Aller au contenu principal

Le Hamas dit oui au désarmement, un ministre israélien dit non

Donald Trump annonce, le mouvement islamiste confirme : les armes de Gaza doivent revenir à un comité de technocrates, contre un retrait israélien progressif. Chaque camp lit l'accord à sa manière, et les frappes n'ont pas cessé.

Mis à jour le samedi 1 août 2026 — 00h54
4 min
Un combattant du Hamas dans la bande de Gaza
Un combattant du Hamas dans la bande de Gaza, en 2026.© AFP / Mahmud Hams

L'annonce est tombée en pleine nuit, sur le réseau Truth Social. Le « Conseil de paix » créé pour la reconstruction de Gaza « a conclu un accord historique pour le désarmement complet du Hamas et de tous les autres groupes armés à Gaza », a écrit Donald Trump dans la nuit du 30 au 31 juillet, deux jours après avoir reçu Benjamin Netanyahu à Washington. Des hauts responsables du mouvement islamiste palestinien ont confirmé à l'AFP qu'un accord avait été trouvé « concernant la question des armes » et « un retrait progressif » des forces israéliennes, qui contrôlent plus de 60 % du territoire.

« Inacceptable pour Israël », a réagi le ministre d'extrême droite Itamar Ben Gvir, pour qui cesser les combats « revient à accepter que le Hamas prépare le prochain massacre ». Une source politique israélienne a posé la ligne du gouvernement : « aucun retrait » sans « véritable désarmement ». Depuis Camp David, Donald Trump a défendu l'accord devant les journalistes : « On a une entente avec Israël. Israël en est très content. Israël nous a aidés et s'est montré très coopératif à cet égard. »

Donald Trump à la Maison Blanche
Donald Trump à la Maison Blanche, à Washington, le 30 juillet 2026.© AFP / Brendan Smialowski

Des armes remises à un comité qui ne peut pas entrer

L'accord s'inscrit dans la deuxième phase du plan américain, engagée après le cessez-le-feu entré en vigueur en octobre 2025, il y a plus de neuf mois. Elle prévoit le désarmement des groupes palestiniens, un retrait israélien par étapes et le déploiement d'une Force internationale de stabilisation, appelée à travailler avec une nouvelle police palestinienne. Selon un négociateur du Hamas, Ghazi Hamad, les armes seront remises au Comité national pour l'administration de Gaza, cette instance de technocrates à laquelle le Hamas a déjà promis les clés du territoire. « Le Comité national sera la seule entité habilitée à détenir, stocker ou contrôler des armes à Gaza », a précisé un responsable du mouvement à l'AFP.

Ce comité, basé en Égypte, reste pourtant empêché par Israël d'accéder à la bande de Gaza. Les médiateurs — Égypte, États-Unis, Qatar et Turquie — doivent se réunir prochainement au Caire pour les modalités d'application, a rapporté la chaîne Al-Qahera News, proche de l'État égyptien.

Un véhicule militaire israélien le long de la frontière avec Gaza
Un véhicule militaire israélien le long de la frontière avec la bande de Gaza, le 10 juin 2026.© AFP / Jack Guez

Pour la spécialiste du Hamas Leïla Seurat, le mouvement cherche à « forcer la mise en œuvre de l'accord » : « Ce qui les intéresse, c'est surtout de mettre les médiateurs face à leurs responsabilités, de dire : nous faisons notre part de ce qui était convenu et Israël ne fait rien. » Au « Conseil de paix », le haut représentant pour Gaza Nikolaï Mladenov, qui évoque des « mois de très difficiles négociations », soutient que « le retrait doit aller de pair avec le désarmement ». Muhammad Shehada, chercheur au Conseil européen des relations internationales, en doute : à l'approche des législatives israéliennes d'octobre, autoriser un retrait ou une reconstruction « reviendrait à un suicide politique » pour Benjamin Netanyahu. Le schéma rappelle l'accord-cadre conclu au Liban autour du désarmement du Hezbollah.

À Gaza, entre soulagement et méfiance

Dans le territoire surpeuplé, où la crise humanitaire reste profonde, les habitants oscillent. Israël « ne respecte pas les accords », « ils trouveront quelque chose » pour reprendre les combats, prédit Ahmed Aal, chauffeur de taxi de 37 ans, interrogé par l'AFP. Mohammed Hamdouna, enseignant déplacé, veut tourner la page : « Enfin, le Hamas a accepté de remettre ses armes après que Gaza a été détruite. Le peuple a payé le prix du sang. Le Hamas ne devrait absolument plus avoir aucun rôle à Gaza. »

Des décombres après des frappes israéliennes à Deir al-Balah
Au milieu des décombres laissés par des frappes israéliennes, à Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 29 juillet 2026.© AFP / Eyad Baba

La guerre déclenchée par l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 a fait plus de 73 300 morts dans la bande de Gaza, selon le ministère de la Santé du territoire, dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU. Le cessez-le-feu n'a jamais entièrement éteint les violences : la veille de l'annonce, des frappes israéliennes y faisaient encore au moins quatre morts, selon les autorités sanitaires locales.

L'essentiel

  • L'accord prévoit le désarmement complet des groupes armés et le départ des forces israéliennes par étapes
  • Les armes iront au Comité national pour l'administration de Gaza, qu'Israël empêche toujours d'entrer dans le territoire
  • Itamar Ben Gvir juge l'accord inacceptable, une source officielle exclut tout retrait sans désarmement réel

Par Antoine Lefebvre · Journaliste international

Partagez cet article

Pour aller plus loin

Plus d'actualités Monde

Voir tout

La synthèse de la semaine

Chaque vendredi : l'essentiel des 7 derniers jours et les signaux à suivre pour les 7 prochains.

Gratuit · 1 email/semaine · Désabonnement en un clic