Putumayo, une centaine de combattants d'une dissidence des ex-FARC ont rendu leurs armes — rare succès de la « paix totale » de Gustavo Petro, aussitôt fragilisé par la victoire de la droite dure à la présidentielle.

Mis à jour le lundi 3 août 2026 — 21h36
4 min
Un membre de la guérilla CNEB dépose son arme lors d'une cérémonie de désarmement dans le département du Putumayo, en Colombie
Un membre de la Coordination nationale Armée bolivarienne (CNEB) dépose les armes lors d'une cérémonie de désarmement à Valle del Guamuez, dans le département du Putumayo.© AFP / Raul Arboleda

Au cœur de la jungle du Putumayo, dans le sud de la Colombie, quatre-vingt-dix-neuf combattants en tenue de camouflage ont glissé leurs fusils, le 18 juin 2026, dans un grand conteneur frappé d'une inscription : « Je parie sur la vie, je tiens parole pour la paix. » Supervisé par des organismes internationaux et l'Église catholique, ce dépôt d'armes offre une rare victoire à la politique de « paix totale » du président de gauche Gustavo Petro — à trois jours d'une présidentielle qui pourrait la balayer.

Une colonne de guérilleros de la CNEB dépose ses armes sur des tables lors de la cérémonie de désarmement dans le Putumayo, en Colombie
Des membres de la Coordination nationale Armée bolivarienne (CNEB) déposent leurs armes lors de la cérémonie de désarmement, à Valle del Guamuez, dans le département du Putumayo, le 18 juin 2026.© AFP / Raul Arboleda

La dernière guérilla à la table de Petro

Les désarmés appartiennent à la Coordination nationale Armée bolivarienne (CNEB), une dissidence des ex-FARC — la guérilla qui avait signé en 2016 l'accord de paix historique récompensé par un prix Nobel. C'est le seul groupe armé à avoir poursuivi les discussions ouvertes par Petro à son arrivée au pouvoir en 2022 : guérillas d'extrême gauche, paramilitaires d'extrême droite et cartels de la drogue ont tous claqué la porte.

Le geste est rare dans un pays miné par six décennies de conflit armé ; les FARC ne l'avaient fait qu'en 2017, après leur accord de paix. Les quatre-vingt-dix-neuf hommes doivent désormais rester dix mois sur ces terres, d'anciennes parcelles de coca, dans l'attente d'un désarmement définitif et d'une clarification de leur statut judiciaire. Logés dans des maisons à panneaux solaires, sous la surveillance de l'armée, ils ont reçu des kits d'hygiène et des livres. « Je suis fier de contribuer à la paix », confie l'un d'eux, alias Ferney, son sac au dos. « Mon souhait est de me former à quelque chose pour ne plus jamais retourner à quoi que ce soit d'illégal dans cette vie. » « Ma joie est immense à l'idée que nous n'allons plus être là-bas, loin de la famille », souffle un autre, qui a tenu à rester anonyme.

Des combattants de la guérilla CNEB en formation lors de la cérémonie de désarmement dans le Putumayo, en Colombie
Des combattants de la CNEB alignés lors de la cérémonie de désarmement, à Valle del Guamuez (Putumayo), le 18 juin 2026.© AFP / Raul Arboleda

Un sursis suspendu au second tour

La portée reste mesurée. Le gouvernement estime le CNEB à 2 000 ou 2 500 hommes — modeste au regard de l'Armée de libération nationale (ELN) ou des dissidences des FARC les plus puissantes, comme celle d'alias Iván Mordisco, le rebelle le plus recherché du pays. Le groupe contrôle néanmoins des territoires clés pour la production de drogue, à la frontière équatorienne. Ses combattants obéissaient à Walter Mendoza, un ex-FARC repassé dans la clandestinité en 2019, absent de la cérémonie. « Un message très fort et très puissant pour la société colombienne, à une époque où l'on entend beaucoup de bruit de guerre », veut croire Armando Novoa, chef de la délégation de paix du gouvernement.

Le sursis se jouait au second tour. Les Colombiens devaient choisir entre le successeur désigné de Petro, le sénateur de gauche Iván Cepeda, qui promettait de prolonger la « paix totale », et le candidat de la droite dure Abelardo de la Espriella, partisan d'un affrontement frontal avec les groupes armés. Le 21 juin 2026, lors du second tour, c'est ce dernier qui l'a emporté, d'un souffle — 49,7 % contre 48,7 %, l'écart le plus serré de l'histoire récente du pays. Investi le 7 août, le vainqueur fait planer une menace directe sur l'accord : la fin des pourparlers annulerait la suspension des mandats d'arrêt des quatre-vingt-dix-neuf hommes qui venaient de rendre leurs armes.

L'essentiel

  • Une centaine de combattants de la guérilla CNEB, dissidence des ex-FARC, ont déposé les armes dans le Putumayo — un rare succès de la politique de « paix totale » du président de gauche Gustavo Petro.
  • Le CNEB était le dernier groupe armé à négocier avec Petro ; les autres guérillas, les paramilitaires et les cartels avaient quitté la table. Les désarmés resteront dix mois sur d'anciennes terres à coca, dans l'attente d'un désarmement définitif.
  • Le second tour de la présidentielle, remporté le 21 juin 2026 par le candidat de droite dure Abelardo de la Espriella, met l'accord en jeu : une rupture des discussions annulerait la suspension des mandats d'arrêt des quatre-vingt-dix-neuf désarmés.

Par Antoine Lefebvre · Journaliste international

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